L'Oise Agricole 08 mars 2018 à 09h00 | Par Delphine Jeanne

Elevage bovin : quels systèmes d’avenir ?

FranceAgriMer a présenté les résultats de deux études sur les conditions de résistance et de durabilité des élevages bovins, l’une sur le lait et l’autre sur la viande.

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Philippe Dimon, de l’Institut de l’élevage : «Consommer de la viande n’est plus obligatoire. Pour que le consommateur
continue d’en acheter, il doit être satisfait par le produit.»
Philippe Dimon, de l’Institut de l’élevage : «Consommer de la viande n’est plus obligatoire. Pour que le consommateur continue d’en acheter, il doit être satisfait par le produit.» - © françois d’alteroche

Suite aux différentes crises qui ont secoué l’élevage bovin français, FranceAgriMer a lancé en 2016 deux études d’approches différentes, mais avec le même objectif : mieux connaître les leviers de résistance et les facteurs de résilience des ateliers lait et viande dans les exploitations. Les résultats ont été présentés par l’organisme le 28 février, à l’occasion du Salon de l’agriculture.

Bovins viande : un déséquilibre offre/ demande

La filière bovin viande française vit depuis quelques années une crise structurelle liée à plusieurs facteurs : baisse de la consommation (- 10 % entre 2006 et 2017), qui s’explique par la sédentarisation, le vieillissement de la population, les discours anti-viande rouge, un pouvoir d’achat affecté par la crise économique, parallèlement à une diminution de la part consacrée à l’alimentation dans le budget des familles.

Sans compter un changement dans les modes d’alimentation, avec des consommateurs qui mangent moins de viande rouge chez eux, préférant la consommer à l’extérieur. Le revenu des éleveurs est, lui, en baisse, en raison notamment d’une augmentation des coûts de production : la part du prix des intrants est ainsi passé de 40 % des charges en 2002 à 48 % en 2017. Conséquence : la production doit s’adapter aux débouchés. Les résultats de l’étude indiquent un déséquilibre entre l’offre, constituée à 50 % de vaches laitières et à 33 % de jeunes bovins, alors que la demande française est évaluée à 65 % de vaches et 15 % seulement de jeunes bovins. «Adapter le produit à la demande est devenu une priorité. Consommer de la viande n’est plus obligatoire.

Pour que le consommateur continue d’en acheter, il doit être satisfait par le produit», explique Philippe Dimon, de l’Institut de l’élevage. Le poids des carcasses est, à cet égard, un facteur clé. La filière attend des carcasses de moins en moins lourdes, pour la restauration hors domicile et les GMS, qui souhaitent des portions bien calibrées, ne dépassant pas de l’assiette, alors que les animaux produits gagnent en moyenne de 1 à 3 kg par vache par an, précise Philippe Dimon.

Des pistes pour produire des animaux plus légers

Pour produire ces animaux plus légers, les éleveurs ont plusieurs leviers : réduction des cycles de production avec des babynettes, des génisses finies à dix-huit mois, l’utilisation de nouveaux types raciaux (comme l’Angus par exemple), ou encore la réduction du gabarit des troupeaux. Ces solutions, testées dans le cadre de l’étude, conservent des «performances qui restent mitigées à l’échelle des systèmes d’élevage», explique Philippe Dimon, car ils conduisent à une réduction de la viande produite et donc vendue, engendrant une réduction du revenu. Il apparaît ainsi nécessaire de trouver des compromis. Pour les éleveurs interrogés, le signal prix reste en effet un élément incontournable pour impulser une transition, d’autant plus quand les changements de système doivent se raisonner sur plusieurs années.

Sans compter que les attentes des consommateurs ne sont pas toujours lisibles et peuvent fluctuer rapidement. Parmi les pistes d’amélioration évoquées par l’étude, la contractualisation est donc un élément pouvant conforter les éleveurs dans le changement. L’accompagnement technique est également primordial, note l’étude, qui cite aussi les voies d’adaptation à promouvoir, à savoir les systèmes plus efficients dans l’utilisation des ressources fourragères, et les systèmes qui recherchent plus d’efficacité alimentaire et de précocité.

Lait : bonne rémunération et endettement maîtrisé

La deuxième étude avait pour but de comprendre comment certaines exploitations laitières avaient mieux résisté que d’autres lors des trois dernières crises (2008-2009, 2013, 2015-2016). A partir d’une analyse de la marge de sécurité - à savoir, ce qui reste quand l’éleveur a remboursé ses annuités et effectué ses prélèvements privés -, certains critères ont été mis en avant. Car, même lors des bonnes années, comme en 2014, certaines exploitations n’ont jamais réussi à avoir une marge de sécurité positive. C’est, par exemple, le cas de 30 % des exploitations des systèmes de plaine. L’étude a testé les différents systèmes et exploitations en les soumettant à sept aléas : - 30 % de rendements fourragers, prix de vente du lait diminué de 100 E les 1 000 litres, prix de la viande bovine et des cultures diminués de 30 %, augmentation de 50 % du prix des intrants, des engrais et des carburants.

Il en ressort que les exploitations les plus robustes sont celles qui ont un bon niveau d’efficience par 1 000 litres, ainsi qu’un niveau d’endettement maîtrisé. Les écarts observés entre les exploitations sont surtout liés aux prix du lait, ainsi qu’aux postes de charges (alimentation, mécanisation, bâtiment…). Plusieurs facteurs d’amélioration sont identifiés : l’amélioration du prix du lait, en travaillant, par exemple, sur la prévention des accidents (inhibiteurs, germes, cryoscopie…), la maîtrise des comptages cellulaires et butyriques, l’optimisation des taux TB-TP, mais aussi la meilleure rémunération des coproduits viande, en limitant les pertes et en recherchant des plus-values (sur les veaux naissants par le croisement, les réformes par la finition…). Enfin, globalement, l’étude recommande une rémunération de 100 à 110 E les 1 000 litres, avec un niveau maximum d’annuités à respecter autour de 80 à 100 E maximum les 1 000 litres.

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