L'Oise Agricole 23 février 2017 à 08h00 | Par L'Oise Agricole

Décès de Xavier Beulin: le monde agricole perd un visionnaire

Le décès brutal de Xavier Beulin le 19 février est un choc pour la FNSEA et le monde agricole à qui il a dédié sa vie. Travailleur acharné, il défendait la vision d’une agriculture diverse, compétitive et innovante, porteuse d’avenir pour les producteurs sur tout le territoire.

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- © Le Parisien, Yann Foreix

D’innombrables réactions ont suivi l’annonce, le 19 février, de la disparition de Xavier Beulin, président de la FNSEA, décédé d’une crise cardiaque à 58 ans. Les dirigeants politiques de tous bords ont rendu hommage à l’homme de conviction, du Président de la République qui a salué «un agriculteur passionné», «un interlocuteur exigeant » et déploré «une perte majeure pour la France» aux candidats à l’élection présidentielle (François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon), en passant par des présidents de groupes, de régions, et de départements, ou encore les membres du Gouvernement dont le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, «un ardent défenseur de l’agriculture et des paysans».

«Sa disparition est une nouvelle terrible pour la FNSEA et pour le syndicalisme agricole dans son ensemble (…). Avec lui, au-delà de nos différences, j’ai toujours travaillé à trouver des solutions pour soutenir une agriculture qui traverse des moments difficiles », a quant à lui réagi le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll.

 

Syndicaliste engagé

«Xavier Beulin a donné au syndicalisme et aux filières agricoles des lettres de noblesse et un élan incomparable», salue la FNSEA, dont il a été élu président en 2010 et 2014. Et il avait annoncé son intention de briguer un nouveau mandat lors des élections prévues cette année, à l’issue du congrès fin mars prochain.

L’organisation a fait part de son «immense tristesse», plusieurs de ses élus évoquant par ailleurs la perte d’un «capitaine» qui leur donnait un cap.

En dépit des divergences de vue, les nombreux interlocuteurs qui ont croisé Xavier Beulin au cours de sa riche carrière gardent tous en mémoire le dynamisme, le charisme et la pugnacité de cet homme engagé très jeune dans le syndicalisme agricole. Issu d’une famille d’agriculteurs du Loiret, aîné de quatre enfants, il reprend l’exploitation familiale à 17 ans suite au décès de son père et s’engage rapidement auprès du CDJA.

Gravissant les échelons du syndicalisme agricole, il rejoint ensuite la FDSEA, puis la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (Fop) dont il devient président en 1999. Parallèlement, il devient en 2000 président du groupe Sofiprotéol (renommé Avril en 2014), mis en place par la filière française des oléoprotéagineux. Une responsabilité qui lui sera parfois reprochée après son élection, en 2010, à la tête de la FNSEA.

Dans son ouvrage paru début janvier (1), Xavier Beulin revenait sur les attaques de plus en plus vives et rappelait le sens de son engagement : «avant tout apporter des solutions en termes d’organisation aux producteurs», ajoutant que le succès du groupe coopératif permettait de «tirer des enseignements pour d’autres pans de l’agriculture française», à travers l’exemplarité de la réussite collective.

De ces attaques répétées et de plus en plus dures dans les médias, l’homme pudique et modeste au regard de son parcours d’autodidacte préférait dire qu’elles ne l’atteignaient pas. Elles se sont néanmoins ajoutées au poids des responsabilités particulièrement lourdes, à un moment où l’agriculture française fait face à une succession de crises.

 

Vision à long terme

Les hommages et témoignages sont en tout cas unanimes sur la capacité de Xavier Beulin à porter une vision stratégique forte pour ce secteur agricole qu’il défendait sans relâche. «Le modèle sur lequel nous avons vécu doit être adapté à une nouvelle donne économique, sociale et sociétale. Toute l’agriculture vit déjà cette mutation. Il faut en définir le cadre, c’est l’un de nos plus grands chantiers pour les prochaines années», écrivait-il dans son livre. Ce cadre doit notamment être décidé au niveau européen, où la présence française s’était, selon lui, fortement affaiblie ces dernières années.

Xavier Beulin évoquait également dans ce livre, qui apparaît désormais comme son testament, la nécessité de préserver la diversité de l’agriculture française, la nécessaire modernisation des exploitations, le rôle crucial de l’innovation en agriculture, l’importance d’une fiscalité plus adaptée aux aléas de l’activité agricole, ou encore le statut de l’agriculteur encore à créer. Il défendait également une vision plus positive de l’agriculture française, trop souvent délaissée par les politiques et de plus en plus méconnue des citoyens. Une vision saluée par le monde agricole et que la FNSEA continuera à porter, malgré l’ampleur du défi.

