L'Oise Agricole 07 octobre 2018 à 11h00 | Par Alix Pénichou

«Faire évoluer nos pratiques culturales de semences fourragères»

Avec 2.850 ha, la filière des semences fourragères se développe dans la région. Christophe Damonneville, agriculteur samarien, président du pôle technique Hauts-de-France et du GIEE en cours de création, en témoigne.

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Christophe Damonneville, agriculteur samarien, président du pôle technique Hauts-de-France et du GIEE en cours de création
Christophe Damonneville, agriculteur samarien, président du pôle technique Hauts-de-France et du GIEE en cours de création - © Alix Pénichou

A titre personnel, pourquoi vous êtes vous intéressés aux semences fourragères ?

Je me suis installé il y a quatre ans avec ma compagne, dans ce Gaec des Trois plaines. Une exploitation de 120 ha en polyculture et élevage laitier. Nous cherchions à diversifier le revenu et l’assolement. Cette culture nous a semblé intéressante, car les cours sont beaucoup moins volatiles et, au niveau agronomique, l’intérêt est aussi là, avec l’ajout de légumineuses, comme le trèfle et la vesce, et l’apport de matière organique et la préservation de la structure du sol avec le ray-grass. Aujourd’hui, je cultive 20 ha dans ma ferme et dans celle de mon père, le Gaec des Trois dès, à Mareuil-Caubert. Il s’agit de semis de prairie pour les éleveurs et essentiellement de semis de gazon pour les particuliers.

Quelles sont les avantages de cette culture ?

La marge brute peut être assez élevée les meilleures années. Cette année l’était, particulièrement en graminées et en vesce, grâce aux conditions météo qui ont été très favorables. Pour produire, il faut obligatoirement un contrat avec une maison de semences, qui impose les variétés. Mais il y a de la demande, en conventionnel comme en bio. Le principal point positif est qu’aucun investissement spécifique n’est à réaliser : on sème avec le semoir à blé et on récolte avec la moissonneuse-batteuse. C’est aussi le moyen de valoriser les moins bonnes terres, car la vesce se développe bien dans les cranettes. Elle y fait de belles gousses. Derrière, la pousse du colza sera favorisée, car la terre sera riche en azote.

Et ses inconvénients ?

Il faut être patient lors de la moisson ! Les semences fourragères sont particulières à récolter, car elles sont collées par terre. Alors que la batteuse peut rouler à 4 km/h dans du blé, il faut cette fois se résigner à une allure de 2 km/h. Il y a énormément de biomasse à passer. On livre ensuite directement, pour éviter les problèmes de germination. Pour ma part, il s’agit de SFP (Noriap), qui sèche, trie et fait le lien avec la maison de semences. Cette culture est surtout technique et ne peut pas être réalisée n’importe où : il faut des terres très propres, indemnes de ray-grass, sans trop de vulpins non plus. Chez moi, les rotations sont assez longues, donc les parcelles sont relativement propres. Néanmoins, le désherbage est un élément complexe.

Que mettez-vous en place pour apporter des réponses techniques ?

Des pôles techniques régionaux ont été créés pour mener des essais de produits phytosanitaires. Celui des Hauts-de-France a été mis en place dans les années 2000 (Christophe Damonneville a succédé à Maurice Loyer au poste de président au printemps dernier, ndlr). La Fnams (Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences), la Chambre d’agriculture de la Somme, SFP (Noriap), Benoist Sem, la FDSEA, le Gnis et quinze agriculteurs en sont partenaires. Mais, entre producteurs, nous nous sommes posé la question suivante : comment allons-nous faire pour continuer de produire des semences fourragères de qualité, en pureté variétale, quand les produits que nous utilisons actuellement seront interdits ? Nous nous sommes rendus compte qu’il fallait faire évoluer nos pratiques. Nous avons donc voulu créer un GIEE (groupement d’intérêt économique et environnemental) pour apporter des solutions.

En quoi consiste ce GIEE ?

Il permettra de structurer les recherches et de partager nos résultats. Jusque là, les agriculteurs faisaient des essais chacun dans leur coin : des rotations différentes, des semis sous couvert, du désherbage mécanique… Sept agriculteurs de la Somme et de l’Oise en feront partie dès que la Draaf (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt) aura donné son feu vert. Tous les agriculteurs intéressés sont invités à nous rejoindre. Après une année d’émergence, dès septembre 2019, nous prévoyons trois années d’essais et de mise en commun.

Avez-vous déjà des bases de réflexion ?

Nous allons devoir nous pencher sur la question du trèfle. Nous avons recours à un Réglone pour la dessiccation avant le battage, mais le produit risque de devenir interdit dans les prochaines années. Dans les régions plus au sud, l’andainage est pratiqué, mais nous n’avons pas de référence en Hauts-de-France. Nous allons donc mener nos essais. En Raygrass, nous avons aussi de plus en plus de problèmes de désherbage. Certains on recours au binage, à la herse étrille… Nos techniques culturales sont d’ailleurs très différentes. Certains sont en nonlabour et semis direct, d’autres, comme moi, labourent occasionnellement, et un des agriculteurs est en conversion en agriculture biologique. Cette diversité devrait enrichir nos recherches.

Chiffres clés

2.850 ha : c’est la surface dédiée à la culture de semences fourragères en Haut-de-France. Il s’agit d’une production sous contrat. Et la demande existe.

7 agriculteurs font partie du GIEE dont les expériences devraient débuter en septembre 2019. Les agriculteurs intéressés seront les bienvenus.

3 : les expérimentations sur les semences fourragères et les mises en commun des résultats devraient durer trois ans.

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