L'Oise Agricole 19 février 2018 à 13h00 | Par Actuagri

Des politiques cohérentes pour soutenir le modèle français

Si le modèle d’élevage français est l’un des plus vertueux, ses qualités sont insuffisamment reconnues au niveau national comme international. Au-delà du nécessaire travail des éleveurs pour valoriser leur métier, le secteur a surtout besoin d’un message politique cohérent de la part du gouvernement français. Le congrès de la Fédération nationale bovine, les 7 et 8 février à Evreux, a été l’occasion de le rappeler au ministre et aux politiques présents.

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Que ce soit le Ceta ou le Mercosur, ces accords mettent en concurrence la viande bovine française avec des viandes produites dans des conditions de durabilité bien moindres.
Que ce soit le Ceta ou le Mercosur, ces accords mettent en concurrence la viande bovine française avec des viandes produites dans des conditions de durabilité bien moindres. - © François d’Alteroche

À taille humaine, avec un capital détenu par l’éleveur, un objectif d’autonomie fourragère, le modèle d’élevage bovin français est l’un des plus durables au monde, ont rappelé les différents intervenants au congrès de la Fédération nationale bovine (FNB), les 7 et 8 février à Evreux, dans l’Eure. «C’est un modèle que l’on a envie de défendre, mais on ne va pas y arriver tous seuls», explique d’emblée Alexandre Merle, vice-président de la FNB. Car au niveau international, la typologie de la FAO est peu adaptée au modèle français, qu’elle considère comme un modèle intensif, et au niveau européen, le modèle est «parfois vu comme has been», car moins productif que dans d’autres pays d’Europe indique de son côté Jean-Louis Peyraud, directeur scientifique adjoint Agriculture de l’Inra.

Cependant, en France, «on peut jouer sur la compétitivité hors prix», précise-t-il, pour faire reconnaître la qualité des modes de production. A condition, aussi, d’avoir une PAC suffisamment forte pour accompagner les éleveurs. «Le développement d’autres politiques ne doit pas se faire au détriment de la PAC, qui est le socle de base de la construction européenne», a soutenu Henri Brichart, vice-président de la FNSEA, alors que la question du budget sera primordiale dans la future PAC pour rester en cohérence avec les enjeux sociétaux. Un budget conséquent est en effet nécessaire pour que cette Pac maintienne un couplage fort, reconnaisse le système herbager français et les aménités positives rendues par l’élevage, conserve une ICHN ciblée sur les productions animales et développe des outils de gestion des risques adaptés. «L’élevage français est un élevage de qualité, respectueux de l’environnement, avec peu de phytos, peu d’engrais, il faut le défendre dans le monde, et avoir une communication positive et non pas défensive systématiquement», renchérit Jean-Baptiste Moreau, député En Marche et éleveur bovin viande dans la Creuse.

Il préconise en ce sens une position plus offensive à l’export, notamment via la plateforme France Viande Export, laissée de côté ces derniers temps et qui permet aux opérateurs de mutualiser pour aller vers les nouveaux marchés qui s’ouvrent, comme la Turquie ou la Chine. Pour la FNB cependant, il ne faut pas que ces ouvertures de marchés permettent de cautionner l’entrée, sur le sol européen, de contingents importants de viande bovine dans le cadre d’accords de libre-échange.

Des accords de libre-échange déséquilibrés

«Il y a un vrai travail de positionnement de ce modèle français à l’échelle de la planète et des instances internationales, c’est un enjeu fort pour nous dans ce contexte de mondialisation de l’agriculture, de libre-échange, et qui pourra permettre de protéger ce modèle dans le cadre de ces accords», a rappelé Bruno Dufayet, président de la FNB, dans sa conclusion, après l’avoir affirmé avec force devant le ministre de l’agriculture Stéphane Travert qui avait fait le déplacement le 7 février. Car ces accords, que ce soit le Ceta, entre l’UE et le Canada, ou celui en négociation avec les pays du Mercosur, mettent en concurrence la viande bovine française avec des viandes produites dans des conditions de durabilité bien moindre. «La France apporte son plein soutien à la conclusion d’accords de libre-échange qui, selon l’Institut de l’Elevage, pourraient aboutir à la disparition de 30.000 éleveurs sur nos territoires ! Le CETA est déjà appliqué avant même d’avoir été ratifié par nos parlementaires et a ouvert le marché européen à 65.000 tonnes de viandes canadiennes.

Des viandes issues de feedlots de 26.000 bovins en moyenne, engraissés aux OGM, aux farines animales, aux antibiotiques ! Un accord avec le Mercosur portant sur un nouveau contingent de 99.000 tonnes pourrait être signé, dans les tous prochains jours, alors même que ces viandes ne présentent aucune garantie sur le plan sanitaire», a insisté Bruno Dufayet devant le ministre qui n’a pas su, de son côté, rassurer les éleveurs sur la position du gouvernement, après les déclarations du président de la République lors de ses vœux au monde agricole le 25 janvier. La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, accompagnée de Dominique Fayel, membre du bureau de la FNSEA, ont d’ailleurs rencontré à ce sujet le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, le 6 février. «Nous ne voulons pas, nous, agriculteur, être la monnaie d’échange de ces accords que ce soit en sucre, en viande ou en éthanol», a d’ailleurs réaffirmé Christiane Lambert en conclusion du congrès.

