L'Oise Agricole 22 novembre 2018 à 09h00 | Par Delphine Jeanne

Contrat de solutions : coup d’accélérateur

Initié en novembre 2017 par la FNSEA et quarante organisations partenaires, le Contrat de solutions, qui propose aux agriculteurs des solutions à mettre en ouvre pour réduire l’utilisation de produits phytosanitaires, a fêté son premier anniversaire.

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L’une des trente-six solutions inscrites au contrat : associer au colza une légumineuse, comme la féverole, pour limiter la présence de ravageurs.
L’une des trente-six solutions inscrites au contrat : associer au colza une légumineuse, comme la féverole, pour limiter la présence de ravageurs. - © Agence de presse

Lancé le 14 novembre 2017, le Contrat de solutions, recueil de pratiques destiné aux agriculteurs en vue de diminuer l’usage des produits phytosanitaires, a fêté sa première année d’existence. A cette occasion, la FNSEA, qui en est à l’origine avec plus de quarante organisations du monde agricole, a organisé une rencontre autour d’agriculteurs utilisateurs de solutions, et présenté les perspectives de déploiement de la démarche.

Riche de trente-six solutions et d’une centaine de pages, le premier document, présenté en juillet dernier, devrait être complété par un deuxième contrat en cours de rédaction pour une sortie prévue en février 2019, a expliqué Eric Thirouin, secrétaire général adjoint de la FNSEA et président du comité de pilotage du Contrat de solutions. Parallèlement, le contrat actuel est en cours de diffusion auprès des agriculteurs.

Le 14 novembre, certains d’entre eux sont ainsi venus témoigner de l’application de ces solutions dans leurs exploitations, à l’instar d’Etienne Benoit, arboriculteur dans la Meuse, qui met en oeuvre la fiche 25 : la confusion sexuelle pour ses vergers de pommiers. Grâce à la diffusion de phéromones, les ravageurs ne trouvent pas les femelles et ne peuvent donc pas se reproduire. Autre initiative de sa part : l’utilisation de l’argile sulfuré pour limiter les traitements sur les pommes, tout en évitant les maladies qui se développent pendant la conservation. «L’efficacité n’est pas garantie. C’est un test. Je vous dirai l’année prochaine si ça a fonctionné !», précise-t-il.

Gilles Robillard, producteur de grandes cultures, applique, de son côté, la fiche n° 2 et associe au semis de son colza une légumineuse, la féverole. Cette dernière poussant plus haut que le colza, les insectes ravageurs ont ainsi plus de mal à repérer la culture. «On a quatre à cinq fois moins de larves présentes dans les plantes», a-t-il remarqué.

Accélérer la recherche

Dans un contexte tendu de polémiques autour des pesticides, et plus particulièrement du glyphosate, le contrat démontre que les agriculteurs, souvent montrés du doigt, sont à pied d’oeuvre pour mettre en place des pratiques plus vertueuses sur leurs exploitations, en accord avec les attentes sociétales. Néanmoins, ces solutions ne sont pas parfaites et ne peuvent pas être utilisées dans toutes les situations.

Ainsi, avec la sécheresse de l’été, la féverole de Gilles Robillard n’a pas suffisamment levé pour protéger son colza. De même, explique Philippe Bardet, viticulteur en Gironde, dans la vigne, «on peut se passer de pesticides, sauf pour deux maladies : le mildiou et la flavescence dorée». Quant à la suppression du glyphosate pour tous les usages, en l’état actuel, des impasses restent à résoudre.

Pour Gilles Robillard, qui pratique l’agriculture de conservation des sols, et donc le sans labour, trois choix se présentent : «soit on arrête d’exploiter, soit on revient au traditionnel, à savoir le labour, soit on passe en bio en sachant que ce ne sera pas possible partout.» Pour remplacer le glyphosate, qu’il utilise à hauteur d’un litre, un litre et demi par hectare, il devrait retourner au labour et utiliser cinquante litres de fioul supplémentaire par hectare. Avec, pour conséquence, un bilan environnemental bien plus négatif. Dans le cas du glyphosate, «il n’y a donc pas d’autre choix que d’investir dans la recherche très rapidement», souligne Eric Thirouin.

Pour accélérer la dynamique, une cellule a été mise en place avec l’objectif de partager les thèmes de recherche et échanger en amont et en aval du Contrat de solutions, explique Sébastien Windsor, président de l’Acta (instituts techniques agricoles), l’un des partenaires du Contrat de solutions.

Quarante-cinq nouveaux sujets ont été identifiés et pourront donner lieu à des fiches finalisées d’ici un an. Une plateforme collaborative va ainsi être mise en ligne, à travers le site Geco (issu d’Ecophyto). Un forum sera associé à chaque fiche du Contrat de solutions pour recenser les problèmes et les résoudre. Autre enjeu, explique Sébastien Windsor, «tester la combinatoire des fiches». Un réseau de plateformes sera ainsi mobilisé pour tester les fiches sur le terrain et identifier les freins à leur diffusion.

Accompagner la prise de risques

Parmi ces freins, celui du risque à prendre, pour l’agriculteur, ne doit pas être négligé. «Il faut être en bonne capacité financière pour prendre des risques et expérimenter», explique Guillaume Lefort, agriculteur en grande culture et investi sur le volet recherche et développement de sa chambre d’agriculture, en Ile-de-France. Dans le contexte économique actuel, plutôt compliqué pour les exploitants agricoles, une première expérimentation des solutions, par les chambres d’agriculture, est donc un premier pas vers la diffusion des pratiques. «Cela permet de rassurer l’agriculteur, qui sait que la technique a été testée sur son territoire, dans des conditions proches de celles qu’il connaît sur son exploitation», poursuit Guillaume Lefort.

Comme le souligne Pascal Boucaud, directeur du service végétal à la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, «on sent monter cette tendance à l’accompagnement de groupe. C’est important de donner de la réassurance aux gens». Pour Philippe Bardet, qui fait partie d’un groupement de défense contre les organismes nuisibles (GDON) depuis de nombreuses années, l’échange d’expérience entre agriculteurs, en particulier sur ces pratiques vertueuses, est primordial. «Dans les groupes phytos, on a l’impression d’être aux Alcooliques anonymes, tout le monde dit qu’il en utilise, mais de moins en moins. Il faut communiquer entre agriculteurs pour s’approprier les solutions innovantes, dignes de fierté, pour que cela fonctionne !»

Dans cet accompagnement, les initiateurs du Contrat de solutions souhaitent davantage d’implication de l’Etat. «On attend encore le gouvernement, les pouvoirs publics, pour un vrai contrat signé et des engagements, par exemple à travers des changements dans la réglementation pour expérimenter plus facilement les nouvelles techniques», indique Eric Thirouin. Les échanges avec les deux nouveaux ministres, François de Rugy et Didier Guillaume, semblent aller dans le bon sens. «Peu à peu, les pouvoirs publics ont dit qu’ils faisaient confiance aux acteurs. Et ils ont raison !», conclut Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.

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