L'Oise Agricole 19 octobre 2017 à 09h00 | Par Fop

Il reste peu de temps pour sauver les biocarburants français et européens

Le président de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux, Arnaud Rousseau s’inquiète du projet de la Commission de revoir à la baisse la part des biocarburants dans les transports, qui pourrait mettre en danger 70 % de la production de colza européenne.

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Arnaud Rousseau, président de la Fop, est très inquiet pour l’avenir de la filière biocarburants.
Arnaud Rousseau, président de la Fop, est très inquiet pour l’avenir de la filière biocarburants. - © Agence de presse

Le développement de la filière biodiésel a permis de rassembler les atouts de notre agriculture et les forces de notre industrie pour faire de la France un leader des énergies renouvelables et de la chimie du végétal en Europe. L’Europe, suivant l’engagement précurseur de la France dans le domaine des énergies renouvelables, a joué un rôle décisif dans le développement des biocarburants de première génération, soutenu par des taux d’incorporation favorables. Du moins jusqu’ici.

RED-II, projet de Directive à haut risque

La Commission européenne a proposé à l’automne dernier de revoir à la baisse la part des biocarburants de première génération dans les transports dans le cadre d’un projet de révision de la Directive européenne sur les énergies renouvelables - RED-II. Son objectif : favoriser la croissance des biocarburants de deuxième génération. La Commission prévoit ainsi de réduire de moitié entre 2020 et 2030 la part des biocarburants de 1re génération dans les transports. Celle-ci est fixée dans le projet de nouvelle Directive à un maximum de 3,8 % en 2030 alors qu’en France, elle atteint 7 % depuis 2013.

Les États-membres pourraient même accentuer cette réduction pour certains biocarburants, selon que le facteur Iluc présumera que la production de tel ou tel biocarburant implique plus ou moins de changement indirect d’affectation des sols, et donc plus ou moins d’émissions de CO2. Une différenciation inacceptable. D’abord parce qu’il n’existe aucune méthode scientifique validant les estimations purement arbitraires du facteur Iluc. Ensuite, parce que ce facteur est appliqué de façon totalement discriminatoire aux seuls biocarburants, attribuant aux carburants fossiles importés une immunité injustifiable alors même qu’ils entraînent bien plus de changements en matière d’affectation des sols que les biocarburants français et européens.

Une volte-face irréfléchie de l’Union européenne sur les biocarburants de 1re génération n’aura d’autre effet qu’une destruction de valeur irrémédiable pour les campagnes françaises et européennes.

Une grave erreur

Parce que nos filières présentent des atouts environnementaux incontestables. Les biocarburants représentent la seule solution concrète et immédiate pour réduire, par exemple, les émissions de gaz à effet de serre du parc diesel de 60 % par rapport au gazole fossile. Tout en améliorant la qualité de l’air de nos villes : une récente étude de l’IFPEN a mis en évidence l’intérêt du biodiesel de colza français pour réduire significativement les émissions de particules polluantes, alors qu’un moteur utilisant 10 % de biodiesel voit ses émissions de particules reculer de 20 % par rapport au diesel conventionnel.

Parce que le développement des biocarburants français et européens répond aux attentes de citoyens qui privilégient les filières locales et les circuits courts. En France, la filière agricole et industrielle produit depuis les années 1990 un biodiesel issu de colza local, cultivé sur des terres représentant selon FranceAgriMer moins de 2 % des surfaces agricoles du pays, à l’origine des terres en jachère.

Loin donc de déplacer d’autres cultures, la production de biodiesel a permis de valoriser une partie de la production française d’huile de colza - excédentaire - en énergie renouvelable, tout en réduisant la jachère.

Parce que nos filières créent réellement de la valeur dans les territoires. En Europe, les biocarburants représentent 200.000 emplois, 30.000 en France, dont 20.000 pour la seule filière du biodiesel. Cette dernière contribue chaque année à hauteur de près de 2 milliards d’euros au PIB de la France et à hauteur de 1,5 milliard d’euros à sa balance commerciale.

Enfin, parce que les biocarburants s’inscrivent dans une chaîne de valeur dont dépendent de nombreux débouchés. Le biodiesel de colza français en est l’exemple ultime. Coproduit des tourteaux destinés à l’alimentation animale, il contribue pleinement à la dimension nourricière de l’agriculture et permet à la France de réduire sa dépendance aux importations de soja.

