L'Oise Agricole 07 septembre 2017 à 08h00 | Par Dorian Alinaghi

Du whisky made in Oise

Henri Grangeon, ancien chimiste, a ouvert une distillerie à Passel où il fabrique un whisky 100 % français et il cache notamment un autre atout. À lire sans modération.

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Henri Grangeon, le spécialiste de l’alcool fort dans l’Oise.
Henri Grangeon, le spécialiste de l’alcool fort dans l’Oise. - © Dorian Alinaghi

Cependant, l’alcool est à boire avec modération ! Ce n’est pas le fruit de votre imagination ou du fameux verre de trop, il y a bien une distillerie dans l’Oise, à Passel très exactement. Le premier whisky picard sortira dès 2018. C’est l’histoire d’un ancien salarié dans la distillation de produits chimiques appelé Henri Grangeons.

Ce dernier, véritable passionné de cette boisson brune alcoolisée, a monté une petite distillerie en 2015. Ce rêve lui est venu en tête lorsqu’il a quitté son emploi «Un ami brasseur m’a indiqué que le marché du whisky français était en pleine expansion. Je n’ai pas attendu, il fallait que je me lance. Mais d’abord, j’ai suivi une formation sur les techniques de vieillissement, dans la région de Cognac.

Qui plus est, j’ai consulté l’ensemble de mes collègues distillateurs en goûtant le distillat, ce qui m’a permis de choisir mon alambic (appareil destiné à la séparation de produits par chauffage puis refroidissement). Avec mon collègue brasseur, on a sélectionné le ferment qui nous semblait le plus intéressant. Je voulais que mon whisky soit accessible, agréable et accueillant.»

Habitant dans la région depuis 15 ans, cet isarien a choisi d’établir son entreprise dans l’Oise pour des raisons de localisation et «je suis situé entre deux grandes villes qui sont Paris et Lille. Et le climat est favorable pour la production. Pour qu’un alcool brun vieillisse bien, surtout en fût de bois, il faut que la journée soit assez chaude et les nuits assez fraîches. De cette manière, durant la journée, l’alcool se dilate et chasse l’air dans le fût. Et la nuit, l’alcool se contracte avec la baisse de température et aspire l’air ambiant, ce qui permet de faire rentrer un peu d’oxygène. De là, les arômes vont se complexifier et s’améliorer. Tant que la température de dépasse pas les 35 degrés, il n’y aura pas de risques de dérive. Ici, à Noyon, on se retrouve dans un climat favorable pour un vieillissement de très bonne qualité. De plus, le temps de fabrication d’un whisky requiert beaucoup de temps» explique Henri Grangeon.

Mais l’élaboration d’un whisky n’est pas une chose simple. Même si on a exactement les mêmes produits, le même bois pour les fûts, la même méthode de production à la seconde près, l’alcool qui va en ressortir sera différent, notamment sur l’odeur et le goût.

Dans l’immense salle, quatre imposantes cuves métalliques sont présentes. «Malgré la complexité et la précision de la production, on est constamment surpris et toujours de manière positive. Tous les jours, on produit, on goutte, on découvre. C’est véritablement un univers surprenant» souligne-t-il.

Le gin s’ajoute à sa gamme

Henri Grangeon explore d’autres horizons afin de proposer un large panel d’alcools. L’un est baptisé Ascendance et l’autre Herboriste. «Pour le premier, la baie de genièvre se présente en premier avec son cortège de saveurs subtiles, suivie d’un bouquet frais et floral qui évolue sur des notes douces d’amertumes, puis termine sur une touche réglissée, plus suave. Pour le deuxième, il s’apparente à un bouquet d’épices, chaud, rond et suave. C’est un mariage avec la baie de genièvre et d’épices. Il ne faut pas s’y méprendre, ce n’est pas piquant. Au contraire, on propose même des recettes de cocktails simples pour donner un côté plus rafraîchissant à la boisson» détaille-t-il.

Du whisky 100 % français et bio

Il existe très peu de producteurs de whisky en France, même si parfois, on importe une eau-de-vie écossaise importée et que l’on vieillit ensuite dans l’Hexagone.

«Dans mon esprit, je veux faire un produit français. De ce fait, l’orge provient du nord de la France, brassé en Alsace, distillé et vieilli à Noyon. L’alambic est bordelais et les fûts neufs viennent de Merpins. Dans la partie technique, l’alcool est d’abord mis dans les fûts neufs. Le bois donne la couleur et les arômes à l’alcool. Par la suite, l’alcool est transféré dans des fûts de réemplois, également français, qui vont permettre de complexifier les arômes. Mon alcool se destine à des moments de plaisir. Il faut alors mettre le petit plus afin de ne pas polluer notre planète. J’économise au minimum mon énergie afin de pouvoir la réutiliser. Je fais la démarche bio pour que mon produit soit sain et durable.»

Ainsi, Henri Grangeon commercialise ses produits auprès de spécialistes. «Mon réseau de distribution se concentre essentiellement auprès des cavistes. J’ai déjà démarché les plus proches, de Noyon à Compiègne. Pourquoi les cavistes ? J’estime qu’il était important que mon produit soit expliqué par des professionnels. Parfois, je livre en direct à des restaurants. Je ne veux pas que mon whisky soit vendu comme du bas-de-gamme. J’ai des retours extrêmement positifs. De même, les cavistes ont validé mon produit. Je propose, pour le moment, avant les deux vrais whiskys attendus dans quelques mois, deux autres whiskys, un nature et un tourbé. Je donc suis sur le bon chemin même si je dois encore plus perfectionner mon alcool» ajoute l’ancien chimiste.

Fier de sa petite industrie qui ne connaît pas la crise : «C’est un métier qui me plaît. Créer son entreprise, c’est quelque chose ! Et puis, c’est une fierté que de produire le premier whisky picard. À terme, j’espère avoir le meilleur whisky du monde». Henri Grangeon compte encore plus développer sa distillerie. Il propose même des journées découvertes de son entreprise avec des séances de dégustations.

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