L'Oise Agricole 12 janvier 2017 à 08h00 | Par L'Oise Agricole

«Il faut un pacte de confiance entre les agriculteurs et la société»

Président de la FNSEA depuis 2010, Xavier Beulin a publié le 3 janvier "Notre agriculture est en danger. Ce qu’il faut faire" aux éditions Tallandier. Interview.

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Dans cet ouvrage, Xavier Beulin détaille les solutions qu’il propose pour donner des perspectives à une agriculture française de qualité, mais trop souvent délaissée par les politiques et de plus en plus méconnue des citoyens. L’agriculteur revient également sur son parcours et sur les responsabilités qui ont forgé sa vision.

Pourquoi avoir écrit ce livre?

Xavier Beulin : D’abord pour interpeller les politiques. J’ai été surpris et même déçu que pendant la primaire de la droite et du centre, personne ne parle d’agriculture alors que le secteur pèse 15% de l’emploi en France et 8 à 10 milliards d’euros d’excédent commercial.

Et lorsque l’on en parle, on la présente de manière très binaire avec d’un côté, une agriculture industrielle, productiviste et qui aurait accès aux marchés mondiaux, et de l’autre, une agriculture de proximité forcément vertueuse. Sortir des clichés est une nécessité ! Il faut avoir un discours positif, en particulier sur la diversité agricole.

Pouvez-vous nous dire quelques mots des propositions que vous faites?

X.B. : Au niveau européen, la France doit être plus présente à Bruxelles qu’elle ne l’est aujourd’hui. Mais il faut aussi adapter l’agriculture française en la dotant notamment d’un véritable statut : on se rend compte que l’on est l’une des dernières corporations en France à ne pas disposer d’un statut.

Il nous faut un outil moderne pour lutter contre les aléas et la volatilité, avec une fiscalité qui ne serait plus calculée annuellement, mais sur plusieurs années. Il y a un autre point sur lequel j’insiste : la modernisation, à la fois des exploitations et des filières.

Parallèlement à tout cela, un débat de fond doit porter sur la recherche, l’innovation, la mise à disposition des technologies du numérique et du digital, de la robotique, toute une modernisation qui permettra de répondre de mieux en mieux aux défis de la performance économique, environnementale, de la gestion de l’eau, des ressources naturelles, du changement climatique etc.

Vous proposez de dépasser les normes pour aller vers un contrat avec les agriculteurs…

X.B. : Il faut sortir en France d’une vision purement législative et règlementaire pour aller vers un contrat, un pacte de confiance avec les agriculteurs. L’agriculture a besoin d’un cadre car elle est soumise, tantôt au climat capricieux, tantôt aux maladies ou aux vicissitudes des marchés. Elle a besoin de dispositifs et d’outils d’intervention, mais pour autant, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse. Il faut aussi faire confiance aux acteurs.

Quand on évoque la biodiversité, l’équilibre des ressources naturelles, la protection de l’eau, du sol, il faut plutôt réinjecter de la science, du savoir, de la confiance, au lieu de tout faire passer par des lois et des décrets. La France a toutes les capacités en ce domaine.

Est-ce également un élément du contrat que vous voulez passer entre agriculteurs et citoyens?

X.B. : Oui, il faut leur faire connaître ces atouts et être plus pédagogique. Il y a aujourd’hui un paradoxe assez flagrant, relevé à plusieurs reprises, notamment par l’Observatoire des prix et des marges, qui indique que le marqueur prix reste déterminant dans l’acte d’achat au quotidien, alors que l’on veut garder de la spécificité, de la différenciation, une large gamme dans la plupart des grandes productions…

Il faut retisser des liens pour partager, avec les citoyens, mais aussi les intermédiaires, un objectif à partir duquel on accroche une valeur. Car il est difficile d’avoir à la fois les prix mondiaux ou même européens, et la qualité, l’exigence, des produits d’origine française.

Qu’est-ce qui a permis et motivé votre engagement professionnel?

X.B. : Je pense avoir acquis, à travers mon engagement professionnel, une expertise, un regard sur l’agriculture française, sur les enjeux internationaux. Mais je tire aussi mon expérience de deux éléments qui ont influencé ma vie. Ma famille d’agriculteurs, d’abord.

Le deuxième élément, c’est d’avoir eu cette capacité de rencontrer, à la fois chez les Jeunes Agriculteurs, à la FNSEA, chez Avril, des gens de très grande qualité qui vous aident à faire votre propre opinion. C’est par l’argumentation, la confrontation, le dialogue, et la recherche de points de convergence que l’on parvient à faire avancer les choses et porter des idées.

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