L'Oise Agricole 04 janvier 2018 à 09h00 | Par Thierry Michel

Commerces alimentaires et ruralité en France

L’Insee vient de publier «Les entreprises en France. Édition 2017». Avec un dossier sur les commerces et les inégalités territoriales.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
En cinq ans, le nombre de communes rurales sans commerce augmente très légèrement.
En cinq ans, le nombre de communes rurales sans commerce augmente très légèrement. - © P. Cronenberger

Dans sa publication parue le 7 novembre, l’Insee note «qu’après trois années de stagnation», les entreprises de l’Hexagone enregistrent un «rebond du taux de marge en 2015». Cet éclairage de 204 pages sur les entreprises françaises met en valeur, cette année et entre autres, la problématique des commerces dans les territoires.

Généralités

«L’emploi dans le commerce de détail est plus dynamique sur les littoraux atlantique et méditerranéen, dans la région parisienne et la vallée du Rhône. Le petit commerce reste par ailleurs plus développé dans le quart sud-est, à l’inverse de la région parisienne et des départements septentrionaux. Autre source de différence territoriale, le phénomène de «métropolisation» s’est traduit par une croissance plus vive de l’emploi dans l’alimentaire et les équipements de la personne au sein des grandes villes. Dans les villes petites et moyennes, l’emploi dans le commerce de détail est atone et la grande distribution occupe une place plus importante dans le commerce alimentaire que dans les grandes métropoles. L’accessibilité des magasins du quotidien est moins bonne dans les communes rurales que dans les communes urbaines. Certes meilleure dans les communes urbaines, la proximité aux commerces est cependant loin d’y être uniforme. Si la densité de population y est le facteur principal d’hétérogénéité, la distance à la plupart des commerces a également tendance à diminuer quand le revenu moyen de la population ou la part des personnes âgées augmentent» peut-on lire en introduction de ce dossier thématique.

Commerce alimentaire

En matière d’emploi, le poids de l’alimentaire spécialisé et de l’artisanat commercial dans le commerce de détail en magasin diminue légèrement quand la taille de l’aire urbaine augmente. Cependant les boucheries-charcuteries, les commerces de boissons, les poissonneries et les boulangeries sont légèrement plus développés dans les villes petites et moyennes. En revanche, les marchands de fruits et légumes et les commerces de confiseries et de surgelés regroupent une part plus importante des actifs dans les grandes villes, tout comme les autres commerces de détail alimentaires en magasin spécialisé (notamment les fromagers et les épiceries fines et bio). Le développement de ces autres commerces alimentaires spécialisés s’accentue également quand le niveau de vie de la population augmente. Enfin, l’emploi de la quasi-totalité des secteurs du commerce alimentaire spécialisé est plus développé dans les aires urbaines à forte activité touristique, sauf celui des boulangeries et des boucheries-charcuteries qui n’en bénéficient pas ou peu.

Sur la période 2010-2015, l’emploi dans l’alimentaire non spécialisé croît dans toutes les tailles d’aires urbaines. Mais sa progression ne dépasse celle de l’alimentaire spécialisé et de l’artisanat commercial que dans les aires de moins de 200 000 habitants. Comme dans l’alimentaire spécialisé, plus la taille de l’aire urbaine augmente, plus l’emploi dans l’alimentaire non spécialisé a un poids réduit dans le commerce de détail en magasin. «Sa part passe ainsi de 40 % dans les aires urbaines de moins de 20 000 habitants à 29 % dans l’aire urbaine de Paris. En effet, les hypermarchés sont beaucoup plus rares dans les grandes villes que dans les villes petites et moyennes : 0,2 magasin pour 10 000 habitants dans l’aire urbaine de Paris contre 0,6 dans les aires urbaines de moins de 20 000 habitants».

Les petites surfaces alimentaires sont bien plus développées dans les grandes villes. «Elles emploient respectivement 2,6 % et 4,1 % des actifs du commerce de détail en magasin dans les aires urbaines de plus de 500 000 habitants et dans l’aire urbaine de Paris, contre 2,3 % ou moins dans les aires urbaines plus petites». Cette présence des petites surfaces alimentaires dans les grandes métropoles a tendance à se renforcer.

Ruralité

Si l’équipement commercial des villes petites et moyennes évolue moins favorablement que celui des grandes métropoles, la question de l’accès aux commerces de la vie quotidienne se pose avec plus d’acuité dans les communes rurales. En effet, ces communes couvrent 78 % de la superficie de la France métropolitaine, mais seulement 23 % de la population française y réside en 2013 et 12 % des points de vente y sont implantés (soit 28 magasins pour 10 000 habitants). À une densité de la population basse s’ajoute donc un nombre de magasins, rapporté à la population, sensiblement plus faible. Ces points de vente sont aussi bien plus petits : ils occupent en moyenne 3,5 personnes, contre 5,7 dans les communes urbaines.