(1) X. Beulin, Notre agriculture est en danger, Éditions Tallandier

Repose en paix, Xavier

par Luc Smessaert, président de la FNSEA Nord-Bassin parisien et vice-président de la FNSEA

Xavier laisse un grand vide. C’est un grand Homme, un ami au grand cœur.

Depuis 6 ans à ses côtés avec l’équipe du bureau de la FNSEA, j’ai apprécié ce capitaine, ce visionnaire. Il déléguait avec confiance. Que c’est agréable d’avoir un chef ayant autant de charisme, d’envies pour l’agriculture.

Il n’a pas été épargné par des détracteurs avides de malhonnêteté, d’attaques d’une rare violence.

Repose en paix, Xavier. Tu nous laisses un magnifique livre en testament. Tu voulais plus et mieux d’Europe. Tu étais convaincu de la force structurante de l’agriculture pour les pays africains et du sud de la Méditerranée.

Tu as entrepris cette marche en avant avec la loi Sapin II pour que les agriculteurs vivent du prix de leur travail et pour stopper cette guerre destructrice des prix agricoles avec la grande distribution.

Paysan, tu l’étais. Tu aimais ton pays, ta région. Nous porterons cette dynamique des territoires et cette richesse de l’agriculture française.

Paysan mon ami, merci, tu resteras ma boussole et ma détermination pour qu’ensemble, nous soyons fiers d’être des paysans debout.

 

Xavier nous a quittés trop tôt

par Guillaume Chartier, président de la FDSEA 60

Xavier était un homme de conviction et d’un charisme époustouflant. Président de la FNSEA, il avait une vision pour notre agriculture plurielle et il savait rassembler les filières végétales et animales. Il portait un syndicalisme de solutions économiques avec une maîtrise de tous nos sujets, quelles que soient les filières. C’était un homme de grande écoute ayant la capacité de trancher les choses en faisant en sorte d’obtenir un positionnement clair tout en valorisant le travail de chacun. L’humain était, me semble-t-il, au cœur de ses préoccupations.

Xavier, tu savais parfaitement déléguer, faire confiance tout en maîtrisant les sujets traités.

Xavier, l’agriculture française te pleure, mais bien au-delà aussi, au-delà de la filière agricole et au-delà de nos frontières, ta capacité à réunir et montrer le chemin nous manquera.

Xavier, tu laisseras une marque forte sur l’agriculture de notre pays. Tu as connu durant ton mandat les difficultés profondes des agriculteurs. Tu as partagé ces difficultés et tu a été notre porte-voix au plus haut niveau, toujours avec courage et pragmatisme, sans jamais céder à la facilité, et avec une ténacité et un courage constants.

Tu as subi des attaques souvent injustes mais toujours, tu es resté droit et préoccupé, d’abord non pas de toi, mais de l’intérêt des paysans, de l’économie agricole de notre pays.

Tu nous laisses en héritage des marqueurs forts et le devoir de poursuivre avec la même force que la tienne la défense des agriculteurs français.

 

 

Cher Xavier

par Jean-Luc Poulain, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise et président du Ceneca

Mercredi 15 février dernier, nous avons eu notre dernier échange en tête-à-tête sur la tenue du Salon de l’agriculture.

Tu me questionnais sur les mesures de sécurité, et surtout sur la tenue du salon et des exposants. Avec ta façon de regarder devant, et loin devant, tu aimais entendre la progression des surfaces d’exposants sur la recherche et le développement, sur l’innovation, sur le numérique.

Quant à la venue du monde politique à la porte de Versailles, contrairement aux autres, ta question n’était pas «combien d’entre-eux vont venir ?», mais «comment leur visite peut enrichir le débat ? comment cela peut être utile à la profession ?»

Ce 54e salon, Xavier, t’est dédié. Je ferai en sorte que cela se passe comme si tu étais là et si je me pose une question, je me demanderai quelle aurait été ta réponse.

Au revoir Xavier...

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BERTRAND (40) | 23 février 2017 à 11:27:45

En ces temps tempétueux, il est difficile au Capitaine d'orienter et d'amener le paquebot à bon port..Les capitaines sont nombreux comportant des visions diverses et variées. Il ne s'agit pas de laisser couler le paquebot agricole soumis à de fortes bourrasques spéculatives sur des prix éloignés des réels couts de production et des marges nécessaires à la poursuite de la navigation. Il n'y aura pas d'agriculture "durable" si elle n'est "rentable"...Face aux puissances financières, le capitaine est souvent mis à mal et traité injustement...

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