L'Oise Agricole 02 mars 2017 à 08h00 | Par Thierry Michel avec Actuagri

Des prix et de l'avenir pour relancer les agriculteurs

Le Président de la République a inauguré le Salon international de l'agriculture le samedi 25 février. Suivi détaillé de cette dernière visite au grand rendez-vous agricole français.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
- © Thierry Michel

Pour sa dernière venue comme chef de l'Etat au Sia, François Hollande a pris son temps. Arrivé à 6h45, il en est reparti après 16 heures. Et pour débuter, séquence émotion: dès son arrivée, il a commencé par dévoiler une plaque en hommage à Xavier Beulin, président de la FNSEA, décédé six jours plus tôt. Il en a profité pour rappeler l'engagement de cet homme au service de l'agriculture et a prononcé un court discours sur les valeurs de l'agriculture made in France: une agriculture qui nourrit et qui contribue au développement de la planète, une agriculture qui est un apport au mode de vie des Français...

«Ce salon est partagé entre tristesse, avec le décès de Xavier Beulin, les différentes crises, mais il reste aussi le salon de l'excellence, de la qualité, du succès et de la reconnaissance populaire», a-t-il également souligné.

 

Début de parcours

Le président a alors entamé son long parcours par une visite à l'égérie 2017: Fine, la vache bretonne pie-noire. «Je suis très content que cette vache ait été choisie. Elle est belle et petite...», a-t-il glissé à l'éleveur, Cédric Briand. Ce dernier a rappelé qu'en choisissant cette race, il avait voulu «valoriser une démarche circuit court et agroécologie. Et ça a sauvé la race. C'est aussi un facteur de développement local, cela ramène de la valeur ajoutée vers l'éleveur et c'est créateur de lien social dans le territoire».

Le président a poursuivi en direction d'un stand caprin où il a rencontré le président de la Fnec, Jacky Salingardes: «L'installation est trop chère et nos éleveurs travaillent 60 à 70 heures par semaine pour à peine un Smic. J'ai suggéré au président de voir ce qui pouvait être fait au niveau des taux d'intérêt en allongeant les durées de remboursement en passant de douze-quinze ans à vingt ans par exemple. Il faut aussi travailler sur les différés de remboursement, sur les conditions du transfert des parts sociales et sur le prix du foncier.»

La visite est passée ensuite par le stand des Jersiaises, par la salle de traite et l'espace clippage avant d'arriver sur le ring d'honneur, lieu de présentation du Concours général agricole. Le président s'est fait présenter sept races de bovins allaitants (Aubrac, Gasconne, Charolaise, Limousine, Salers, Blonde d'Aquitaine et Rouge des prés) à l'occasion du lancement officiel de la démarche «Eleveur et engagé».

Il a été accueilli par le nouveau président de la FNB, Bruno Dufayet, qui lui a expliqué que ce nouveau logo pour la distribution voulait marquer la création de «nouvelles relations commerciales entre l'agriculture et la distribution, mais aussi, avec tous les autres maillons de la chaîne de production afin de ramener du prix à l'éleveur et de répondre à une attente des consommateurs ».Pour le patron de la FNB, le président s'est montré très réceptif à cette démarche.

La suite l'a emmené vers les autres stands de présentation des bovins (Vosgienne, Bazadaise, Rouge des Prés...).

 

Des compliments sans les compléments

En passant devant les Limousines, un éleveur fit remarquer que «l'on avait souvent les compliments (pour le travail d'excellence effectué, ndlr) mais pas le complément (de revenu, ndlr) qui va avec».

Direction ensuite le stand d'Inaporc: avec le redressement de la situation dans la filière essentiellement dû à la dynamique des marchés exports, notamment la Chine, les responsables professionnels ont salué le travail réalisé pendant le quinquennat sur l'ouverture des marchés, l'étiquetage sur l'origine des viandes et sur les installations classées.

Cependant, ils ont attiré l'attention du président sur la problématique sociétale avec la diffusion d'émissions toujours à charge sur le bien-être animal et l'alimentation animale.

François Hollande a rappelé ce qui allait devenir un leitmotiv lors de ses rencontres avec tous les professionnels: attention aux discours qui promettent que ça ira mieux en fermant les frontières. «Il y a une politique agricole commune qu'il va falloir repenser mais surtout préserver. Ceux qui disent qu'il faut sortir de l'Europe, en définitive, veulent sortir l'agriculture de tout ce qui permet aux productions d'être rémunérées», a-t-il affirmé avec différentes formules tout au long de son parcours.

