L'Oise Agricole 25 avril 2018 à 17h00 | Par Thierry Michel

Des contrastes dans une situation globalement positive pour ce printemps

L'économie française tourne un peu au ralenti sur fond de fondamentaux solides.

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L'économie mondiale et celle de la France vont mieux. Mais des contrastes existent.
L'économie mondiale et celle de la France vont mieux. Mais des contrastes existent. - © Réussir/Thierry Michel

L'économie de la France en particulier, et celle du monde en général, va mieux. Les énormes et potentielles difficultés semblent résolument écartées. Ce qui ne signifie en rien que tout va bien dans le meilleur des mondes.

Des éléments négatifs ou porteurs d'interrogations surgissent ça et là à travers le monde et ceci ne favorise pas la croissance économique et le moral des entreprises et des ménages. Aux frictions commerciales globales (mais avec des implications sur certaines productions agricoles) entre la Chine et les Etats-Unis s'ajoutent les incertitudes météorologiques des Amériques pour le secteur de l'agriculture.

Du coup, même si la croissance économique est positive pour ce premier trimestre et en passe d'afficher une bonne performance pour le deuxième, l'impression générale se résume plutôt à « aurait pu mieux faire ». La grogne est là, en France, témoin les grèves à répétition dans différents secteurs et la hausse des prélèvements de type CSG, taxe sur les carburants n'arrangent rien. Et ce n'est pas les baisses de certaines cotisations étalées dans l'année (chômage, maladie) qui remontent le moral.

Economie générale

Ce qui amène Xerfi Prévisis, un cabinet spécialiste des études économiques sectorielles, à envisager que « les fondamentaux de la croissance apparaissent néanmoins suffisamment solides pour qualifier cet épisode de trou d'air » et à prévoir un « scénario... de la poursuite d'une croissance robuste en 2018, avec un PIB en hausse de 2,1% ». Un peu plus tôt, en mars, l'Insee indiquait un acquis de croissance de + 1,6 % pour l'année 2018.

Outre ce trou d'air, les analystes de Xerfi Previsis caractérisent un certain nombre d'autres tendances pour cette année. Côté consommation, ils voient des fondamentaux solides avec une inflation qui n'entame pas encore vraiment le pouvoir d'achat des ménages, ces derniers puisant dans leur épargne. Les créations d'emploi dans le privé sont à la hausse et le resteront. Mais la consommation des ménages continue à faire du yo-yo.

L'industrie française, qui a tendance à se redresser, ne peut pas faire mieux pour le moment, les carnets de commandes sont bien garnis et les capacités à produire plus très faibles. « Les services sont coupés en deux. Les branches d'activité qui se placent dans le sillage de l'industrie ou des grands comptes sont parties sur « d'excellentes bases ». À l'opposé, « la conjoncture s'est affaissée dans les activités immobilières (la location de logements est notamment en chute libre) et dans l'hébergement-restauration (qui avait pourtant bien commencé l'année avec une saison touristique hivernale parfaitement réussie). C'est sur cette base devenue plus instable que sont venues se greffer les conséquences sur l'activité de la grève perlée de la SNCF ». Les entreprises en général vont sans doute enregistrer une légère érosion de leurs marges sous l'influence négative de divers facteurs. Mais attention, là aussi, des contrastes apparaissent. Autant le secteur industriel pourrait connaître une légère amélioration, autant le secteur des services connaît des difficultés en la matière.

Dans le secteur du logement, le cabinet prévoit une intensification de la crise avec des prix qui vont continuer à grimper dans les zones où la situation est déjà tendue. Pour les matières premières non agricoles, Xerfi Prévisis prévoit un marché des métaux plutôt en ligne avec les fondamentaux, à savoir un besoin croissant de ces produits, donc des cours plutôt à la hausse. Sur le pétrole, un maintien du baril entre 65 et 70 dollars est envisagé. Ce qui paraît relativement haut. Cependant, d'autres logiques sont à l'oeuvre sur ce secteur. Russie et producteurs des pays arabes cherchent à maintenir un certain prix en régulant leur production mais les Etats-Unis commencent à inonder de façon pérenne les marchés avec des pétroles non conventionnels en plus d'assurer leur propre autonomie. Les gisements de pétrole de gaz de schiste sont rentables à partir du moment où les cours du pétrole conventionnel passent les 60 dollars le baril.

