L'Oise Agricole 11 août 2016 à 08h00 | Par François Magnier

Conjoncture: les difficultés à l’échelle régionale

La Chambre régionale d’agriculture des Hauts-de-France a réuni, avec la FRSEA, les OPA de la région pour avancer sur les solutions à déployer à court et moyen terme.

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Laurent Verhaeghe (à gauche) et Christophe Buisset ont balayé problématiques et solutions possibles à l’échelle de la région Hauts-de-France.
Laurent Verhaeghe (à gauche) et Christophe Buisset ont balayé problématiques et solutions possibles à l’échelle de la région Hauts-de-France. - © François Magnier

La crise sur les récoltes ne connaît pas les frontières géographiques. En effet, aucun département de la région Hauts-de-France ne peut se targuer d’y échapper. Certes, il y a bien des nuances au sein de la grande région, comme au sein de chaque département, mais c’est bel et bien une récolte épouvantable qui se profile dans la région Hauts-de-France, avec quantité en chute libre, qualité en berne et, pour achever le sombre tableau, «des concurrents à l’export qui font eux une récolte exceptionnelle, ce qui maintient des cours déprimés», souligne Bertrand Magnien, président de la Fédération régionale des coopératives.

En réunissant le 5 août, à Amiens, les organisations agricoles des Hauts-de-France, Christophe Buisset, président de la Chambre régionale, et Laurent Verhaeghe, président de la FRSEA, n’avaient aucun doute sur les difficultés qui allaient ressortir de cette moisson, globalement à moitié avancée à l’échelle de la région, mais comptaient bien faire avancer les réponses des acteurs économiques de la filière.

Du concret, du pratique, et du rapide, car cette crise frappe les céréaliers et se rajoute à deux années de crise en élevage», telles étaient les attentes exprimées par Christophe Buisset, en structurant les débats sur trois axes : le volet réglementaire et administratif, le volet structurel et financier, et le volet social.

Des assouplissements administratifs

Sur le premier volet, les démarches ont été entreprises à l’échelle de chaque département, comme de la région. Des demandes de dérogations sur les Cipan et SIE ont été formulées. Des demandes ont été aussi faites pour une diminution de la pression des contrôles physiques en ferme. Enfin, il a été demandé que des arrêtés de «cas de force majeure» soient pris. Ces arrêtés, engagés dans les départements du Nord et de l’Oise, permettent de reconnaître une situation exceptionnelle, laquelle justifiera ensuite des mesures exceptionnelles qui seraient demandées.

Ainsi peut-on, par exemple, autoriser le versement des DPB sur une parcelle ayant subi une coulée de boue, puis une inondation en juin, et qui n’aurait pas été réensemencée. Sur la Pac, la situation rend encore un peu plus intolérable les retards de versement de DPB 2015, notamment pour les jeunes installés et les mouvements fonciers. Une situation qui devrait significativement avancer le 10 septembre prochain.

Par ailleurs, une démarche est entamée avec les préfectures et les directions régionales des finances publiques pour préparer des mesures sur les reports d’impôts et sur la taxe du foncier non bâti (TFNB).

Urgence et stratégie sur le structurel et le financier

Les trésoreries seront dégradées de l’ordre de 500 € par hectare. Derrière une moyenne se cachent de grandes amplitudes, mais la tendance est là. Elle est le résultat du conjoncturel et du structurel. Derrière le structurel, il faut entendre la hausse des coûts de production constatée depuis plusieurs années. Dans une situation d’endettement régulièrement lourd, la conjoncture place bon nombre d’exploitations à un niveau de difficultés inattendu.

Buisset propose deux axes de travail : l’urgence sur la trésorerie des exploitations et le long terme sur le pilotage des exploitations. «Ma priorité, c’est que notre profession assure collégialement le bon déroulement des cycles culturaux et, pour cela, il faut arriver à mettre en place avec les banques «une année blanche». Ensuite, nous devons reprendre le travail de vulgarisation agricole, sur les coûts de mécanisation, sur les Cuma, sur les outils de protection comme les assurances, la DPA ou l’à valoir sur les cotisations MSA. Ces outils existent, ils sont peut-être imparfaits, mais ils sont sous-utilisés. Cette année, ils auraient fait grand bien aux exploitations, mais ça, c’est un second temps, qui se mettra en place avec la campagne prochaine », détaille-t-il.

partenaires bancaires présents ont confirmé, de leur côté, être en phase active pour apporter au plus vite ces solutions, en lien avec les organismes stockeurs. Ils rappellent aussi que bon nombre de contrats de prêts disposent d’office de mécanismes de «pause» et de «modulation», qui sont activables simplement.

Le volet social, avec sensibilité

Le dernier point traité lors de cette réunion, c’est celui du social. En agriculture, qui dit social dit cotisations, et les caisses de MSA ont fait part de leur écoute pour reporter et échelonner les cotisations, et des dispositions à prendre concernant le prochain appel qui a été émis. Mais, surtout, les organisateurs ont insisté sur la mise en place de cellules départementales de prise en charge des situations plus sensibles.

«Nous allons devoir parfois trouver des solutions pour aider celles et ceux qui n’y voient plus clair. Cela passe par de l’écoute, parfois par de l’accompagnement par des dispositifs de type agriculteur en situation fragile, non pas pour marquer les gens au fer rouge mais, au contraire, pour pouvoir mettre en place autour d’eux un accompagnement plus présent. Enfin, il ne faut pas exclure que certains d’entre nous n’aient plus la force de continuer, et pour ceux-là, il faut réactiver des dispositifs d’accompagnement tels que la préretraite par exemple», souligne Christophe Buisset.

Rendez-vous est pris en septembre, avec l’objectif au niveau régional d’avoir déployé les mesures de conjoncture, et de commencer à tourner la page.

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