L'Oise Agricole 20 octobre 2016 à 08h00 | Par Florence Guilhem

Fait-il bon vivre dans les Hauts-de-France ?

L’Insee a présenté, le 6 octobre dernier, «Une approche de la qualité de vie dans les Hauts-de-France», une étude qu’elle a réalisée en partenariat avec la Région.

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- © IGN - Insee

C’est la question que l’on se pose tous quand l’heure vient de partir dans une autre ville ou une autre région pour travailler ou refaire sa vie, ou bien lorsqu’on décide de construire une maison ou d’acheter un appartement. Fait-il bon vivre là où l’on est amené à poser ses valises ?

Mesurer ce ressenti est, disons-le tout de suite, mission impossible. Et si l’on voulait tenter de cerner la question, cela nécessiterait toute une série de paramètres à retenir engendrant un coût très élevé d’étude. Sujet clos.

A défaut de poursuivre cette chimère, l’Insee des Hauts-de-France, à la demande de la Région, a décidé de croiser des informations objectives sur les différents cadres de vie de la région (paysage, accès aux services, aux équipements, à l’emploi, temps de trajet du domicile au travail, etc.) et le profil de ses habitants (optimisme, revenu, âge, niveau d’éducation, statut au regard de l’emploi, aspirations…) pour approcher la qualité de vie des territoires.

«Il est clair que la qualité de vie des habitants est une équation complexe», reconnaît Elisabeth Vilain, chef de projet à l’Insee. Complexe ou pas, ces informations seront plus à même d’éclairer la Région sur ces choix d’aménagement de territoire que les six millions d’habitants des Hauts-de-France. Une fois cela dit, quelques grandes tendances se dessinent.

Un cadre de vie «nature»

Si la région des Hauts-de-France est la région de province la plus densément peuplée, ce qui lui confère une image de région très urbanisée, trois habitants sur cinq vivent pourtant sur 92% de la surface régionale dans un paysage constitué d’au moins 75 % de terres agricoles ou d’espaces naturels. Néanmoins, dans cette homogénéité de cadre naturel, trois cadres de vie se distinguent.

La première concerne 2,4 millions d’habitants vivant sur des territoires à dominante agricole, mais proches des emplois (moins de 30 mi nutes de trajet) et des services. Ces territoires sont souvent organisés autour de villes moyennes d’au moins 2.000 habitants telles qu’Abbeville, Cambrai, Laon, Soissons ou en bordure éloignée des grands pôles d’emploi de Lilles, d’Arras ou d’Amiens.

Mais, dans ces derniers cas, les trajets en voiture excèdent les 30 minutes, notamment autour de Lille, La Bassée, Orchies ou Cysoing, en raison de l’engorgement routier. Dans ces territoires, principalement autour de Lille, d’Arras et à l’est d’Amiens, mais aussi dans les territoires périurbains des agglomérations du littoral, le Montreuillois, l’Audomarois et le sud de l’Arrageois, 1,2 million d’habitants ont des situations sociales plutôt confortables, le niveau de vie y est supérieure à la moyenne régionale (21.170 € contre 18.100 €), le taux d’emploi est élevé, les jeunes sont diplômés et bien insérés.

«Les quelque 100.000 habitants du territoire de vie de Beauvais se rattachent à ce groupe, mais avec toutefois de fortes disparités. Par ailleurs, sur ces territoires, 1,1 million d’habitants rencontrent des difficultés sociales importantes, comme dans l’Avesnois, sur le littoral abbevillois, le Cambrésis ou une partie de l’Aisne», nuance Elisabeth Vilain.

Autre configuration: des territoires toujours à dominante agricole, mais plus éloignés des pôles d’emploi. Autrement dit, les temps de trajet pour se rendre au travail dépassent la demi-heure et concernent 40 % de la population contre 20 % dans le groupe précédent. Près de 700 000 personnes vivent dans cet espace, et dans un environnement social généralement favorisé. C’est surtout vrai dans les Flandres, dans le sud de l’Oise et en bordure d’Amiens (autour d’Albert, Doullens ou Flixecourt), soit 23 % de la surface régionale.

Dernier cas de figure : les territoires des pôles d’emplois et des services. Ce troisième type d’espace couvre 23% de la surface régionale et se situe notamment en pays de Bray ou à proximité de Château-Thierry. Il regroupe près de 400.000 habitants, plutôt issus des classes moyennes et nombreux à avoir pris leur retraite. Néanmoins, la part des propriétaires y est plus importante qu’en région (70 % contre 57 %), du fait d’un coût foncier moindre. Si les terrains y sont plus abordables, la facture énergétique, elle, est plus conséquente, puisque les temps de trajet pour se rendre au travail ou accéder aux services sont plus élevés qu’ailleurs (30 % de la population contrainte à de longs trajets).

Un cadre de vie «urbain»

Changement de décor et de densité de population. 1,1 million d’habitants se concentrent, eux, sur 1 % du territoire régional, dans les coeurs les plus urbanisés des agglomérations, et 1,5 million d’habitants sur 7 % du territoire, dans l’environnement proche des secteurs précédents. Soit, pour ces deux cadres de vie urbains, la métropole lilloise, les agglomérations du littoral, l’ancien bassin minier et sidérurgique, ainsi que les territoires d’Arras, de Creil, de Compiègne et d’Amiens.

Ce dernier territoire est cependant atypique, car il se compose de la commune d’Amiens, qui concentre à elle seule 74% de la population du territoire, et de soixante-quatre communes plus petites. A la différence des territoires à dominante agricole, ceux-ci présentent, sans surprise, un niveau d’équipement en service élevé, une offre d’emploi importante et diversifiée, ainsi qu’un important accès aux loisirs.

Mais si tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, reste que ces avantages pour la qualité de vie sont atténués par la fréquence des situations de suroccupation des logements et des temps de trajet qui dépassent les 30 minutes pour 21% des communes les plus denses.

Mais la grosse différence réside sans doute dans une mixité sociale, principalement dans les villes centres, plus fortes qu’ailleurs, telles qu’à Lille et une partie du coeur urbanisée de la métropole régionale (Villeneuve- d’Ascq, Loos, Mons-en- Baroeul ou La Madeleine), ou encore à Compiègne, Valenciennes et Amiens.

Le niveau de vie des 10% de ménages les plus aisés est quatre fois supérieur à celui des 10% de ménages les plus pauvres quand ce rapport est de trois au niveau régional. 82 % des jeunes ont un emploi ou sont en formation, soit neuf points de plus que la moyenne régionale. Une fois cela dit, dans les autres territoires de ces deux espaces urbains de la région (Roubaix, Tourcoing, Creil, le bassin minier ou les agglomérations du littoral), regroupant 1,3 million de personnes, la situation sociale est plus homogène, mais particulièrement défavorable pour les populations.

26% de la population y vivent sous le seuil de pauvreté. Le taux d’emploi est inférieur de huit points à celui de la région, les jeunes sont peu diplômés et peu insérés sur le marché du travail. Conclusion: où vit-on le mieux ? Le bon sens paysan vous dirait là où on a le nécessaire, sans sentir un quelconque manque. Avec quelques moyens tout de même pour profiter des avantages du territoire où l’on vit, car «si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue», philosophe avec humour un certain Woody Allen.

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