L'Oise Agricole 08 février 2017 à 08h00 | Par Delphine Jeanne

FNB: les éleveurs veulent reprendre la main

Confrontés à une crise sévère et aux critiques sociétales de plus en plus fortes, les éleveurs de la FNB ont montré leur détermination, lors de leur congrès à Nevers, les 1er et 2 février.

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Table-ronde avec de gauche à droite, Jérôme Pitot (JA), Denis Lerouge (Interbev), Serge Papin (Système U), Rémy Rocca (McDonalds) et Emmanuel Bernard (Interbev).
Table-ronde avec de gauche à droite, Jérôme Pitot (JA), Denis Lerouge (Interbev), Serge Papin (Système U), Rémy Rocca (McDonalds) et Emmanuel Bernard (Interbev). - © Delphine Jeanne

«Nous, éleveurs de France, sommes saignés à blanc», a déploré Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine (FNB), qui a tenu son congrès annuel les 1er et 2 février, à Nevers. En 2016, le revenu des éleveurs allaitants a, en effet, connu une baisse historique, de -50 à -60%, atteignant une moyenne comprise entre -6.000 et 6.000 € annuels.

Si la Pac doit apporter des réponses pour mieux protéger les producteurs européens, la qualité sanitaire et environnementale de leur production, et la souveraineté alimentaire, notamment en matière de droit à la concurrence et d’outils de gestion de risques plus simples, et surtout mobilisables plus facilement, «toutes les bêtises n’ont pas été faites à Bruxelles», précise Dominique Fayel, membre du bureau de la FNB.

«Quarante ans de connivence avec la grande distribution, dans le seul but de favoriser le pouvoir d’achat du consommateur, ont aussi conduit à la confiscation de la valeur au producteur», poursuit-il.

 

Coeur de gamme

«C’est le prix qui sauvera les producteurs», martèle Jean-Pierre Fleury. Face au «dysfonctionnement de la chaine alimentaire», entre la position dominante du premier industriel de l’abattage et la construction du prix détenue par l’aval, la FNB est «contrainte de prendre des initiatives ».

Pour dénoncer, certes, mais également pour trouver des solutions constructives, comme elle le fait avec Coeur de Gamme, qui rémunère les éleveurs 1€ supplémentaire le kilo. Si des enseignes comme Carrefour et Système U jouent le jeu aujourd’hui, la démarche n’est pas forcément aussi sincère pour les autres distributeurs signataires.

«Soyez mobilisés aussi pour que l’ensemble des opérateurs y arrivent. Je ne pourrai pas tenir mes troupes si on reste seuls trop longtemps», prévient ainsi Serge Papin, PDG de Système U. D’autant qu’à la portion, la différence de coût pour le consommateur n’est que de trois à quatre centimes d’euros.

Pour compléter le dispositif Coeur de Gamme, une communication spécifique des races à viande sera organisée par Interbev pour un budget de 7 M€ issus du plan de soutien, a précisé Jean-Pierre Fleury, qui demande également à Bruxelles «d’allouer un budget spécifique pour accompagner la segmentation des races à viande».

 

Assurer la qualité

Ces chantiers concernent, par ailleurs, la restauration hors domicile. Dans la restauration collective, 70% de la viande bovine servie est importée, et la recherche quasi systématique du moins-disant se traduit par des achats de viande de moindre qualité, qui finit dans les poubelles des collectivités. Et le sujet touche aussi la restauration commerciale. «Aujourd’hui, dans 75% de la RHD commerciale, il y a un burger à la carte», précise Rémy Rocca, directeur des achats chez McDonalds.

L’enseigne, qui constate une diminution de 8% de la consommation de viande bovine dans ses restaurants depuis 2012, a mis en place une gamme «Signature», plus chère, avec un burger à base de viande charolaise. 2.000 tonnes ont été vendues l’année dernière par McDonalds, qui vise un objectif de 7.000 tonnes par an d’ici 2019.

Les consommateurs sont en effet plus demandeurs qu’avant de viande de qualité, quitte à en manger moins. Et, de ce côté, malgré des conditions d’élevage de haut niveau, l’adéquation avec les attentes n’est pas toujours au rendez-vous, l’accent étant davantage mis par les éleveurs sur des critères comme le sans-corne ou le vêlage facile, qui ne répondent pas à l’exigence de tendreté du consommateur.

Certes, la question du prix rémunérateur est indissociable à l’innovation et à l’investissement dans la filière. Cependant, cette dernière doit également réfléchir à son adaptation aux nouvelles demandes d’une société davantage en recherche de solutions pratiques, nomades et rapides.

Si le fromage et la volaille ont su innover, «la viande est en retard», explique Denis Lerouge, directeur communication et marketing chez Interbev. Il faut aussi «raisonner en fonction des points de vente : rayon viande, mais aussi rôtisseur, rayon snack, etc.», ajoute-t-il.

D’autant plus que les solutions existent dans d’autres pays. «Au Vietnam, au petit-déjeuner, on trouve des brochettes de boeuf dans du pain. La mondialisation nous fait peur, mais elle peut aussi nous apporter des choses», témoigne de son côté Emmanuel Bernard, président de la Commission Export d’Interbev. Et avec 98% de la population française qui consomme encore et toujours de la viande, les éleveurs bovins ont un beau défi à relever.

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