Préciser la loi EGA

Car ces orientations paraissent contradictoires avec la volonté de soutenir le modèle français, affichée dans le cadre des États généraux de l’alimentation dont les professionnels agricoles ont salué la dynamique. «Notre modèle d’élevage n’a d’avenir que si l’éleveur peut nourrir sa famille», rappelle ainsi Emmanuel Bernard, de la FNB. «Nous avons besoin d’une loi beaucoup plus précise que celle qui a été présentée la semaine dernière», continue-t-il, d’autant plus qu’en dépit de la charte signée par l’ensemble de la filière alimentaire en novembre, les négociations commerciales se passent toujours aussi mal que les années précédentes. «Si les distributeurs et les transformateurs ne se sentent pas engagés, on va leur faire comprendre que le monde paysan mérite un peu plus de respect», prévient de son côté Jérémy Decerle, président de Jeunes agriculteurs.

La profession agricole s’est en effet beaucoup investie dans ces États généraux et attend à présent que la loi vienne donner rapidement les outils nécessaires à un retour de valeur dans les exploitations. «Le seul levier pour sortir de la crise agricole, c’est le prix», reconnaît d’ailleurs Olivier Allain, coordinateur des États généraux de l’alimentation, qui croit en la capacité de la loi à entraîner une mécanique positive. Le député Jean-Baptiste Moreau, désigné rapporteur de la loi, considère quant à lui qu’«un certain nombre de choses sont à améliorer», même si la loi est une bonne base. Il invite donc les éleveurs et les agriculteurs à travailler avec lui pour préciser ce qui doit l’être, avant le passage de la loi à l’Assemblée nationale, fin mars.

Alice Avisse, présidente de la section viande bovine
Alice Avisse, présidente de la section viande bovine - © Laurent Mingam

Alice, vous avez assisté pour la première fois à l’assemblée générale de la Fédération nationale bovine à Évreux. Quel est votre ressenti ?

Il n’y avait pas l’ambiance à laquelle je m’attendais. Il y a d’abord eu la neige qui a empêché le congrès de commencer sereinement, puis la conjoncture. On nous a dressé un premier tableau de l’année écoulée : une forte demande de mâles au Sud qui à fait atteindre des niveaux aussi bons qu’en 2013 contre un excès de femelles qui, à l’inverse, a fait replongé vers les niveaux de 2011. À cela, on ajoute une diminution de la consommation (sauf en haché), quelques problèmes sanitaires (FCO, BVD…) qui engendre de moindres vêlages et les disponibilités de bovins maigres et de taurillons seront plus limitées l’année prochaine. Un autre tableau a concerné le modèle d’élevage herbivore français à faire reconnaître et à faire rayonner. Il a été mis en parallèle avec les quotas d’importation venant de pays aux pratiques diamétralement opposées. Ce point a été très souligné face au ministre, de même que le projet de loi qui ne semble pas assez restrictif quant aux obligations de chacun des maillons de la filière.

Sur les différentes tables rondes, qu’en retiendrez-vous pour l’avenir de la filière viande bovine ?

La table ronde sur les EGA a fait le point des conclusions. Outre celles qu’on connaît déjà (seuil de revente à perte, encadrement des promotions, lutte contre les prix abusivement bas), c’est le principe de contractualisation entre les producteurs et l’industriel qui a été discuté : un contrat devra être signé avec prise en compte du coût de production. Les indicateurs de marché devront être régulièrement mis à jour. Mais ce que je retiendrai avant tout, c’est la demande d’un accord cadre empêchant l’acheteur de passer outre l’organisation de producteurs avec, à la clé, des contrôles, des sanctions et une médiation à duré limitée.

La deuxième table ronde portait sur : «une filière d’élevage responsable». Il s’agit d’un savant dosage prenant en compte l’environnement et la protection animale, l’aspect social et l’économie. C’est le pacte pour un engagement sociétal. La filière veut passer d’une position défensive à une position d’anticipation. Ce que j’en retiendrai, c’est que la société n’est pas au courant de ce qui est déjà fait et que, du coup, elle nous reproche de ne pas communiquer.

La troisième table ronde portait sur la Pac 2020. L’aide aux bovins allaitants doit rester couplée, c’est la revendication principale. Concernant les aides découplées, la question de leur maintien et de la répartition du budget consacré se pose. Il va de toute façon falloir aller vite afin que les prochaines élections européennes ne viennent pas interrompre ce processus qui l’enverrait à 2022.

 

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