L'Oise Agricole 01 septembre 2016 à 08h00 | Par Bernard Leduc

L’assurance contre les accidents climatiques

Les risques climatiques sont de plus en plus fréquents et diversifiés. Ceux de cette année ont eu des conséquences désastreuses sur la moisson, contre lesquelles les agriculteurs ont pu partiellement se protéger par une assurance multirisque climatique.

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Patrice Maillard, agriculteur à Mory-Montcrux, dans l’ancien canton de Breteuil dont il est le président du syndicat cantonal FDSEA, estime avoir fait le bon choix en souscrivant chaque année une assurance multirisque climatique.
Patrice Maillard, agriculteur à Mory-Montcrux, dans l’ancien canton de Breteuil dont il est le président du syndicat cantonal FDSEA, estime avoir fait le bon choix en souscrivant chaque année une assurance multirisque climatique. - © Bernard Leduc

Pourtant, moins d’un agriculteur sur trois a souscrit cette assurance en grandes cultures. Celle-ci montre davantage d’intérêt pour des cultures, le lin fibre en particulier, plus dépendantes des conditions climatiques de la campagne.

Cette année, en céréales et en pois protéagineux, la baisse très surprenante de moitié, parfois davantage, des rendements se traduit par un manque à gagner pour les producteurs du même ordre, puisque les prix n’ont guère évolué : de l’ordre de 600 €/ha de chiffre d’affaires sur ces surfaces, donc au final un lourd déficit dans la plupart des exploitations de grandes cultures, comme dans celles d’élevage bovin.


Il existe des systèmes de lissage du revenu, même s’ils sont limités, soit par la fiscalité (avec la DPA, qui est plafonnée) soit par un régime assurantiel : c’est l’assurance contre les aléas climatiques, proposée par Groupama, le Crédit agricole ou les compagnies d’assurances comme Axa, Allianz ou MMA. Cette assurance va bien au-delà de l’ancienne assurance qui ne couvrait que le risque grêle sur les cultures au choix et les arbres fruitiers.

Tous les autres aléas peuvent désormais être couverts, dont l’excès d’eau ou la sécheresse, le gel ou d’excès de température, la tempête..., sur toutes les cultures ou presque, y compris désormais sur les prairies.

Le produit d’un rendement garanti
«Se lever le matin avec une garantie de 70 ou 75 % % de son rendement moyen est rassurant et aujourd’hui indispensable face au poids des charges de nos exploitations» dit Luc Smessaert, agriculteur à Roy-Boissy et vice-président de la FNSEA où il est chargé du dossier de la gestion des risques.

Patrice Maillard, agriculteur à Mory-Montcrux, est aussi un adepte de cette assurance, qu’il souscrit chaque année depuis qu’elle existe ; auparavant, il assurait ses cultures, sauf les betteraves, contre la grêle. Maintenant, toutes ses cultures sont assurées contre tous les accidents climatiques. Cela représente bien sûr une dépense: un peu plus de 22 €/ha net l’an dernier, subventions déduites.

Mais les résultats de cette moisson démontrent que «c’est une bonne garantie contre les risques climatiques, qui ont été exceptionnels cette année : je n’ai jamais vu ça» dit Patrice Maillard. Il a vite fait ses comptes à partir des conditions qu’il a souscrites : le rendement de référence de son exploitation, en fonction de son historique, est de 82 q/ha pour le blé par exemple ; cette année, il n’a récolté que 52 quintaux en moyenne (avec des écarts entre parcelles de 35 à 62 q/ha). Il va percevoir une indemnité sur les quintaux qui n’ont pas été produits (soit 30 en moyenne/ha, mais le compte est fait parcelle par parcelle), sur la base du prix convenu dans le contrat, déduction faite de sa franchise qui est de 30%. Soit au total pour ses 90 ha, environ 7.000 € que lui versera la compagnie d’assurances.


Et déduction faite de ses 2.000 €  de cotisations, la différence nette est donc de l’ordre de 5.000 €, qu’il n’aurait pas reçue sans ce contrat.

Le niveau de couverture est différent selon les clauses du contrat, à définir avec l’agent ou le conseiller de la mutuelle ou la compagnie d’assurances. La facture à payer à l’automne dépend bien sûr du niveau de protection choisi.

Le cadre réglementaire permet des niveaux différents de franchise (le plus souvent 25 ou 30%, trop élevé, estime François Maillard), le choix des cultures (obligatoirement pour l’ensemble des surfaces par groupe de cultures (ou au moins 70% en grandes cultures) et le niveau de prix. Par exemple, Patrice Maillard avait souscrit pour un niveau de garantie de 200 €/t de blé ou 180 € pour l’escourgeon, ce niveau de prix permettant de fait une garantie d’un revenu minimum sur les surfaces concernées.


La seule précaution à prendre est de faire une déclaration de sinistre avant la récolte et de suivre les instructions de l’assureur il faut le passage d’un expert pour estimer le rendement, à comparer aux livraisons. C’est le principe de l’assurance : elle ne montre son efficacité que lorsque survient le sinistre ou l’accident pour lequel elle a été souscrite. Et ce sinistre, chacun espère qu’il ne se produira pas. Mais on ne le sait qu’après...

Patrice Maillard, l’assurance a été déclenchée deux fois ces dernières années : une fois sur des féveroles grêlées, l’autre à cause d’un orage qui a obligé le resemis d’un colza, dont le coût a été indemnisé. Mais il n’estime pas avoir cotisé «pour rien» : c’est sécurisant.


En agriculture, on travaille avec la nature. Cette année, il y a eu une succession de phénomènes qui ont annihilé le travail des agriculteurs. Ce n’est la faute de personne, mais il faut pourtant passer le cap. Cela sera moins difficile pour ceux qui avaient décidé de souscrire cette assurance mulitirisque climatique. Cette année est -heureusement- exceptionnelle. Mais force est de constater ces dernières années la multiplication des accidents climatiques.

La sagesse pour les agriculteurs est de chercher à s’en protéger, les régimes assurantiels étant probablement la réponse la mieux adaptée.

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