L'Oise Agricole 24 septembre 2015 à 08h00 | Par Bernard Leduc

Il faut retrouver des perspectives pour notre agriculture

La chambre d’agriculture a tenu une session extraordinaire ce mardi 22 septembre à Beauvais.

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- © Bernard Leduc


Cette session de la chambre départementale d’agriculture, à laquelle le Préfet de l’Oise et plusieurs directeurs de services de l’Etat ont participé, avait un ordre du jour chargé.Elle a débuté par l’analyse et le vote du budget rectificatif 2015, qui se traduit par un prélèvement sur le fonds de roulement inférieur de 560.000 € par rapport à ce qui était prévu dans le buget initial.


D’autre part, il fallait que la compagnie désigne des membres pour sièger dans des instances départementales : le représentant de la chambre d’agriculture sera Benoît Grégoire au Coderst (conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques), Bruno Haas à la commission départementale des risques naturels majeurs (comme titulaire, et Thierry Bourbier comme suppléant), et Colette Masselin, à la commission départementale de l’emploi et de l’insertion.


Moisson 2015 : la bonne surprise...


Un bilan de la moisson a été présenté par des présidents de coopératives, qui ont fait état de rendements inattendus pour les céréales d’hiver et l’orge de printemps, malgré la sécheresse qui s’est installée dans notre région, de façon inégale, dès la fin du printemps. De très bons rendements en moyenne, à 94 quintaux/ha pour le blé dans le département, de même que pour les orges d’hiver. Et avec une bonne qualité, sauf en protéines pour certains blés, d’où les risques une nouvelle fois rappelés sur les débouchés à l’exportation à cause du plafond arbitraire fixé pour la fertilisation azotée.


Mais si les rendements sont bons, ce n’est pas du tout le cas pour les prix, liés à des cours mondiaux très bas : Hans Dekkers citait le marché de Chicago où les cours sont aussi bas qu’en 2009. Heureusement que la parité euro/dollar nous reste favorable.
Pour les orges de printemps, les rendements ont aussi été bons, à environ 75 quintaux/ha en moyenne départementale, avec de bons calibrages et une teneur en protéines proche de 10 %.
Quant au colza, la récolte a été en demi-teinte (autour de 38 q/ha). Et côté protéagineux, les rendements ont été moyens pour les pois, autour de 45 q/ha en moyenne départementale, mais catastrophiques pour les féveroles, qui avaient pourtant regagné des surfaces par le biais des SIE.
Pour les légumes, l’année a été normale, sauf pour les petits pois en début de campagne.

Et pour les pommes de terre, les rendements sont faibles, mais les prix élevés en consommation ; une remarque était faite pour les pommes de terre fécule, non irriguées, dont le rendement a été réduit de moitié par rapport à une année normale.


Ce qui caractérise cette année est  l’hétérogénéité des résultats, avec des écarts allant du simple au double, plus importants encore pour les oléo-protéagineux. La pluviométrie a été inégalemet répartie et les terres profondes ont mieux résisté à des conditions métérologiques très sèches de juin à août ; ces conditions, de moins en moins exceptionnelles, doivent être prises en compte dans le cadre du changement du climat, pour tenter d’adapter les cultures ou les modes de culture, faisait remarquer François Dumoulin. Il évoquait par ailleurs le problème de la résistance croissante des maladies des céréales, de certaines adventices (dont le ray-grass), et des insectes en colza.


Une remarque était faite lors de cette session par le président Poulain sur le revenu céréalier : certaines régions ont été davantage marquées par la sécheresse, et l’effet rendement se cumule alors avec celui des prix, baissiers depuis la moisson, et cela avec des aides Pac également en baisse : il y pourra y avoir de graves problèmes de trésorerie dans ces exploitations de polyculture ou polyculture-élevage.

... pas pour les récoltes d’automne


Si la sécheresse n’a pas marqué l’orge de printemps, elle a marqué les autres cultures de printemps. Dont le maïs, parfois sans épis ou avec des pains sans grains. Il y aura de mauvaises surprises à la récolte, en maïs grain ou fourrage.
De même pour les betteraves : Billes Bollé rappelait les bons rendements des dernières campagnes : on en sera loin cette année, avec probablement un rendement moyen à moins de 80 tonnes/ha, là aussi avec de très gros écarts. Dans ces conditions, Gilles Bollé précisait que les volumes en pulpes seront limités ; par le contrat départemental négocié avec la FDSEA, la commande des 22.000 tonnes de pulpes supressées sera honorée, par un report de la déshydratation, mais avec des prix légèrement revus à la hausse.


Et en betteraves, l’effet rendement va se cumuler aussi avec une baisse des prix, sans supplément, alors qu’il y aura prochainement suppression des quotas.

Elevage : prix trop bas


C’est en élevage que la situation est la plus critique, du fait de prix structurellement trop bas, expliquait Hélène Baudoin. Et la sécheresse ajoute aux difficultés, puisque le bilan fourrager sera déficitaire cette année. Des mesures ont été prises, en particulier par un plan de soutien au niveau français et la mise en place d’une «cellule d’urgence» départementale. Les difficultés sont réelles pour de nombreux éleveurs, qui ont été appelés à déclarer leur situation (ils peuvent encore le faire jusqu’au 30 septembre).

Il faut éviter que des éleveurs s’isolent et un accompagnement personnalisé est prévu. Les dossiers sont étudiés au cas par cas dans une totale confidentialité, pour des allègements ou des reports de charges. Mais pour les mesures fiscales et sociales, «ce n’est que du report» regrette Mélanie Bonnement.
La crise est profonde dans toutes les filières, peut-être moins visible dans les zones mixtes comme la nôtre. Mais puisque les prix sont insuffisants pour dégager un revenu ou seulement couvrir les charges pour presque toutes les grandes productions, la question se pose pour l’avenir de notre agriculture, avec ou sans élevage dans les zones mixtes, et le renouvellement des générations.


Dans un premier temps, c’est surtout le problème des dettes fournisseurs ou à court terme qui est à résoudre en priorité, mais des restructurations de dettes sont à prévoir. Les dossiers de tous les agriculteurs en difficulté doivent pouvoir être traités, disait Luc Smessaert, rappelant qu’il faut chercher à établir des prix de vente de produits agricoles en relation avec les coûts de production et que les agriculteurs ont besoin d’une «pause des normes».
En concluant cette session, le Préfet de l’Oise a insisté sur la mobilisation des services de l’Etat et de tous les partenaires pour aider les agriculteurs en difficultés. Il ne veut pas entendre parler de «mesurettes», puisqu’il y a «des crédits suffisants pour les dossiers qui nous ontété transmis» et tous les cas seront étudiés. «Il n’y aura pas de solution standard» précisait-il.


Une procédure calamités a été lancée pour le département, elle permettra si elle est acceptée au niveau national des indemnités dans les secteurs les plus touchés par la sécheresse. Le Préfet a par ailleurs annoncé que dans l’Oise, les 73 % d’agriculteurs qui en ont fait la demande, percevront au 1er octobre «l’avance de trésorerie remboursable», qui se subsitue cette année au paiement anticipé des aides Pac ; comme habituellement, ce versement représentera la moitié des aides contre 40 % prévus), réduites avec la nouvelle Pac. Le solde, ou la totalité pour les quelque 27 % qui n’ont pas fait la demande d’avance, seront payés en fin d’année, comme habituellement, si les dossiers Pac sont validés.


La dernière session 2015 de la chambre départementale d’agriculture sera consacrée à l’élevage.

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