 

L'enseignement agricole en avant

A ce moment-là de l'inauguration, il était environ 9 heures, heure d'ouverture du Sia au public. Le président de la République a poursuivi alors son parcours entre visites sur les stands et rencontres avec les visiteurs grand public.

C'est aussi à cette heure-là qu'il a choisi d'aller inaugurer un colloque sur l'enseignement agricole à l'horizon 2025, ouvert un peu plus tôt par Henri Nallet, l'ex-ministre de l'Agriculture de François Mitterrand, et qui rappelait que «l'enseignement agricole vit en bonne entente entre privé, public et alternance depuis 1984». Henri Nallet a rappelé que Xavier Beulin avait donné son accord pour y participer et avait même dit préparer une «intervention forte» pour cette journée. La commande faite à l'Observatoire de l'enseignement technique (enseignement agricole en 2025, ndlr) est à considérer sous deux angles: le sociétal et le territoire.

Après avoir félicité les organisateurs pour ce «temps de réflexion sur l'enseignement agricole», le futur ex-président a lancé quelques pistes: mieux former sur tous les métiers de la ruralité, investissement massif des grandes régions pour s'adresser aussi aux urbains dans le cadre de la formation agricole, des liens plus forts entre l'enseignement et les agriculteurs (devenir des formateurs eux-mêmes et se former pendant leur carrière) et enfin agritourisme, énergie et mise en valeur du patrimoine.

Il a conclu en soulignant le rôle du Sia «spectacle merveilleux, mais aussi ouvreur de thèmes et d'enjeux pour enrichir le débat public». Sur le stand du ministère de l'Agriculture, François Hollande a rendu un hommage appuyé à son ministre de l'Agriculture en soulignant l'engagement de Stéphane Le Foll sur le sujet de la bioéconomie notamment.

Le stand de l'Office national des forêts a ensuite reçu la visite présidentielle. «Nous saluons le quinquennat qui a travaillé à la pérennité de la filière, avec notamment l'installation du futur siège social de l'ONF, construit tout en bois, à Paris, un symbole. La création du fonds stratégique a été une bonne chose, maintenant, nous souhaiterions qu'il soit abondé de façon régulière à partir d'une petite partie des crédits carbone. Il reste un grand défi à traiter: l'adaptation de la forêt française au changement climatique. La forêt nous aide, il faut donc aussi l'aider à nous aider, par exemple en testant des essences et des semences du Sud dans un environnement Nord, d'où notre accord avec l'Inra en matière de recherche», explique Jean-Yves Caullet, président de l'ONF.

 

Une agriculture innovante et moderne

Le président de la République a ensuite rencontré les représentants des jeunes agriculteurs (JA) puis ceux des chambres d'agriculture (APCA). Claude Cochonneau, le nouveau président des chambres, a insisté sur le fait que «dans la crise actuelle, toutes les mauvaises situations ne sont pas encore apparues. Les chambres font donc du conseil auprès des exploitants, au cas par cas et elles sont dans leur rôle à ce sujet. Par ailleurs, il n'est pas importun de vouloir détricoter le réseau et le maillage territoire des chambres justement pour pouvoir aider les agriculteurs en difficulté ».

Le patron de l'APCA a ensuite interpellé le président sur les zones défavorisées et certains aspects de la modernisation en élevage comme la dématérialisation de l'identification en bovin. François Hollande a fait ensuite un arrêt assez prolongé sur le stand de l'Inra avant d'enchaîner vers la FNSEA.

Le parcours s'est ensuite accéléré: Ferme digitale (pavillon de startup dans le numérique agricole), Miimosa (structure de financement participatif dans le monde agricole), Pavillon France (pêche), Coop de France, Valeco (énergies renouvelables), Apad (Association pour la promotion d'une agriculture durable), Agence Bio, Agridemain.

Le président de la République a terminé son parcours en rendant visite à Brasseurs de France, dont le président de cette structure, François Loos, a indiqué qu'une réception serait organisée à l'Elysée pour faire la promotion de la bière de printemps, puis au stand de l'Odyssée végétale, à celui des producteurs de fruits et légumes et au Pavillon des vins

- © Thiery Michel

Enseignement

Lors de sa visite officielle, le président de la République a pris le temps de lancer un colloque dédié à l'enseignement agricole à l'horizon 2025.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Oise Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,