L'Oise Agricole 27 juillet 2017 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«Éleveuse et engagée, je crois à la démarche cœur de gamme»

Alice Avisse-Bahu, agricultrice à Boissy-Fresnoy, dans le Valois, est la nouvelle présidente de la section viande bovine de la FDSEA 60. Rencontre.

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Alice Avisse-Bahu, présidente de la section viande bovine de la FDSEA 60
Alice Avisse-Bahu, présidente de la section viande bovine de la FDSEA 60 - © Dominique Lapeyre-Cavé

Pourquoi avoir accepté la responsabilité de la présidence de la section viande bovine de la FDSEA ?

C’est malheureusement le décès brutal du regretté Jean-Louis Meyniel qui a modifié les responsabilités dans l’Oise en viande bovine. Guillaume Durant a alors repris la présidence de la section viande bovine et on m’a demandé de représenter l’Oise à la Fédération nationale bovine (FNB).

Puis, lors du renouvellement syndical de ce début d’année, Guillaume Durant a souhaité ne pas se représenter à la présidence de la section car il n’avait pas le temps de le faire et, comme c’est complémentaire avec le mandat FNB, je me suis retrouvée à la tête de la section.

Est-ce un avantage ou un inconvénient d’être une femme ?

Pour moi, ce n’est pas une question de sexe. Le seul frein à l’investissement d’une femme dans un mandat professionnel, c’est uniquement le manque de disponibilité par rapport à la famille, surtout s’il y a des enfants en bas âge. Mais si elle est entourée au sein de son exploitation, il n’y a aucun souci à s’investir dans un mandat.

Vous êtes aussi membre du bureau de la FNB. Que vous apporte ce mandat national dans votre mandat de présidente de la section viande bovine et aussi en tant que membre du bureau de la FDSEA ?

Être à la FNB me permet de faire remonter les préoccupations du département de l’Oise au niveau national. Mais c’est aussi un lieu d’échanges entre régions et on perçoit mieux les difficultés des zones de montagne où il n’y a que l’élevage pour vivre. Dans l’Oise, nous avons presque tous la chance d’avoir aussi des cultures.

Je suis d’ailleurs admirative de ces responsables viande bovine des Pyrénées ou du massif central qui sont très volontaires et viennent passer 2 ou 3 jours par semaine à Paris pour défendre les dossiers d’élevage.

Quels sont les dossiers du moment en viande bovine ?

D’abord, la conjoncture est meilleure que celle de l’année dernière même si elle est loin d’être excellente. On subit une baisse de consommation régulière depuis de nombreuses années et, dernièrement, les fortes chaleurs ont accentué cette baisse car, quand la météo est clémente, les consommateurs se reportent sur la viande de porc.

L’année dernière, les arrêts de production de lait avaient pesé sur les cours de la viande, mais ce phénomène se fait moins sentir cette année. Pour autant, l’export ne donne pas d’aussi bons résultats qu’en 2016, notamment vers l’Allemagne et l’Italie.

Je voudrais également citer l’aide à l’allègement des carcasses mise en place jusqu’au 31 mai et qui a permis de maintenir les cours en limitant le poids des carcasses. De plus, le paiement a été rapide. Ce qui n’est pas le cas des aides Pac dont le calendrier de paiment prouve la mauvaise gestion de l’État. Être payé des MAE 2015 en novembre 2017 est proprement scandaleux !

Mais le gros dossier du moment en viande bovine reste le cœur de gamme, sous la marque éleveur et engagé®. L’objectif de ce dispositif est d’obtenir une meilleure rémunération de l’éleveur. Il s’agit d’un engagement signé entre la FNB et les enseignes de distribution pour un approvisionnement des rayons libre-service avec un cahier des charges dont les principaux points portent sur : des races à viande ou mixte, une conformation R+ minimum, un poids minimum d’abattage, un âge maximum, un état d’engraissement déterminé, une viande mâturée... Le tout à un prix rémunérant mieux l’éleveur.

Même si cet accord est national, grâce à la traçabilité, la plus-value revient à l’éleveur. Je peux l’assurer car j’ai moi-même eu le plaisir de recevoir depuis le mois de mars plusieurs factures avec un bonus «cœur de gamme» de 0,75 €/kg de carcasse, soit près de 340 euros pour ma bête dont j’ignorais qu’elle était partie dans cette filière.

Quelles sont les déclinaisons de ces dossiers dans l’Oise ?

L’objectif de cette démarche éleveur et engagé® est que les prix pratiqués soient pris en compte dans les cours afin de les tirer vers le haut. Pour cela, il va falloir que la démarche se généralise. Super U a été la première enseigne à signer et d’autres lui ont emboîté le pas, dont Carrefour. Il y a des régions de France où cela fonctionne bien. Le travail de la section dès la rentrée va consister à sensibiliser les directeurs de GMS à cette démarche dont les retours sont certains pour les éleveurs.

Certains me disent que cela va à l’encontre du travail d’Elvéa mais c’est totalement différent. Elvea travaille en local avec des GMS ayant des rayons de boucherie traditionnelle. Éleveur et engagé® concerne le rayon libre-service et, par exemple, en ce qui concerne la bête dont je vous parlais, je suis incapable de vous dire où elle a été vendue.

Si vous aviez un rêve en tant que présidente de la section, quel serait-il ?

Avec la démarche éleveur et engagé®, les membres de la section ont un véritable rôle à jouer. Je souhaite donc que tous s’investissent à la rentrée pour que nous fassions bouger les choses et que nous soyons fiers de ce que nous aurons fait.

 

Alice Avisse-Bahu

- 43 ans, mariée, 3 enfants.

- Exploitante en société à Boissy-Fresnoy en polyculture élevage allaitant (60 VA) et atelier d’engraissement de 220 places.

- Mes qualités : patiente, diplomate, à l’écoute, j’aime entreprendre.

- Mes défauts : parfois longue à décider, trop confiante dans la nature humaine, trop naïve paraît-il, je ne vois jamais le mal.

- Ce que j’aime dans la vie : la vie de famille, les relations humaines, le partage, les outils informatiques professionnels (je suis un peu geek) et cuisiner.

- Ce que je n’aime pas : la jalousie, la méchanceté.

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