L'Oise Agricole 31 mai 2018 à 14h00 | Par Pierre-Louis Berger

Du lait thermisé ou acidifié pour les chevettes

Elever des jeunes caprins avec du lait maternel thermisé ou acidifié, c’est possible. La ferme expérimentale caprine du Pradel en Ardèche conduit un programme expérimental sur quatre ans. Les premiers résultats sont probants.

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Le lait de chèvre, lors de l’allaitement, peut être un vecteur de germes indésirables. Le thermisé ou l’acidifié Le lait thermisé et le lait acidifié représente une alternative intéressante.
Le lait de chèvre, lors de l’allaitement, peut être un vecteur de germes indésirables. Le thermisé ou l’acidifié Le lait thermisé et le lait acidifié représente une alternative intéressante. - © Pierre Louis Beranger

Après une année de tests zootechniques, la ferme caprine expérimentale du Pradel en Ardèche a lancé un programme pour inciter les éleveurs caprins à utiliser le lait maternel bio ou non bio en utilisant les méthodes du lait maternel thermisé ou acidifié. Ce programme qui a démarré début 2016 et s’achèvera en 2020 est coordonné par le PEP Caprin Rhône Alpes, le pôle d’expérimentation et de progrès caprin, une organisation régionale permettant d’organiser le travail d’expérimentation et de recherche de références pour la filière caprine.

Plusieurs partenaires se sont associés à ce programme : l’Inra de Lyon, Vet Agro Sup de Lyon, la chambre d’agriculture de la Drôme, le GDS Rhône Alpes ( groupement de défense sanitaire). «Nous avons mis en place ce programme car la quasi-totalité des éleveurs utilisaient peu ou prou le lait de chèvre maternelle parce qu’il est vecteur de maladies virales, de germes pathogènes tels que le CAEV et les mycoplasmes. Le lait de chèvre, lors de l’allaitement, peut être un vecteur de germes indésirables. On peut aussi avoir des contaminations extérieures liées aux conditions de collecte du lait. Il existe pourtant des alternatives comme le lait en poudre, le lait reconstitué, le lait thermisé, le lait acidifié»,explique Yves Lefrileux, responsable des expérimentations à la station régionale caprine du Pradel en Ardèche.

L’importance de l’allaitement des chevreaux

Dans sa démonstration au salon Tech & Bio de Bourg-lès-Valence, qui se déroulait au mois de septembre, Yves Lefrileux préconise la technique d’acidification du lait pour élever des chevrettes qu’il a intitulé «du yop pour les chevrettes». Pour Philippe Thorey, animateur au Caprin Rhône Alpes, «On peut utiliser cette méthode d’acidification en élevage conventionnel. L’origine de la demande est toutefois partie des éleveurs en agriculture biologique».

Yves Lefrileux pose le constat réglementaire en AB : «L’allaitement des chevreaux est une phase déterminante pour leur carrière sur un plan sanitaire et zootechnique. Dans les élevages, il est souvent qualifié de pénible et se réalise principalement au lait reconstitué. Néanmoins, du fait de l’évolution réglementaire en AB et de la volonté des éleveurs d’utiliser l’ensemble des produits de leur exploitation (dont le lait post -colostral), l’utilisation du lait maternel intéresse les éleveurs. Le lait thermisé et le lait acidifié sont des alternatives intéressantes en ce sens».

Yves Lefrileux part du constat que le lait acidifié (ou yaourté) a permis d’obtenir des résultats satisfaisants en élevage de veaux : moins de diarrhées, meilleure digestibilité et peut donner des résultats tous aussi probants en espèce caprine. La thermisation du colostrum ainsi que du lait est une opération technologique permettant de limiter la transmission de ces pathogènes via le lait. L’action du lait acidifié sur ces pathogènes est en cours d’étude. La méthode d’acidification nécessite un matériel de préparation et de distribution assez simple.