L’écart rural-urbain est moins prononcé dans certains secteurs de l’alimentaire. «Les boulangeries, les petites surfaces alimentaires, les boucheries et charcuteries sont aussi nombreuses à la campagne qu’en ville, au prorata de la population. Dans le secteur non alimentaire, l’écart rural-urbain est contenu pour les pharmacies (2,4 contre 3,8 magasins pour 10 000 habitants), dont l’implantation est réglementée en fonction de la population communale, ainsi que pour les magasins d’articles de sport et dans deux secteurs plus rares, les stations-service et les quincailleries. Dans tous les autres secteurs, au regard de la population, les points de vente sont faiblement représentés dans les communes rurales».

Les communes rurales périurbaines regroupent plus des quatre cinquièmes de la population rurale. Elles sont aussi les moins bien équipées en commerces avec 22 points de vente pour 10 000 habitants, contre 55 dans les communes rurales hors de l’influence d’une ville. À l’exception des équipements de la personne, le nombre de points de vente par habitant est similaire dans les communes urbaines et dans ces communes rurales les plus éloignées des villes. À l’inverse, dans les communes rurales périurbaines, le nombre de magasins par habitant est très inférieur à celui des communes urbaines, à l’exception des boulangeries, des supérettes, des boucheries-charcuteries et des stations-service.

Les commerces alimentaires les mieux représentés en commune rurale sont aussi les plus proches de la population. «La moitié de la population a ainsi au moins une boulangerie (ou une boulangerie-pâtisserie) à moins de 2,2 km à vol d’oiseau de son domicile, une supérette ou un commerce d’alimentation générale à moins de 3,4 km et une boucherie ou une charcuterie à moins de 3,8 km».

Dans le commerce non alimentaire, un habitant sur deux des communes rurales réside à moins de 3,2 km d’une officine. Viennent ensuite les commerces de fleurs ou les jardineries, les supermarchés, les marchands de journaux, les magasins d’habillement et d’optique. Bien que moins fréquents qu’en ville, ces commerces restent ainsi parmi les plus accessibles aux résidents des communes rurales (plus de la moitié des habitants sont à moins de 6 km à vol d’oiseau de tous ces types de commerces).

«Pour les habitants des communes rurales hors influence des villes, la distance au supermarché, à la supérette et à la pharmacie les plus proches est inférieure d’au moins 10 %, comparée aux habitants des communes rurales périurbaines». La distance à vol d’oiseau au commerce le plus proche y est aussi légèrement inférieure pour les boulangeries, les boucheries et charcuteries, les magasins de journaux et papeteries, les fleuristes et jardineries, les quincailleries et les magasins de vêtements. En revanche, pour tous les autres commerces, la proximité d’un pôle urbain est un facteur d’amélioration de l’accessibilité.

 

Communes rurales et commerce

En cinq ans, le nombre de communes rurales sans commerce augmente très légèrement. L’accessibilité aux commerces est fortement corrélée à la présence ou non de magasins dans la commune de résidence. À titre d’exemple, quand une commune rurale compte au moins une boulangerie (ou une boulangerie-pâtisserie), la moitié des habitants de ces communes résident à moins de 600 mètres d’un tel commerce. À l’inverse, dans les communes rurales sans boulangerie, la moitié des résidents doivent parcourir plus de 3,4 km pour acheter leur pain.

«En 2015 comme en 2010, 36 % des communes disposent d’au moins un commerce, tandis que 5 % ont un commerce en 2015 mais pas en 2010 et 6 % n’en ont plus. Les premières sont plus peuplées et regroupent 65 % de la population, contre 4 % pour les deuxièmes et 5 % pour les troisièmes. Les ruraux ayant un commerce dans leur commune de résidence sont donc un peu moins nombreux en 2015 qu’en 2010 (69 % contre 70 %).»

Enfin, à ces trois types de communes rurales s’ajoutent les 53 % restantes n’ayant de commerce ni en 2010, ni en 2015. «Elles sont majoritaires en nombre mais pas en population : elles regroupent seulement 26 % des ruraux. Toutes choses égales par ailleurs, la disparition de l’implantation commerciale est plus fréquente dans les communes rurales peu peuplées, proches des pôles urbains, à la population relativement jeune et à la démographie déclinante». Entre 2010 et 2015, la part de la population rurale disposant d’un magasin dans sa commune diminue légèrement pour les boulangeries, les petites surfaces alimentaires, les boucheries-charcuteries, les magasins d’habillement, les commerces de journaux et papeterie, les fleuristes et jardineries et les pharmacies. Elle augmente en revanche pour les supermarchés et les points de vente d’optique.

 

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Oise Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui