L'Oise Agricole 11 juin 2015 à 08h00 | Par Laurent Mingam

«Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond !»

Interview

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- © L'Oise Agricole

Alors que se termine la période des déclarations Pac, L’Oise Agricole s’est entretenue avec Guillaume Chartier pour faire avec lui le bilan et évoquer la situation agricole de l’Oise en général.

 

L’OA : La période des déclarations Pac se termine. Quel bilan en tirez-vous ?

Un bilan très mitigé. Nos collaborateurs et la DDT ont fait ce qu’ils ont pu pour accompagner le plus grand nombre, conseiller, aider à remplir les déclarations. Cela fut compliqué. Nous avons veillé à informer le plus possible : au travers des réunions d’arrondissement, au travers des plaquettes d’informations adressées à nos adhérents.

Les agriculteurs ont joué le jeu de TéléPac et avalé bien des couleuvres. Il reste un goût profond d’insatisfaction, voire de colère.

On nous a mis un outil très imparfait à disposition. C’est assez choquant lorsque l’on sait qu’il a été réalisé par des prestataires étrangers d’un autre continent.

On nous impose des règles et on ne nous donne pas tous les moyens de les assurer. Cela ne tourne pas rond. Nous l’avons dit. Nous l’avons déjà dénoncé.

La semaine dernière, j’ai interpellé le ministre de l’Agriculture dans mon édito dans L’Oise Agricole «Où est Le Foll ?» Je ne sais pas s’il m’a entendu avant d’aller dans l’émission chez Ruquier samedi soir. Le problème, c’est que même lorsqu’on le voit, à la télé plus que sur le terrain, il ne nous donne pas de réponses.

Le dernier point imaginé par le ministère sur les clauses de transfert pour les échanges de parcelles n’est qu’un exemple de plus du décalage du ministère.

Au mois de février-mar,s nous avions martellé «Le Foll, des solutions, ou la démission».

Oui, les agriculteurs en ont assez. Assez des réponses de dernière minute du ministère, des changements de règles, des improvisations réglementaires, des inactions en matière économique, du décalage total entre le ministre et le terrain.

 

L’OA : Vous interpellez Stéphane Le Foll. Qu’attendez-vous de lui ?

Les agriculteurs connaissent des difficultés réelles. Les prix ne rémunèrent pas le travail. C’est très vrai dans le secteur des viandes blanches, mais aussi dans la viande tout court et depuis le début d’année, dans le lait avec une chute brutale des prix. Même chose dans le secteur des productions végétales sur les récoltes de l’année dernière, avec un déclassement conséquent des prix. Les trésoreries ne vont pas bien. La rentabilité des exploitations est menacée. Les constats, nous les avons largement faits. Il s’agit d’y apporter des réponses. Je sais que nos adhérents attendent que «l’on bouge», comme on dit. Depuis le 5 novembre et notre dernière manifestation, remarquée et mémorable en bien des points, nous n’avons pas baissé les bras. Nous restons actifs, mobilisés et revendicatifs. Si des réponses ont été obtenues, il ne faut pas les oublier, sur le compte pénibilité ou l’apprentissage par exemple. Elles ne répondent pas à l’urgence et aux enjeux économiques.

Parce que nous avons revendiqué et obtenu l’observatoire des prix et des marges, nous savons désormais que les circuits de répartition des marges entre producteurs/ transformateurs/distribution ne sont pas satisfaisants. C’est cela qu’il nous faut régler. Là aussi, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

L’OA : Et quelle est la stratégie et l’action de la Fdsea de l’Oise pour ce faire ?

Nous demandons la démission de Stéphane Le Foll. Il nous faut un vrai ministre de l’Agriculture qui prenne les dossiers à bras le corps. Stéphane Le Foll nous a floués sur la réforme de la Pac. Il nous a floué sur la mise en œuvre de TéléPac. Il n’a rien fait sur l’organisation économique et la défense des producteurs. Il est donc hors jeu.

à court terme, il nous faut régler les difficultés de trésorerie avec la MSA, les banques, les assurances.

à moyen terme, il nous faut agir sur les filières pour construire une juste répartition des marges. Filière par filière, il nous faut construire. Au cours des jours, semaines et mois à venir, nous devons poursuivre et renforcer cette démarche, y compris par des actions de mobilisation du plus grand nombre. Oui, j’appelle les agriculteurs à s’exprimer et à se mobiliser. Nous commençons, lundi, par une mobilisation des filières viande et lait sur le prix de la viande avec blocage du site de l’abattoir de Feignies dans le Nord. D’autres actions suivront, car toutes nos productions animales, végétales et spécialisées sont concernées. Il nous faudra être, ensemble, mobilisés et déterminés car seuls ou à quelques-uns, nous n’irons pas assez loin, pas jusqu’où les enjeux doivent nous porter.

Sur ces démarches que nous engageons, nous aurons l’occasion d’échanger au cours de notre prochain conseil d’administration que nous organisons à Paris, dans les locaux de la Fnsea. Nous partagerons donc sur tous ces points avec Dominique Barrau, secrétaire général, et Xavier Beulin, président de la Fnsea.

 

Propos recueillis par Laurent Mingam

 

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