Agriculture et alimentation

Selon l'Insee, « au premier semestre 2018, la production agricole s'établirait à un niveau proche de celui de 2017 (- 0,2 % puis - 0,1 % aux premier et deuxième trimestres 2018), sous l'hypothèse de récoltes qui ne seraient plus affectées par les aléas défavorables de 2015 et 2016 ». L'institut note aussi que les exportations de produits agricoles ont décéléré (+ 3 % après + 9,1 %).

Toujours pour l'Insee, côté alimentation, l'inflation alimentaire augmenterait un peu d'ici juin 2018, à + 1,1 % contre + 0,8 % en février. « Les prix des produits frais se sont repliés en février (- 1,5 %), du fait de la sortie de glissement de la forte hausse de début 2017. Sous l'hypothèse de conditions normales de production pour les saisons à venir, ils se redresseraient d'ici juin2018 (+ 2,3 % sur un an), par effet de base. Hors produits frais, l'inflation alimentaire s'est redressée en 2017, portée en particulier par les prix des produits laitiers et de la viande. Elle s'établit à + 1,2 % en février 2018, son plus haut niveau depuis début 2013. Elle s'infléchirait toutefois d'ici juin 2018, freinée par l'appréciation récente de l'euro et par la baisse des cours mondiaux, pour atteindre + 0,9 ».

Sur le cours des matières premières agricoles, Xerfi Prévisis, constate que l'indice synthétique GSCI (Goldman Sachs) « a fortement progressé entre fin juin et début juillet 2017, mais cette hausse a été totalement effacée au cours des deux mois suivants, en raison notamment d'une campagne 2016/2017 excellente, notamment en ce qui concerne les céréales. Depuis la mi-janvier, on observe une nouvelle flambée de l'indice, tirée par les cours des céréales. La raison principale de ce rebond est à rechercher dans une dégradation des prévisions de récolte pour la campagne 2017/2018, due aux sécheresses en Argentine et à la vague de froid qui a frappé l'Europe en février ». La vague de froid qui sévissait encore récemment au Nord des Etats-Unis et celle de sécheresse qui planait sur le Sud de ce pays ont également pesé sur les marchés spécialisés.

« Au-delà des aléas climatiques qui sont à l'origine de la traditionnelle volatilité des cours agricoles, la tendance de fond reste à la modération. L'indice GSCI agricole a été pratiquement divisé par deux par rapport à son dernier point haut, atteint en juillet 2012 et la chute a été généralisée. La faiblesse du cours du pétrole a joué un rôle important dans le recul des prix agricoles, via la baisse des coûts des carburants (plus de 10 % des coûts de production dans l'agriculture) et des fertilisants, ainsi qu'à travers une influence négative sur les prix du bioéthanol. Dans un contexte d'excès de production importants, les cours du cacao et du sucre ont baissé de plus de 10 % en 2017, par rapport à l'année précédente, tandis que ceux des principales céréales ont peu évolué, tout en restant bien en deçà des niveaux record atteints en 2011-2012. Ainsi sur l'ensemble de l'année 2018, nous ne prévoyons pas de très forte hausse pour les principales matières premières agricoles, dont les taux de croissance devraient être compris entre 2 % (maïs) et 8 % (cacao). Deux commodités devraient toutefois faire exception à cette revalorisation modérée des cours agricoles : le sucre et le café, avec des baisses respectives de prix de 16 % et de 6 % prévues sur 2018 » précisent les analystes de Xerfi Prévisis.

Dans sa note de conjoncture de printemps, paru en mars, l'Insee concluait que pour le reste de l'année « à court terme, ce scénario global est susceptible d'être affecté par les incertitudes politiques qui subsistent de part et d'autre de l'Atlantique. Le retour éventuel de tensions inflationnistes pourrait aussi conduire à plus d'incertitude sur l'évolution de la politique monétaire américaine et la manière dont elle est accueillie par les marchés. En France, le comportement de consommation des ménages reste par ailleurs dépendant de la manière dont ces derniers anticipent l'évolution de leur pouvoir d'achat »

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