L'Oise Agricole 13 septembre 2018 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Éleveurs : des pistes à explorer, des talents à exploiter

Trop peu d’éleveurs, une bonne cinquantaine, ont participé à la journée organisée le 11 septembre à Agnetz par la Chambre d’agriculture de l’Oise, sur les opportunités à saisir en élevage.

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Les témoignages des agriculteurs ont montré que des solutions variées sont possibles. (© Dominique Lapeyre-Cavé) Des tables rondes animées par des conseillers Chambre d’agriculture. © Dominique Lapeyre-Cavé Des stands de nombreux fournisseurs de l’agriculture installés sur l’exploitation de Christophe Beeuwsaert. © Dominique Lapeyre-Cavé

Pourtant, les tables rondes animées autour de trois thèmes, les services, la transformation et les complémentarités, avaient de quoi séduire. Les participants ont fait part de leur expérience, de leurs difficultés, mais surtout de leur grande motivation, de leur professionnalisme et de la réussite vers laquelle ils s’engagent, même si les projets sont trop récents pour crier totalement victoire.

La première table ronde accueillait Armand Harlé d’Ophove, qui met en relation des éleveurs de moutons et des entreprises soucieuses d’entretenir leurs espaces verts de façon écologique, Xavier Philippart, agriculteur près de Beauvais qui a transformé des bâtiments agricoles anciens en studios pour étudiants, et Christophe Beeuswaert qui a développé une production de paille et de foin à destination de centres équestres.

Ils ont tous insisté sur la nécessité d’être à l’écoute de ses clients afin de proposer un service qui corresponde exactement à la demande. Christophe Beeuswaert produit ainsi différents foins en fonction des demandes des centres équestres et assure aussi des services auprès d’eux car il est équipé en matériel de manutention. En contrepartie, il signe des contrats de trois ans avec eux sur lesquels les quantités, qualité et prix sont fixés. Une assurance pour chaque partie.

Armand Harlé d’Ophove insiste sur la rémunération accordée aux éleveurs qui font pâturer leurs moutons. Ils gagnent ainsi parfois jusqu’à 10.000 euros, ce qui leur permet de conforter leur activité.

Quant à Xavier Philippart, il est satisfait de pouvoir conserver des bâtiments qui n’ont plus aucun intérêt agricole. Il faut compter 40.000 euros pour aménager un studio qui sera loué 350 €/mois. Un grand succès auprès des étudiants qui se bousculent pour habiter à la campagne !

Une main-d’œuvre qualifiée

La deuxième table ronde s’intéressait à la transformation et, pour en parler, Bruno Lucien, qui vend des produits laitiers frais et des fromages, Francis Bizet, éleveur bovins viande qui vend presque toute sa production en direct sur sa ferme, et la représentante du Gaec des Trois Châtaigniers, dans la Somme, qui transforme en charcuterie 25 à 30 porcs élevés sur paille par semaine.

Leur principale motivation à se lancer dans l’aventure que représente la transformation a été de pérenniser le revenu et assurer leur exploitation dont ils sentaient que, s’ils ne faisaient, l’avenir pouvait être engagé.

Mais tous ont bien eu conscience que transformer et vendre, «c’est un autre métier et que cela s’apprend.» Tous ont suivi des formations avant de se lancer, ont fait des études de marché, se sont entourés de spécialistes, ont monté leur projet avec des conseillers et ont dû parfois embaucher du personnel qualifié : boucher, charcutier... des salariés, bien loin de l’ouvrier agricole polyvalent et méconnaissant totalement les cycles et contraintes de la production agricole.

De même, le développement d’un atelier de transformation nécessite un lourd investissement financier qu’il faut amortir et aussi un engagement en terme de temps. Transformer, c’est chronophage. Par contre, la satisfaction vient du retour direct que font les consommateurs qui sont pourtant exigeants.

Attention à produire de la qualité et surtout une constance dans cette qualité, sinon le client est perdu. La vente directe est aussi un moyen de communiquer sur le métier et de s’apercevoir que le grand public est bien souvent ignorant de l’agriculture.

Chacun essaie aussi de se démarquer des autres producteurs et cherche à créer son produit signature ou à développer de nouveaux points de vente. Peut-être un second magasin pour le Gaec des Trois Châtaigniers, une salle dédiée à la fabrication du fromage pour Bruno Lucien et un point de cuisson pour Francis Bizet ainsi que la mise au point d’un saucisson sec de bœuf.

Enfin, la troisième table ronde était consacrée à la complémentarité entre cultures et élevage et donnait la parole à Émilien Roose, éleveur laitier bio, qui travaille avec Jean-Luc Ortégat, céréalier bio également présent, et Claire Fourcin, d’Agrotransfert et territoires.

Les deux agriculteurs ont expliqué leur partenariat qui tourne autour de l’épandage d’effluents d’élevage excédentaires pour l’un et de luzerne mal valorisée et de pâtures non exploitées pour l’autre. Ils bâtissent leur assolement en commun, se répartissent les tâches selon leurs priorités et leur équipement en matériel. Leur collaboration est facilitée par le fait qu’ils dépendent, en tant que producteurs bio, du même organisme certificateur. Selon Jean-Luc Ortégat, le système polyculture-élevage est le plus performant et le plus cohérent quant à la gestion des intrants et déchets et, à deux exploitations, ils ont reconstitué cet équilibre. Par contre, les deux agriculteurs ont insisté sur la nécessité d’enregistrer les travaux et les pratiques afin d’échanger une soulte en fin d’année si nécessaire.

Claire Fourcin a rappelé que ce type de complémentarité permet des économies d’échelle, une maximisation des facteurs de production qui entraîne une baisse des charges opérationnelles et une stabilisation du revenu.

Car la finalité reste toujours la volonté de maintenir les exploitations et d’assurer aux producteurs un revenu décent. Les témoignages du jour laissent entrevoir de multiples solutions réalisables.

Des exposants pour démarrer ou finaliser son projet

Après les témoignages en salle le matin, les exploitants se sont dirigés chez Christophe Beeuswaert. Un panel d’exposants présents a permis à chacun d’échanger, de se projeter sur les différentes possibilités de diversifier son activité : transformation à la ferme, méthanisation, photovoltaïque…

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