L'Oise Agricole 11 août 2016 à 08h00 | Par Matias Desvernois

Des exports de blé tendre français prévus en chute libre

Fait inédit cette année, la France va très probablement perdre son statut de leader européen à l’export en blé tendre. Dans le reste du monde, les récoltes s’annoncent records chez les principaux pays concurrents.

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Michel Portier, directeur général d'Agritel donnant les premières estimations de la campagne 2016-2017.
Michel Portier, directeur général d'Agritel donnant les premières estimations de la campagne 2016-2017. - © Matias Desvernois

L’Allemagne semble la mieux placée pour ravir à la France la place de premier exportateur de l’Union européenne pour cette campagne 2016-2017. La France, sérieusement handicapée par sa récolte catastrophique, doit se rendre à l’évidence. Ses exports vers les Pays-Tiers seront très durement affectés.

En blé tendre, les analystes du cabinet d’expertise Agritel tablent ainsi sur une baisse de 60% des ventes françaises hors-marché communautaire, passant de 12,80 millions de tonnes (Mt) en 2015 à 5,10 Mt pour la nouvelle campagne. En termes de balance commerciale, ce déficit à l’export représentera une perte de 2 milliards d’euros rien que pour le blé tendre (produits transformés et importations compris).

En y ajoutant les autres cultures telles que le pois ou les orges, ce montant s’élèverait à 3 milliards d’euros. Tous ces chiffres ne sont, pour l’heure, que des estimations.

Dans un même temps, Agritel projette que l’Allemagne, où seul 20% de la moisson a été effectuée, avoisinera les 25,5 Mt de production, soit légèrement inférieurs à l’année dernière (26,6 Mt). Pour autant, sur le marché extra-Union européenne, ses ventes sont prévues à 6,650 Mt, soit près d’1,5 Mt de plus que la France.

Concernant cette fois l’export intra-Union européenne, les ventes françaises resteront sensiblement les mêmes, selon Agritel, de l’ordre de 7,26 Mt (contre 7,73 Mt en 2015). «Ce marché concernera essentiellement l’alimentation du bétail», explique Michel Portier, directeur général d’Agritel. Les premiers résultats alarmants des blés français laissent entrevoir les difficultés en termes de débouchés.

Poids spécifique et importations

Un sondage a été entrepris par Agritel entre le 27 juillet et le 8 août au sein des principaux Organismes stockeurs (OS) représentant près des ¾ de l’assolement en blé tendre en France. Sur les quatre critères retenus par les analystes (mycotoxines, taux de protéine, chute d’Hagberg et poids spécifique (PS)), ce dernier est le seul qui pose problème.

Il faut au minimum 76 kg pour 100 litres de blé. Au vu de la situation, c’est très difficile d’estimer, mais on a peut-être 30 % des blés seulement qui sont supérieurs ou égaux à 76 kg», lâche Michel Portier.

En raison de l’accumulation des incidents climatiques (pluviométrie, manque de luminosité, gel en avril), le remplissage des grains ne s’est pas correctement déroulé. Les analystes craignent désormais que les pertes de part de marché à l’export, notamment dans des pays comme l’Algérie ou le Maroc, soient compliqués à récupérer lors des campagnes prochaines.

Sur ces pays, «les pays de la Mer Noire et les Etats-Unis vont se positionner», assure Pierre Begoc, directeur international du groupe. Relatif aux importations, Agritel estime que la France va frôler le million de tonnes (contre près de 400.000 tonnes l’an passé). Avec un taux de change plus favorable aux Britanniques, des achats en blé fourrager en provenance du Royaume-Uni pourraient s’intensifier. «Le différentiel de prix entre la France et l’Union européenne est important», précise Michel Portier, expliquant de ce fait les récents achats de blé roumain.

Rendements français et concurrence étrangère

Alors que les prévisions d’Agritel affichent un rendement moyen national à 5,48 t/ha (2016-2017) contre 7,39 t/ha sur la moyenne quinquennale, du jamais vu selon les professionnels depuis 1983, la production mondiale est estimée en hausse de plus 23,26 Mt comparée aux cinq dernières années. Plus 15 Mt en Russie, plus 6,6 Mt en Chine, plus 4,7 Mt aux Etats- Unis, plus 0,6 Mt au Canada, plus 2,5 Mt en Ukraine…

Les cours mondiaux vont donc rester bas, plombant la note déjà bien salée des agriculteurs de l’Hexagone. «Le besoin de trésorerie pour une exploitation moyenne sera de l’ordre de 1 000 euros/ha», analyse Michel Portier, faisant la somme des 500-600 euros de pertes sur la récolte 2016 et le besoin d’investissement pour la saison prochaine à somme quasi-équivalente.

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