L'Oise Agricole 28 avril 2016 à 08h00 | Par Matias Desvernois

Congrès FNO : «du prix !»

La priorité des éleveurs de la filière ovine, qui réunis pour leur assemblée générale annuelle du 20 au 22 avril à Saint- Malo, reste le prix avant tout.

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Michèle Boudoin, président de la FNO dans son discours de clôture sous le regard du ministre de l’Agriculture.
Michèle Boudoin, président de la FNO dans son discours de clôture sous le regard du ministre de l’Agriculture. - © Matias Desvernois

La 69e assemblée générale de la Fédération nationale ovine (FNO) s’est tenue du 20 au 22 avril à Saint-Malo. L’occasion pour la filière de revenir sur les faits marquants de l’année 2015 (épizootie FCO, sécheresse estivale, crise agricole, le loup, Pac, etc.) et de se projeter en 2016 avec, à la clé, l’utilisation optimale des nouvelles aides Pac ovine 2015-2020.

Car l’enveloppe octroyée est désormais passée à 121 millions d’euros (M€) au lieu des 112 M€ reçus en 2014. Un juste retour des choses, selon Michèle Boudoin, présidente de la FNO, qui rappelle que les producteurs ovins ont depuis vingt-cinq ans les plus bas revenus de l’agriculture française avec un résultat courant avant impôts, inférieur «de plus de 50% au revenu moyen de l’ensemble des exploitations».

Une filière qui doit elle aussi se battre contre la volatilité des prix et une forte concurrence mondiale. Parmi elle, la Nouvelle-Zélande, qui au vu du ralentissement de l’économie chinoise, pourrait décider d’augmenter ses volumes de contingent utilisés jusqu’à présent à hauteur de 67% (228 000 tonnes).

Côté français, le cheptel n’a cessé de décroître depuis trente ans et ne couvre désormais que 48% de la consommation nationale. Pourtant, la demande, précise Loïc Guines, président de la FDSEA 35, est supérieure à l’offre. Les défis sont donc nombreux pour cette filière qui continue de se structurer pour mieux prétendre à de nouvelles parts de marché. «Construire le prix en repartant du producteur», insiste Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, qui a évoqué à plusieurs reprises la nécessité de «renverser la table» lors des négociations commerciales.

La Loi de modernisation de l’économie (LME), adoptée en 2008, doit, selon elle, «être toilettée» pour intégrer les coûts de production des agriculteurs dans la construction du prix final. Les représentants de la FNO en ont également profité pour demander que soit versée, de façon urgente, la Pac 2015. Les trésoreries sont dans le rouge chez bon nombre d’éleveurs. «Mise en place désastreuse », s’indigne Michèle Boudoin.

Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, qui a clôturé le congrès, a tenu à rassurer. «J’ai un objectif, régler tout 2015 avant l’été et mettre en oeuvre 2016 comme d’habitude avec avances en octobre et le solde en fin d’année.» Des retards de paiement qui s’expliqueraient, selon lui, par les demandes répétées de l’Europe «de se justifier sur les systèmes pastoraux ».

Relancer la production française de viande ovine reste l’enjeu majeur des années à venir, car les prévisions 2016 (source Economie de l’élevage, dossier annuel d’avril n° 467) révéleraient un nouveau recul affiché de la production et de la consommation dans l’Hexagone. Le programme Inn’ovin, lancé lors du Salon de l’agriculture 2015, vise, pour sa part, l’objectif de + 10 % d’agneaux d’ici 2020, en stimulant dans un même temps la consommation jusqu’ici en berne.

La grande distribution doit apprendre à partager

A l’occasion d’une table-ronde sur les moyens à trouver pour relancer la production ovine française, la grande distribution a une nouvelle fois été pointée du doigt. Invité à venir exposer sa vision de la filière ovine et du secteur agricole de manière globale, Olivier Mevel, maître de conférence et consultant en stratégie, évoque «une absence de coordination mortifère à tous les niveaux».

Selon lui, la future loi Sapin 2 n’intégrera pas les coûts de production de l’amont. «Les modifications passeront donc par voie d’amendement», précise-t-il. Il dénonce un rapport de force disproportionné entre acteurs de l’amont et de l’aval de la filière, résumé par la phrase : «Vous avez besoin de me vendre, je n’ai pas besoin de vous acheter.»

Cette situation dominante actuelle ne permet pas d’aboutir à des négociations équitables. Le défi aujourd’hui semble donc passer par la contractualisation tripartite. Bien que tous s’accordent pour dire qu’elle n’est pas la «recette miracle», celle-ci, même partielle (20 à 30%), pourrait suffire à être efficace et apporter «un premier niveau de stabilité et de visibilité», affirme la FNO dans son rapport d’activité 2015.

Une meilleure segmentation du marché

Si la contractualisation tripartite peut résorber le déficit de prix dans les négociations commerciales, une meilleure segmentation du marché relancerait la consommation en faveur de la viande ovine. «Quelle segmentation aujourd’hui en viande ovine?», pose la question Olivier Mevel.

Une trop faible segmentation produit, lié à l’usage, est constatée aujourd’hui, selon lui. Des viandes à griller, à sauce ou au four devraient être davantage précisées et mises en avant. «Créer des marques et prendre un abattoir comme partenaire pour mieux valoriser en bout de chaîne», explique, quant à lui, Rodolphe Lepoureau, PDG de Sovileg.

«La filière ovine est hétérogène, ce qui permet de segmenter», développet- il. Aussi la présence d’éleveurs en magasin pour expliquer leur produit est-elle très appréciée par les consommateurs. «Dès qu’on va en magasin, on double la vente», déclare ainsi Vincent Blanchard, administrateur chez VSO, qui explique faire deviner le produit goûté au consommateur, «une stratégie payante».

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