L'Oise Agricole 25 août 2016 à 08h00 | Par Delphine Jeanne

Des mesures nécessaires pour un secteur stratégique

Dans le Pas-de-Calais, le 18 août, Xavier Beulin a évoqué les principaux leviers qui permettraient à l’agriculture française d’aller de l’avant.

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Alexandre Bracquart, Xavier Beulin, et Ludovic Bracquart sur l'exploitation.
Alexandre Bracquart, Xavier Beulin, et Ludovic Bracquart sur l'exploitation. - © Delphine Jeanne

«Heureusement que nos épouses travaillent à l’extérieur, car depuis deux ans on travaille à perte», déplore Ludovic Bracquart, exploitant en polyculture-élevage à Créquy, dans le Pas-de-Calais. Installé en Gaec avec son frère Alexandre sur une exploitation de 225 ha, l’agriculteur dresse le bilan de deux années de crise successives: en lait, leur production principale avec un troupeau d’une centaine de vaches, ils ont perdu en 2015 environ 40€ les 1.000 litres, soit 30.000 € de chiffre d’affaires.

«En décembre 2015, on avait 8.000 euros de moins sur la facture par rapport à décembre 2014», commente Alexandre. La situation en 2016 est encore pire, puisqu’il manque entre 60 et 70 euros les 1.000 litres, soit près de 50.000 € de moins, sans pouvoir cette fois compenser par les bons résultats des cultures, victimes des aléas climatiques qui ont entraîné des baisses de rendement et de qualité.

Toute une économie en danger

Conséquence pour Alexandre et Ludovic: tous les projets d’investissement sont remisés «au fond du tiroir». Les deux frères avaient notamment pour projet d’embaucher un salarié et d’investir dans des robots de traite pour que leurs parents, retraités, cessent enfin de travailler sur la ferme.

Même s’ils ne se dégagent aucun salaire depuis deux ans, Ludovic relativise leur cas, car «avec les cultures végétales, on a déjà de l’espoir pour l’année prochaine. On a des éleveurs laitiers qui ont tellement honte qu’ils n’osent plus sortir de chez eux.» Et d’ajouter que d’autres «vont mettre le strict minimum, arrêter les apports d’engrais de fond, ce qui n’est pas une solution: ça appauvrit la terre et, au final, on n’a plus rien».

Sans compter que la crise agricole ne touche pas que les agriculteurs: «Combien de gens ont des dettes dans les organismes stockeurs? Auprès des fournisseurs d’aliments, de phytos?», de mande Ludovic.

Pour le président de la FNSEA, Xavier Beulin, venu soutenir les agriculteurs du Pas-de-Calais le 18 août dernier,ces impacts ne sont pas suffisamment pris en compte. L’agriculture continue à faire vivre 3,5 millions de personnes comme il y a quarante ans, mais avec une proportion plus importante qu’avant dans l’amont et l’aval.

«L’agriculture doit rester un secteur stratégique pour la France», insiste Xavier Beulin, ajoutant que les présidentielles à venir seront l’occasion de le faire valoir auprès des candidats et surtout «d’accrocher les centimes additionnels qui manquent sur la valorisation de nos productions».

Assurance et endettement

Les agriculteurs ont en effet besoin de prix rémunérateurs, intégrant les coûts de production à la construction du prix qui aujourd’hui se fait d’abord par l’aval. «La contractualisation ne règle pas tout, il faudra sans doute faire une nouvelle loi», estime le président de la FNSEA.

Avant le conseil de l’agriculture française qui doit se tenir le 31 août, et le meeting organisé par la FNSEA le 1er septembre pour définir des propositions de relance de l’agriculture, Xavier Beulin tient à répondre aux interrogations des agriculteurs parfois désespérés sur le terrain. Devant les producteurs du Pas-de-Calais, il a ainsi évoqué quelques mesures indispensables pour sortir de la crise.

Si pour les agriculteurs assurés, une rallonge sera nécessaire pour faire face aux aléas de cette année, le président de la FNSEA insiste par ailleurs sur la nécessité de revoir l’endettement des agriculteurs. Il faut «reprendre toutes les dettes des exploitations et redéfinir un financement compatible avec ce que l’EBE (l’excédent brut d’exploitation, ndlr) peut générer en moyenne», expliquet-il, soulignant également la nécessité de mettre en place une fiscalité adaptée aux particularités de l’agriculture, basée sur une moyenne des trois ou quatre dernières années «pour avoir un lissage» et permettre aux exploitants de mettre de côté les bonnes années, en prévision des mauvaises.

«Nous sommes le seul secteur à avoir de telles variations et sanitaires, et climatiques et de marché», rappellet-il. A plus long terme, d’autres sujets sont également incontournables, comme l’innovation, et surtout au niveau européen: des mécanismes de régulation sont à remettre en oeuvre, estime Xavier Beulin.

«La France a perdu pied à Bruxelles lors de cette mandature», regrette le président de la FNSEA, qui souhaite aussi une vraie simplification de la Pac, alors que les aides 2015 ne sont pas toutes versées aux agriculteurs qui en ont particulièrement besoin cette année.

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