L'Oise Agricole 26 mai 2016 à 08h00 | Par Simon Playoult

Il n’y a plus de modèles agricoles clés en main

L’Inra fête ses soixante-dix ans en 2016. Gilles Gandemer, président du centre Nord-Picardie-Champagne, nous présente les expérimentations actuellement menées dans la région et dévoile sa vision du monde agricole de demain.

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Gilles Gandemer, président du centre Nord-Picardie-Champagne.
Gilles Gandemer, président du centre Nord-Picardie-Champagne. - © Inra

Quels sont les domaines de recherche de l’Inra dans la région ?

Le réseau Inra Nord-Picardie-Champagne est spécialisé dans trois grands axes de recherche : l’agriculture, l’alimentaire et l’environnement (les études en production animale étant menées à l’ouest de la France). Depuis 1946, les domaines d’expérimentation ont fortement évolué. La demande sociétale et environnementale est aujourd’hui prise en compte dans chaque contenu scientifique.

En agriculture, sur quoi se concentrent les expérimentations actuelles ?

En pois, maïs, blé ou betteraves, notre philosophie est la même : construire la plante idéale. Elle doit combiner un ensemble de paramètres comme la résistance aux maladies et aux aléas climatiques ou le rendement et la qualité, tout en demandant le moins d’intrants possibles. Nos équipes sont engagées dans différents programmes de recherche (PIA, Ecofinders, Aker…) dont l’objectif est de créer le génotype de demain.

Le plan Ecophyto 2 vous semble-t-il donc réalisable à l’horizon 2025 ?

Nous appliquons déjà les grandes lignes instaurées par le ministère sur toutes nos parcelles d’essais. Certaines années sont plus favorables que d’autres. Parfois, nous n’avons même pas traité du tout ! Donc, oui, l’objectif de réduire de 50% l’utilisation des phytosanitaires est faisable.

Quels sont, selon vous, les critères de sa réussite ?

La prospérité du plan passera par la surveillance au champ. L’agriculteur possède aujourd’hui un panel d’outils d’aide à la décision (OAD) capables notamment d’informer sur les seuils de nuisibilité. Il ne doit plus avoir de plans systématiques de traitement. Nous sommes conscients que certains exploitants ne sont pas toujours les donneurs d’ordre et respectent un cahier des charges précis, mais notre rôle est de montrer qu’il existe d’autres solutions possibles.

Les techniques culturales sont-elles en phase avec ces objectifs ?

De nombreuses pistes ont démontré leur efficacité. Le matériel de désherbage mécanique, par exemple, est de plus en plus performant. Nous avons récemment testé plusieurs outils à Estrées-Mons (80). La vitesse d’exécution, qui était un point faible de la méthode, est assez spectaculaire. La mécanisation s’oriente vers la précision depuis plusieurs années déjà.

Techniquement, ce n’est pas insurmontable, à condition d’intégrer efficacement ces changements tout en étant compétitif. Il n’y a plus de modèles agricoles clés en main, mais un ensemble de méthodes applicables. C’est ce que nous tentons de démontrer avec Agro-transfert, notre plateforme d'application et de transfert de la recherche agronomique, qui vient de s’élargir à la nouvelle grande région.

Justement, le secteur Nord- Picardie-Champagne est-il propice pour décliner ces nouvelles méthodes ?

Nous bénéficions d’une zone de production idéale, où le caractère agronomique des terres est le meilleur de France. Le potentiel de production est très large, ce qui permet de valoriser une diversité de cultures. Les agriculteurs régionaux sont, de fait, les plus aptes à utiliser de nouveaux outils et procédés agricoles.

Vingt ans sont généralement nécessaires entre une découverte et son application par l’agriculture. A cet horizon, si nous parvenons, entre autres, à réduire l’impact du gel sur une graine, on peut penser qu’il sera possible de récolter deux cultures sur la même année. D’autant plus que le réchauffement climatique se poursuit. Une parcelle de maïs plantée en janvier-février pourrait être récoltée une première fois avant l’été.

Situé à moins de 300 km des grandes agglomérations européennes (Paris, Londres, Bruxelles…), le Nord-Picardie-Champagne deviendrait le «jardin potager » d’un bassin de consommation considérable !

Les cultures à usage non-alimentaire représentent-elles aussi une opportunité ?

Trois alternatives sont possibles pour les cultures dédiées : le biocarburant, les agro-matériaux et la chimie verte. Les recherches menées actuellement tentent de comprendre, de modéliser et d’optimiser les processus de transformation. Le fractionnement des végétaux par des procédés biotechnologiques enzymatiques ou microbiens des lignocelluloses (molécules présentes dans les plantes), pour la production de polymères d’intérêt pour la chimie et l’énergie (bioéthanol 2G, molécules tensio-actives à base de sucres...) reste très complexe.

L’utilisation de fibres, pour la réalisation de matériaux composites et nanostructurés aux propriétés optiques inédites (films et revêtements de protection) offre un panel de possibilités pour l’agriculture et les entreprises régionales.

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