L'Oise Agricole 15 mars 2018 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi

Dis-moi comment tu consommes !

Selon une enquête sur l’alimentation et la consommation réclamée par la Chambre de commerce et de l’industrie de l’Oise, les isariens ont une affection toute particulière pour les hypermarchés et les grandes surfaces spécialisées.

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David Sarrazin, directeur délégué du cabinet d’études.
David Sarrazin, directeur délégué du cabinet d’études. - © Dorian Alinaghi

«Au-delà du processus, il nous fallait des données relativement fiables sur les flux de consommation et les comportements d’achats des ménages de l’Oise. Cela va permettre de fournir des prestations et d’avoir des réflexions utiles afin d’arrêter de se contenter de généralités. Je crains un dépérissement des centres bourgs et comme pour chaque département, on peut pointer des incohérences. On ne peut pas dire qu’Il faut préserver la biodiversité et les terres agricoles et autoriser la création de nouvelles zones. Il faut imaginer d’autres moyens, qui sont certes plus coûteux, comme la réutilisation de zones. On a une position assez réfractaire à des extensions de zones commerciales non-utiles» souligne Philippe Enjolras, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de l’Oise.

La CCI a alors commandé, au mois de novembre, une enquête sur les habitudes de consommation au cabinet AID, basé à Villeurbanne, afin de disposer d’une base de données, véritable outil d’aide à la décision. Trois thématiques ressortent de cette étude : la première est la valorisation de la consommation comprenant le montant des dépenses et les destinations.

La deuxième est de qualifier l’attractivité des polarités commerciales en analysant le chiffre d’affaires des lieux d’achats, de retravailler les zones de chalandises et d’observer le niveau de concurrence.

La troisième thématique est d’étudier les principales évolutions comme les dépenses des ménages en les comparant à l’année 2010. «À l’échelle du département, coupé en 77 bassins de vie, on a travaillé sur un échantillon de 2.450 ménages interrogés en novembre 2017 sur un panel de 33 produits de consommation courante. Cette base de données représente près de 60.000 actes d’achats» explique David Sarrazin, directeur délégué du cabinet d’études.

Il faut aussi prendre en compte le contexte national qui impacte bien évidemment sur la consommation. On est dans un contexte où le consommateur est devenu exigeant et surtout surinformé. Les modes de vie sont fragmentés avec des typologies d’achats qui répondent à des sociologies de ménages, comme les familles recomposées ou monoparentales. Internet s’est ancré dans notre manière de consommer avec un marché dématérialisé.

On assiste également à une crise de l’hyperconsommation de masse afin de se diriger vers une consommation rationalisée. «La distribution a fabriqué le comportement de consommation, aujourd’hui, c’est l’inverse» souligne-t-il.

Un circuit de distribution gouverné par les hypermarchés

Les produits alimentaires ou les achats non-alimentaires, les isariens préfèrent les acheter dans la grande distribution avec 55 % dans les hypermarchés, pour les courses alimentaires. C’est 12 points au-dessus de la moyenne nationale et 17 % pour les supermarchés. Pour les produits non-alimentaires, 49 % sont achetés dans les grandes surfaces spécialisées, 4 points de plus qu’au niveau national, 16 % dans les hypermarchés.

Ces deux secteurs, pour tous les produits, totalisent plus de 60 % par rapport aux autres secteurs comme les commerces de moins de 300 m2, les drives et même la vente en ligne. «Entre 2010 et 2018, la population a augmenté de manière significative et il y a eu un très fort développement avec une augmentation de plus de 100.000 m2 supplémentaires à l’échelle du département de moyennes et grandes surfaces spécialisées.» affirme David Sarrazin. Dès lors, les petits commerces souffrent de cette influence.

Toujours sur la même période, les centres des trois grosses agglomérations du département (Beauvais, Compiègne et Creil) ont connu des fortunes diverses.

Celui de Creil a connu une baisse de son activité, dû au développement considérable de la zone de Saint-Maximin, qui est la plus importante du département avec 803 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’activité de Compiègne est en légère augmentation alors que Beauvais, quant à lui, stagne.

Le commerce en ligne ne prend pas une part si importante. En effet, internet n’est pas une offre de substitutions, il est considéré comme une offre de complément. «On va chercher des produits que l’on ne trouve pas forcément localement. Les plus fortes parts de marché concernent l’électroménager, le textile, les chaussures, la maroquinerie ou bien les bijoux.» assure-t-il.

La fuite des consommateurs vers les départements limitrophes reste limitée à 11 % dès 4 milliards 500 millions euros des dépenses de consommation. Le premier vecteur d’évasion est la vente à distance. Avec ce faible taux d’évasion, l’attractivité est plus importante et depuis 2010, elle a augmenté de 16 %.

En conclusion, David Sarrazin déclare qu’ «il faut rester optimiste». Il ajoute que «les comportements d’achats ont évolué entre 2010 et 2018. D’abord, par l’armature commerciale qui a évolué. De plus, l’évasion est globalement maîtrisée. Donc, aujourd’hui dans la couverture des besoins, le département de l’Oise s’en sort bien. En termes d’offre, l’armature est hiérarchisée avec une question de déséquilibre entre la centralité périphérie qui a tendance à s’accentuer avec des zones de chalandise très étendues. Dès lors, dans un contexte de consommation relativement stabilisé à l’échelle du département, la bataille est plutôt rude en interne car les développements commerciaux permettent de créer des concurrences assez fortes. Ce diagnostic macro-économique va pouvoir aider à trouver plusieurs facteurs explicatifs aux changements d’attitude sur la consommation. Ces données vont permettre à la CCI d’avoir des éléments concrets afin de prendre des positions pratiques et pragmatiques sur un certain nombre de sujets. Mais aussi d’acquérir des données zone par zone, territoire par territoire.»

Quelques chiffres

179 millions d’euros dépensés sur internet pour les produits non-alimentaire. C’est l’équivalent du chiffre d’affaires de Noyon.

4 milliards d’euros de chiffre d’affaires de l’activité commerciale de l’Oise.

27 pôles représentent 90 % du chiffre d’affaires départemental.


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