Elle se décompose en plusieurs étapes : préparation d’un pied de cuve (un yaourt pour 2 litres de lait. Stockage à 20°C pendant 24 à 48h. Première phase de fermentation), rajout de la quantité nécessaire de lait, on laisse fermenter (deuxième phase de fermentation), le mélange est prêt à être distribué (1 distribution / jour), on garde un pied de cuve. «On applique le principe : on acidifie, on repique. Il faut contrôler le pH avec du papier pH ou du pH-mètre

De bonnes croissances

Cette méthode a donné des résultats probants. Nous avons réalisé beaucoup d’essais avec du lait en poudre, du lait de vache. La croissance dans tous les cas est liée à la nature du lait. Avec du lait acidifié, nous avons des croissances égales voire supérieures à d’autres laits. On peut faire une distribution par jour en lait acidifié, c’est la base de notre enquête. Les tétines sont classiques. La consommation de lait est de 110 litres/ chevrette. L’âge du sevrage est de 54 jours. Le poids du sevrage de 16 kg et il n’y a aucun problème sanitaire. On a mesuré les trois techniques en temps de travail. Avec le lait acidifié, il y a une baisse du temps de travail»,constate Yves Lefrileux.

 

Nathan Poulique
Nathan Poulique - © Pierre Louis Berger

Gain en travail et en croissance des chevrettes

Nathan Pouliquen est éleveur caprin double actif. Il mène avec sa femme, chef d’exploitation, une ferme de 60 chèvres de race Alpine et Saanen en bio à Désaignes en Ardèche. Ils ont fait le choix de mettre en place la méthode du lait maternelle acidifiée en février-mars 2017. « On voulait tester cette méthode avant d’y être contraint et améliorer la qualité au niveau des germes du lait. Pour le lait thermisé, on le chauffe une demi-heure à 1 h à 56-60° C. Dans la méthode d’acidification, on met un yaourt dans un volume de lait. On crée une cuve mère et chaque jour on rajoute du lait. On prélève du lait de chèvre maternelle. On est très satisfait de cette méthode d’acidification en termes de charge de travail et de faisabilité technique. On n’a pas eu de retour de laboratoire et on a gagné une demi-heure de travail par jour. On a mis en place une méthode comparative avec deux petits lots de 10 chevrettes: un élevé au lait acidifié et l’autre au lait en poudre classique. Les chevrettes élevées au lait acidifié, plus petites au départ, ont rattrapé leur croissance. Nous avons effectué une pesée à la naissance, une en milieu d’engraissement et une au sevrage. Les gains moyens quotidiens ont été supérieurs ou égaux au lait en poudre ».

L’allaitement des jeunes caprins en Rhône Alpes

Le programme expérimental comprend une enquête sur l’allaitement des jeunes caprins en région Rhône Alpes. Il ressort que cette thématique du projet intéresse les éleveurs. Globalement, un éleveur sur deux utilise du lait maternel durant tout ou partie de la phase lactée dans la région. Sur le plan sanitaire, un éleveur sur deux dit être concerné par des problèmes de diarrhée. Le lait acidifié peut être une solution à apporter aux éleveurs. Quelles sont les pratiques de prévention pour les chevrettes durant la phase lactée ? 59% des éleveurs utilisent une louve pour allaiter les chevrettes avec du lait sans PLE et 50 % pour les chevreaux. Entre 40 % et 50 % des éleveurs ne suivent pas les recommandations, d’où des risques de diarrhées durant la phase de l’allaitement. L’enquête conclut : «Les éleveurs ont tendance à suivre les pratiques de prévention lorsque leur élevage est atteint par le CAEV et par les mycoplasmes mais pas lorsqu’il n’y a qu’une des deux maladies présente».

Informations

Le PEP Caprin (Le pôle d’expérimentation et de progrès caprin) a pour objectif prioritaire d’apporter un soutien direct aux producteurs caprins à travers la diffusion de références.

www.pep.chambagri.fr/caprins-accueil

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