L'Oise Agricole 09 juin 2016 à 08h00 | Par Florence Guilhem

«L'agroalimentaire doit se développer plutôt en Picardie»

Revue en détail des dossiers agricoles traités par le Conseil régional des Hauts-de-France. Interview de son président, Xavier Bertrand.

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Xavier Bertrand : «Après les Etats généraux de l’élevage, nous allons plancher sur une nouvelle politique de l’élevage durant l’été, puis organiser des Assises de l’agriculture en septembre ou octobre. Et, en décembre, nous présenterons la politique de l’élevage que nous comptons mettre en place.»
Xavier Bertrand : «Après les Etats généraux de l’élevage, nous allons plancher sur une nouvelle politique de l’élevage durant l’été, puis organiser des Assises de l’agriculture en septembre ou octobre. Et, en décembre, nous présenterons la politique de l’élevage que nous comptons mettre en place.» - © Florence Guilhem

Peut-on faire un point d'étape sur le plan d'urgence en soutien à l'élevage, lancé en mars dernier par la Région?

Les audits-conseils marchent bien. Nous sommes à plus de cinq cents demandes déposées par des agriculteurs (515 au 6 juin, ndlr). Si ces audits-conseils ont été pensés en priorité pour les éleveurs laitiers, nous les avons ouverts depuis à toutes les filières.

Ce sont des outils qui permettent un accompagnement des agriculteurs tant sur le plan économique que technique et humain. Dans la plupart des cas, la vraie question que pose la crise est celle de la modernisation des exploitations.

Entre les fonds européens (Feader), l'argent de la Région (1,7 million pour les FAC), la convention signée avec FranceAgriMer, et la finalisation d'un accord avec les banques portant sur une somme de 2 millions d'euros attribuée pour la consolidation des prêts et les années blanches, nous sommes en mesure d'accompagner les agriculteurs dans la crise qu'ils traversent.

Une fois les audits-conseils réalisés, vous savez que, pour certains éleveurs, il faudra un accompagnement sur le temps long. Qui financera alors?

Ce n'était pas dans notre rôle que de lancer un plan d'urgence de soutien à l'élevage. Il n'empêche. J'en avais parlé au Premier ministre, car cela ne représentait pas des sommes folles et il était nécessaire de débloquer de l'argent, sous peine de voir disparaître l'élevage dans nos régions.

Pour ce faire, il fallait montrer l'exemple pour inciter l'Etat à se bouger. En lançant le plan, j'ai montré que nous étions prêts à faire et que cela n'était pas si compliqué. C'est à l'Etat de prendre le relais, que ce soit sur la suite à donner aux audits-conseils et autres dispositifs. Nous, dans tous les cas, nous poursuivrons nos engagements.

Ainsi, après les Etats généraux de l'élevage, ce vendredi 10 juin, nous allons plancher sur une nouvelle politique de l'élevage durant l'été, puis organiser des Assises de l'agriculture en septembre ou en octobre. Et, en décembre, nous présenterons la politique de l'élevage que nous mettrons en place.

Par ailleurs, nous avons constitué un groupe de travail permanent avec le préfet, à qui nous avons demandé de nous définir quel est le département le mieux disant sur toutes les questions réglementaires et celui qui est le moins disant, avec pour objectif de définir un travail commun sur la base du moins disant.

Vous insistez beaucoup sur le fait qu'il faut développer l'agroalimentaire dans cette région, notamment en favorisant l'installation d'industries de transformation sur le territoire. Que peut la Région sur ce chapitre et comment peut-elle donner envie à des industriels de s'installer chez nous?

Nous sommes en train de travailler avec la Chambre régionale de l'industrie et du commerce et les industriels pour favoriser l'exportation de nos productions agricoles.

Dans cette stratégie, le canal Seine-Nord Europe a un rôle à jouer. Avant la fin de l'année, il faut que le projet démarre concrètement. Tous les partenaires financiers sont prêts à assumer leurs engagements. Il n'y a plus de temps à perdre, et d'autant que si nous ne nous lançons par d'ici la fin de l'année, nous perdrons les financements de l'Europe.

Sur ce sujet, si je puis me permettre, le plus important n'est ni le canal, ni le tracé, mais les plateformes. Pour revenir à l'installation d'industries de transformation sur notre territoire, il y a incontestablement quelque chose à faire avec Mc Cain et l'ensemble de la filière pomme de terre. D'autres filières pourraient aussi avoir leur industrie de transformation sur place. Nous sommes en pourparlers, mais je n'en dirai pas plus, pour l'heure. Moi, j'avance dans tous les cas sur le sujet, je fais le VRP pour mettre en place des dispositifs d'accompagnement pour l'installation d'industries ici.

L'agroalimentaire doit se développer sur notre territoire, plutôt en Picardie, car c'est là où il y a des terrains disponibles.

Dans votre campagne régionale, vous vous étiez engagé à maintenir les abattoirs de proximité sur le territoire. Pour ce faire, vous êtes en train de faire un audit des sites. Où en êtes-vous?

Tout d'abord, je regrette la fermeture de l'abattoir de Laon en mars dernier. Il n'y avait aucune volonté de le garder. C'est dommage. Pour Fruges, le projet est porté par la Communauté de communes du canton de Fruges. Le dossier avance bien. Une fois cela dit, nous sommes en cours de diagnostic. Donc, pour l'heure, je ne peux pas rendre compte des résultats de ce travail.

Quoi qu'il en soit, les premiers retours montrent que l'ensemble des outils présente une vétusté importante. En termes de politique d'investissement de la Région, nous avons encore des moyens, même si nous ne sommes pas riches. Je suis donc prêt à mettre de l'argent pour moderniser ces outils, et d'autant que les éleveurs sont déjà en difficulté. Or, si ces outils disparaissent, les éleveurs vont devoir faire abattre leurs bêtes ailleurs.

Conséquence: au coût de production vont s'ajouter des coûts de transport. Ce qui va encore plus fragiliser leur situation. Je ne suis pas d'accord. Si on parvient à maintenir la cartographie actuelle des abattoirs sur le territoire, ce sera déjà pas mal. C'est l'objectif. Mais il faut que les filières s'organisent autour de leurs outils d'abattage, sinon, cela ne pourra pas fonctionner.

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