L'Oise Agricole 27 septembre 2018 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi

Grand angle sur les Photaumnales

La 15e édition du festival photographique les Photaumnales, organisé par Diaphane, pôle photographique en Picardie, a commencé depuis le 15 septembre et se terminera le lundi 31 décembre 2018 à Beauvais et en région des Hauts-de-France.

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Pour plus d’informations, allez sur le site https://www.photaumnales.fr/ (© Patrick Tourneboeuf)  © sibylle Bergemann  © Gaël Clariaa  © ambroise Ténézas

Cet automne, les images vont tomber. Pour cette édition 2018 des Photaumnales et dans une année de commémorations multiples, la programmation interroge la relation mémorielle de la photographie à l’histoire, en confrontant des approches multiples et variées sur ce thème.

Où loge la mémoire explore la diversité des relations qu’entretient ontologiquement la photographie avec le temps. De l’inscription dans le paysage des traces d’une mémoire collective au recueil des modifications du paysage, les images construisent une histoire contemporaine qui résonne dans cette édition avec de nombreuses archives.

27 photographes sont présents à travers des expositions thématiques ou monographiques. De nombreuses visites et ateliers sont proposés dans le cadre du programme d’éducation à l’image qui permettent à un large public de découvrir la multiplicité des approches artistiques et de mieux comprendre le langage des images.

Les Photaumnales confirment leur ouverture internationale en offrant des cartes blanches aux festivals partenaires : Photolux en Italie, Kaunas Photo Festival en Lituanie, les Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie au Québec et la Triennale Photographie et Architecture à Bruxelles. Le festival renforce cette année son implantation territoriale en présentant des expositions dans les villes d’Amiens, Beauvais, Clermont, Creil, Noyon et Douchy-les-Mines et dans les galeries de nombreux établissements scolaires.

Trois artistes à immortaliser

Gaël Clariana a photographié l’émergence de zones pavillonnaires en cours de construction. Dans des environnements neufs et artificiels, les éléments de bâti semblent les pièces d’un jeu d’assemblage à l’échelle monumentale, les maisons se donnent à voir comme des coquilles vides et nues, inquiétantes ou dérisoires par leur impersonnalité et leur ressemblance. Attentif à l’homogénéité des couleurs d’image en image, Gaël Clariana s’attarde sur la géométrie rigoureuse des structures et sur la nudité des surfaces, sur la manière dont le dessin des pavillons articule un espace vide et stérile. Ces œuvres illustrent un mode de développement urbain parfaitement actuel. Elles sont un regard critique porté sur l’expansion des villes en zones périphériques d’habitat individuel et pavillonnaire, qui bouleversent l’urbanisme traditionnellement organisé en combinaisons d’axes de déplacement et d’îlots commerçants et résidentiels. Les photographies de Gaël Clariana fabriquent la mémoire d’espaces éphémères et généralement négligés au profit d’une vision du paysage urbain plus achevée et pérenne.

Patrick Tournebœuf consacre une partie de son propos à la fixation des stigmates de l’Histoire, avec quatre séries : La Cicatrice, sur les traces du mur de Berlin, La mémoire du jour J, sur les plages du débarquement en Normandie, Monolith sur la disparition naturelle des blockhaus dans les paysages du littoral et Stèles, sur les monuments aux morts de la Grande guerre.

Dans chaque commune, une trace du conflit est préservée en l‘honneur des disparus de la Grande guerre : les monuments aux morts sont devenus des stèles au cœur même de la cité. Ils se retrouvent sur le parvis des mairies, sur la place des marchés, devant l’église ou au milieu du cimetière, comme des points de repère. Ces premières traces de commémoration témoignent de cette histoire reliant l’intime à l’universel, révélant pour chaque commune son positionnement par le choix de l’implantation géographique du monument, de la représentation métaphorique, politique ou tout simplement des moyens économiques disponibles. Ces stèles préservent de l’oubli des actes et surtout des noms de tous ceux qui ont vécu l’indicible de la guerre. Commandées à des artistes de pratique et d’origine différentes, ces sculptures ont été dressées là, telles de hautes figures élevées contre le temps. Elles pérennisent la douleur du pays par allégorie, et transcendent ainsi le souvenir.

Ambroise Tézenas a enquêté sur le phénomène, connu dans le monde anglo-saxon sous le nom de dark tourism, qui consiste à visiter des lieux marqués par la tragédie. Tremblements de terre, tsunamis, accidents, catastrophes industrielles, zones sinistrées ou miséreuses constituent autant de «destinations» et de sites potentiels dont la découverte est à même de combler la curiosité ambiguë d’un nombre croissant d’amateurs. Le photographe a sélectionné une dizaine de lieux emblématiques, et s’est inscrit auprès des tour-opérateurs afin de vivre à l’identique et comme en immersion l’expérience d’un touriste lambda. Par souci d’exactitude, il a veillé à ne photographier que ce qui était donné à voir au visiteur. Du massacre d’Oradour-sur-Glane en 1944 jusqu’aux ruines du tremblement de terre de la province du Sichuan en Chine, en 2008, Ambroise Tézenas traverse le XXe siècle en passant, entre autres, par le Cambodge, le Rwanda, l’Ukraine ou le Liban. Il dresse un état des lieux de ces voyages organisés d’un nouveau genre, qu’il résume d’une phrase : «Ici, on vient vérifier un cauchemar».

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