L'Oise Agricole 05 janvier 2017 à 08h00 | Par Thierry Becqueriaux

Hauts-de-France: les paysans attendent un projet agricole solide et ambitieux

Leur priorité des priorités: les gains de compétitivité pour rester dans la course avec les concurrents européens notamment.

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- © V. Marmuse

Le prochain Président de la République, qui sortira des urnes le 7 mai 2017, aura du pain sur la planche. «Y a du boulot !», reconnaît Adrien Bled, agriculteur près d’Amiens, en regrettant que «notre puissance agricole est en train de s’effriter». «C’est un chantier compliqué », admet de son côté Alain Dequeker, producteur de pommes de terre à Avesnes-le-Sec (59), qui s’interroge: «Notre modèle agricole basé sur l’exploitation familiale est-il adapté à la mondialisation?»

L’agriculture n’a jamais été aussi complexe, diversifiée et plurielle. Dans les Hauts-de-France, de nouveaux modèles de développement émergent en répondant aux aspirations de nos concitoyens. Aurons-nous la capacité d’accompagner de tels développements? «C’est un mouvement de fond qui est en train de se mettre en marche et qu’il faudra bien reconnaître», analyse Luc Vermeulen, agriculteur dans le Cambrésis et président de la FNCuma.

Une nouvelle voie entre agriculture familiale et agriculture entrepreneuriale? «En tout cas, il faut éviter une industrialisation de l’agriculture qui aboutirait à la désertification des campagnes», explique Véronique Cany, agricultrice et membre de la «Bioteam» dans le Cambrésis.

Faut-il pour autant abandonner les filières qui font la puissance agricole de cette région? «Nos positions commerciales en matière de céréales sont plus que stratégiques: elles garantissent une certaine stabilité politique chez nos clients», souligne Laurent Bué, agriculteur dans le Montreuillois et président de la Sica Nord-Céréales de Dunkerque.

 

Une politique offensive

«Il est grand temps que l’on ait un vrai projet pour l’agriculture, plaide Jean-François Gaffet, président du groupe coopératif Noriap. Il doit redonner du souffle à l’agriculture en impulsant une nouvelle dynamique, tant auprès des paysans que de leurs responsables.»

Pour lui, le monde agricole est sans repère, et il a autant besoin d’un tel projet agricole que d’une vraie politique rurale. «Le succès des nouvelles technologies en agriculture ne peut passer que par la généralisation du haut débit dans les campagnes. On en est très loin», regrette-t-il.

Ce projet permettra de retrouver de la compétitivité (mesures en faveur de l’emploi, fiscalité adaptée, retour à une TVA sociale…).

«Nous devons avoir les moyens de ne pas nous enfoncer dans la non compétitivité par rapport à nos voisins », analyse François Cottinet, agriculteur dans le Santerre. «Ce projet passe par une politique offensive sur les dispositifs de soutien à l’agriculture en donnant la priorité au collectif», estime de son côté le président de la FNCuma.

«Il faut que l’on prenne conscience que nous sommes entrés dans un système de fortes volatilités des prix des produits alors que les systèmes de fiscalité et de prélèvements sociaux n’ont pas évolué», analyse Alain Dequeker, favorable à «un système de provisions les bonnes années pour celles où les cours sont faibles».

Mais «notre politique des structures n’est plus du tout adaptée », fait remarquer Laurent Bué. «D’autant qu’on assiste de plus en plus à une reprise en main de l’activité agricole par les propriétaires», constate de son côté Luc Vermeulen.

 

Redonner du pouvoir aux agriculteurs

«Que le prochain président réaffirme la Pac et n’abandonne pas les soutiens», espère le président de Nord-Céréales. Avant d’ajouter: «Les céréales représentent un hectare sur deux dans les Hauts-de-France. Aussi quand on soutient la filière céréales, c’est toute l’agriculture que l’on soutient.»

Les paysans des Hauts-de-France attendent beaucoup de l’après-Pac 2020 qui va se dessiner mi-2017. Ils seront d’autant plus attentifs qu’une année d’élection présidentielle n’est jamais favorable pour impulser des signes tangibles à Bruxelles! «On a perdu près de 50% d’aides directes à la production en l’espace de quelques années, que le second pilier est loin d’avoir compensé», estime Laurent Bué considérant que l’on a abandonné progressivement le «soutien à l’acte de production».

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