L'Oise Agricole 31 mai 2018 à 14h00 | Par Lucie Deterpigny, Linda Monnier

L’agriculture foudroyée par les intempéries

Suite aux intempéries des deux semaines passées, la FDSEA60 a invité Monsieur Cloris, le sous-préfet de Senlis, à constater les dégâts sur le terrain. Mme Hoffman, maire d’Etavigny, et Mme Colin, maire d’Acy-en-Multien et conseillère départementale, étaient également présentes.

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Monsieur Cloris, le sous-préfet de Senlis et Guillaume CHartier, président de la FDSEA 60, sont venus constatés les dégats.
Monsieur Cloris, le sous-préfet de Senlis et Guillaume CHartier, président de la FDSEA 60, sont venus constatés les dégats. - © Lucie Deterpigny

Pour cela, Charles-Auguste Roland, jeune agriculteur installé à Etavigny, nous a accueilli sur son exploitation. Il nous raconte : «Il est tombé 55 mm mardi 22 mai avec de la grêle, 37 mm vendredi 25 mai et encore 36 mm lundi 28 avec à nouveau de la grêle. Les sols sont gorgés d’eau, ils n’absorbent plus rien.» Charles-Auguste nous explique qu’il est associé avec sa mère, ils cultivent des céréales, du colza et des betteraves. Depuis son installation en 2016, il n’a connu que des années catastrophiques : «en 2016, c’était la pluie, en 2017, la grêle et cette année, la grêle encore une fois.» Sébastien Guibert, agriculteur à Etavigny également, s’exprime : «Mardi midi, nous avions de très belles cultures, très prometteuses. Aujourd’hui, nous n’avons plus rien. Les pois de conserve ne seront même pas récoltés par l’industrie.» Les assurances existent bien sûr mais elles sont couteuses, et lorsque les agriculteurs sont touchés plusieurs années de suite, cela pose des problèmes : « C’est comme pour les voitures, il y a des malus. » De plus, la grêle est assurée mais pas les coulées de boue.

Charles-Auguste explique que «la situation est encore plus compliquée quand on est jeunes agriculteurs car on n’a pas de trésorerie. Mes parents sont obligés de réinjecter de l’argent personnel dans l’exploitation pour que je puisse continuer.» Jean Lefevre, agriculteur à Ognes, renchérit : «Cela fait 4 années que je ne tire aucun revenu de mon exploitation.»

Profitant de la présence du Mr Cloris, Mme Colin et Mme Hoffman, les agriculteurs expriment leurs nombreuses préoccupations et incompréhensions : la complexité administrative pour chaque dossier, le prix des denrées agricoles, les contre-vérités véhiculées par les médias, les néonicotinoïdes autorisés pour favoriser le tourisme, le projet de l’importation d’huile de palme pour les biocarburants, l’avenir de l’agriculture … Guillaume Chartier, président de la FDSEA 60, exprime : «Le moral était déjà très bas dans le monde agricole. Les orages, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.»

Les coulées de boue ne sont pas dues aux agriculteurs, elles sont dues à la pluie et à la pente. Les élus et les agriculteurs ont au moins un point en commun sur ce sujet : le mécontentement des riverains. Mme Colin formule : «Il faut casser l’image des responsabilités. Cela ne sert à rien de chercher des responsables. Les habitants ont peur, leurs réactions sont désordonnées. Il faut travailler tous ensemble. L’agriculture est l’âme du monde rural et du monde moderne.» Mr Cloris conclut très justement : «Il faut travailler et communiquer ensemble. Des aménagements sont possibles. Il faut une réflexion collective pour se protéger de ces phénomènes et surtout, ne pas se dresser les uns contre les autres.»

- © Lucie Deterpigny

Le secteur d’Attichy fortement touché

Dans la soirée de lundi, les orages ont éclaté sur une grande partie de l’Est du département, avec une rare violence et intensité ! Avec des sols gorgés d’eau par les orages précédents, l’eau n’est plus absorbée. On assiste à des coulées de boue dans les communes, des sous-sols de maison inondés, des arbres arrachés des talus…

Certes, les années passent mais ne se ressemblent pas. Malgré tout, les conséquences sont identiques : une perte partielle ou totale des récoltes. Qui plus est, les exploitants du secteur sont touchés professionnellement mais aussi personnellement par ces inondations soudaines. Il est difficile de garder le moral dans ces situations.

Attichy a été un secteur fortement impacté par l’orage de lundi soir. «A partir de 21h, ce sont plus de 100 mm qui tombent en 20 minutes, pluie et grêle accompagnées de rafales de vent sur une bande d’1.5 km» déplore Jean-Marie Bouchez, agriculteur sinistré par cet épisode orageux. Le constat est sans appel : 100% des cultures de plein champ touchées et les surfaces en pomme de terre de consommation destinées à la vente directe dévastées, réduites à néant, tout comme les salades prêtes à être ramassées !

Même si pour les exploitants assurés, une partie de la perte de récolte pour aléas climatiques sera prise en charge, la perte économique reste importante, encore plus quand il y a de la vente directe.

Trop souvent, les agriculteurs sont pris pour responsables des coulées de boue, ou autres, par leurs pratiques culturales. Certains secteurs qui ont déjà des aménagements mis en place pour pallier ce phénomène n’ont pas été épargnés. Il faut rappeler que ces orages sont inhabituels avec des quantités d’eau trop importantes en peu de temps, et répétés ces derniers jours !

Dans ces situations toujours difficile, n’hésitez pas à contacter la FDSEA 60 qui se tient à votre disposition et accompagnement.

 

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BERTRAND (40) | 31 mai 2018 à 19:55:09

Si c'est cela le changement climatique, l'agriculture en première ligne ne pourra subsister indéfiniment à de tels préjudices financiers. ou bien des exploitants trouveront peut être des formules d'assurances pour des solidarités à des prix raisonnables où bien de nombreuses exploitations agricoles deviendront caduques.. Toutefois, à ce jour, nos sociétés citadines ne semblent pas perturbées par le problème..Les vacances arrivent et accompagnés des médias, nombreux iront s'éclater sur les routes et avions pour accentuer les pollutions atmosphérique..Vive la voiture, vive le tourisme,tant pis pour le climat tant que les paysans nous donneront à bouffer à pas cher..

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