L'Oise Agricole 09 février 2018 à 13h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Culture du lin : quelle gestion des aléas climatiques ?

Vincent Boche, président de la section lin de la FDSEA de la Somme, et Alexandre Dugrosprez, président de la section lin de la FDSEA de l’Oise, ont réuni, lors de leur traditionnelle réunion hivernale, les producteurs de lin de la Somme et de l’Oise, mardi dernier à Flixecourt.

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La réunion hivernale a réuni une trentaine de producteurs de lin.
La réunion hivernale a réuni une trentaine de producteurs de lin. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Certains disent que nous ne connaîtrons plus une année dite normale, sans aléas climatiques. Qu’on y croit ou pas, le constat est tout de même le suivant : 2016 a été une année extrêmement pluvieuse ; à l’inverse, 2017 fut très sèche, notamment au printemps et 2018 débute dans l’humidité et le vent. De cette manière, face à ce constat, en agriculture, la gestion des aléas climatiques est devenue plus que dans l’air dans temps et plus particulièrement pour les cultures dites à risques, comme le lin ou encore la pomme de terre. Ainsi, l’AGPL, l’Association générale des producteurs de lin, en partenariat avec les FDSEA de l’Oise et de la Somme, conviaient mardi 30 janvier dernier, à Flixecourt, les producteurs de lins de l’Oise et de la Somme autour de cette thématique : culture du lin, quelle gestion des aléas climatiques ?

«Cultiver du lin n’est pas sans risque. Il y a les risques maladies, adventices, verses etc.», rappelle en introduction Benoît Normand, technicien régional chez Arvalis. «Certains risques peuvent s’appréhender via l’utilisation d’outils d’aide à la décision, d’autres se gèrent via la technique et d’autres sont tout simplement ingérables et imprévisibles», ajoute-il.

Ainsi, par exemple, «dans mon exploitation, le risque adventice s’anticipe», explique Bertrand Gomart, président de l’AGPL. «L’exploitation a opté pour une rotation tous les 6 ans et une bonne préparation des sols avant implantation, deux astuces parmi tant d’autres, qui permettent aujourd’hui de réduire la pression adventices», ajoute-il.

Pour le risque verse, mais aussi maladie, Bertrand Gomart dit faire attention à la variété implantée et à la dose d’azote apportée. Mais cela ne suffit pas. Que faire contre un orage ? Les bourrasques de vents ? Ou encore le manque d’ensoleillement lors du rouissage du lin ? Ces aléas qui impactent le rendement, mais aussi la qualité des lins ?

Assurance aléas climatiques

«Une solution peut être de transférer les risques à un tiers, soit aux assurances», explique Frédéric Callens, responsable d’équipe conseil, au Cer France. Et la plus connue d’entre elles est l’assurance récolte.

Entre 30 et 35% des agriculteurs de la Somme souscrivent aujourd’hui à ce type d’assurance, contre 26 % en moyenne au national. «Celle-ci se décline en trois niveaux et couvre en moyenne une quinzaine d’aléas climatiques, explique le responsable d’équipe. Le premier niveau, appelé plus communément le contrat socle, est subventionné à hauteur de 65 % par les pouvoirs publics. Le rendement assuré correspond alors aux rendements historiques de l’exploitation et le prix assuré pour chaque culture est défini au travers d’un barème national. La franchise et seuil de déclenchement sont de 30 %. Le deuxième niveau est, quant à lui, subventionné à hauteur de 45 % et offre la possibilité supplémentaire d’augmenter ou de réduire le prix assuré dans la limite d’une valeur plafond. Et enfin, le troisième niveau est non subventionné, mais offre des garanties complémentaires comme le rachat de franchise, le complément de prix et de rendement, soit la souscription d’un rendement au-delà des rendements historiques de l’exploitation etc.».

Bref, sur le département de la Somme, à ce jour, le Cer estime que 40 à 45 % des producteurs de lin sont assurés pour les aléas climatiques. Une part revue à la hausse ces dernières années et pour cause : après plusieurs années de discussions, négociations entre les pouvoirs publics et le syndicat, le barème fixant le prix à 605 € la tonne de fibre de lin a évolué et est aujourd’hui fixé à 1.327 € la tonne de fibre de lin. «Un prix beaucoup plus représentatif et en adéquation avec notre production car il représente maintenant environ 80 % des charges réelles», commente Bertrand Gomart. Le syndicat rappelle également avoir œuvré sur l’obligation de souscrire 70 % de la surface agricole utile de l’exploitation afin de bénéficier de cette assurance contre 70 % de la Scop auparavant. Mais cette assurance pourrait évoluer prochainement positivement. En effet, suite à l’entrée en vigueur du règlement Omnibus, début janvier, le seuil de déclenchement du contrat socle devrait diminuer, les subventions augmenter à hauteur de 70 % et la franchise appliquée également diminuer.

Assurance indicielle

Moins connue, l’assurance indicielle peut être également un outil pour faire face aux aléas climatiques. L’assurance indicielle est une assurance liée à un indice, tel que la pluie, la température, l’humidité ou les rendements des cultures, plutôt que la perte réelle. Ainsi, le contrat d’assurance établi entre l’assureur et l’assuré se base sur des données de référence, publiques, reconnues et consultables par toutes les parties. Par exemple, un agriculteur souscrit à une assurance indicielle «des totaux pluviométriques» pour se protéger contre les pertes de récoltes liées à la sécheresse.

Les indemnisations ont lieu lorsque les totaux pluviométriques sur la période définie sont inférieurs au seuil convenu. Et contrairement à l’assurance traditionnelle, pas d’expertise terrain, seul les indicateurs météorologiques homologués recueillis au plus près de de l’exploitation suffisent.

Quant à son coût, «difficile de vous indiquer un prix, explique Damien Chevrollier, ingénieur commercial chez Météo Protect. Il varie au grand maximum entre 3 et 30 % du capital assuré. Mais plus généralement, pour les exploitations agricoles, en fonction des paramètres définis, entre 3 et 13 % du capital assuré».

«Un produit donc innovateur, complémentaire, qui peut être une solution dans certaines exploitations, mais son coût reste néanmoins incertain», commente le président de l’AGPL. Car qu’on se le dise, «il ne faut pas croire qu’une assurance c’est rentable. Ça reste un coût, une charge pour les exploitations agricole», conclut Frédéric Callens.

Situation de marché

98.000 hectares de lin ont été récoltés en France en 2017. La qualité des lins ramassés varie du très bon ou très mauvais ; le rendement moyen national, quant à lui, est de 6 tonnes de paille par hectare et de 1,25 tonne de fibres longues par hectare.

Comparativement à l’année précédente, à qualité égale, les prix semblent se maintenir et s’établissent pour le mois d’octobre à 2,10 € le kilo.

Autre point, sortie des filatures, le prix de fil de lin chinois est à la baisse depuis un an sans que le prix de la fibre longue européenne n’en soit affecté. La filière suppose que cette baisse pourrait être liée à l’augmentation des capacités en filature des industries indiennes.

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