Le biodiesel de colza français a ainsi permis de combler une part importante du déficit en protéines végétales de l’Hexagone, dont l’autosuffisance est passée de 23 % au début des années 1980 à plus de 55 % aujourd’hui. Tout en ouvrant la voie à de nouveaux débouchés, comme la chimie renouvelable : la glycérine végétale issue de la production de biodiesel de colza remplace désormais certains composants fossiles - non renouvelables - dans de nombreux produits du quotidien (cosmétique, hygiène, entretien, etc.).

Préserver les intérêts européens

S’il faut se féliciter de l’avis adopté par la commission Agri le 2 octobre dernier, il est capital que parlementaires européens et États membres prennent la mesure de l’enjeu et se mobilisent sur ce dossier.

En l’état, le projet de Directive RED-II impliquerait un déficit de 1,3 million de tonnes de tourteaux de colza, entraînant une hausse de 25 % des importations de tourteaux de soja. Une hémorragie qui bénéficierait aux producteurs de soja nord et sud-américains, au détriment des agriculteurs français et européens. Un enjeu d’autant plus alarmant que les accords de la Chine avec les États-Unis et le Brésil laissent présager une pression de plus en plus forte sur la fourniture de soja dans le monde.

Si le recours à l’importation s’avère non garanti, quelles alternatives aura l’Union européenne si elle n’est plus en mesure d’assurer par elle-même une partie de ses besoins ? Pourquoi alors remettre en cause ce qui contribue avec succès à l’indépendance énergétique et protéinique de l’Europe (et de la France) ?

Même constat quant à la souveraineté de l’Union européenne en matière énergétique : la réduction massive des biocarburants de 1re génération induirait forcément une augmentation des importations de carburants fossiles en Europe, remettant en question la capacité du bloc européen à respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris.

Sans parler des fermetures d’usines qui s’ensuivraient dans toute l’Europe, avec des conséquences désastreuses sur l’emploi car, à l’inverse de ce que prétendent naïvement les détracteurs de nos filières, les usines de production de biocarburants de 1re génération ne seront pas converties en usines de production de la 2e génération. Pour la simple raison que les procédés industriels n’ont rien à voir.

Alors que les acteurs des biocarburants de 1re génération sont aujourd’hui les plus investis dans la recherche et l’innovation, le projet de Directive RED-II risque de porter un préjudice insurmontable au développement de la 2e génération, que la nouvelle Directive entend pourtant favoriser.

Au même titre que l’annonce ahurissante de la Commission le 7 septembre dernier de réduire drastiquement les droits antidumping de l’UE sur le biodiesel argentin, il semble que les intérêts de nos filières ne soient pas au cœur des réflexions, comme ils devraient l’être.

L’Union européenne ne peut pas à la fois souhaiter l’extinction progressive des biocarburants français et européens de 1re génération, attendre de la filière qu’elle continue de se mobiliser et d’investir pour préparer la 2e génération et, dans le même temps, favoriser à tous crins les importations de biodiesel de soja (de 1re génération !) argentin. Plutôt que d’importer des biocarburants de l’autre bout du monde au nom de la décarbonation des transports, valorisons les produits issus de nos territoires et de nos filières.

Guillaume Chartier, membre du bureau de la Fop

«On marche sur la tête»

L’interprofession a bâti depuis bientôt trois décennies une filière trituration qui a permis de créer de la valeur ajoutée sur nos exploitations agricoles et de structurer nos filières avec un lien important entre les filières de production végétale et de production animale.

L’objectif complémentaire à la valorisation de notre production de colza est toujours de favoriser les deux débouchés naturels de nos graines : le tourteau, tracé non OGM, à destination du monde de l’élevage et l’huile, second produit qui s’oriente pour trente pourcents sur de l’alimentaire et soixante-dix pourcents en biocarburant aujourd’hui.

Mais encore une fois, le politique, le dogmatisme de certains se plaisent à démonter, sans aucune alternative, sans vision cohérente, une filière qui a un intérêt agronomique, environnemental et économique.

Nous travaillons activement et à tous les niveaux, national et européen, pour l’avenir de cette filière importante à bien des titres pour répondre à des enjeux économiques et environnementaux.

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