L'Oise Agricole 31 mars 2016 à 08h00 | Par Delphine Jeanne

Circuits courts: l’agriculture doit s’appuyer sur le collectif

En cette période de crise agricole, le potentiel de la vente en circuit de proximité intéresse fortement les agriculteurs.

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- © Stéphane Leitenberger

«On a abandonné nos produits au portail de la ferme», a déploré Pierre Cabrit, vice-président d’Unicor, au colloque Agriculture et distribution organisé par Jeunes Agriculteurs et Coop de France, le 24 mars. Trop concentrés sur la productivité ces dernières décennies, les agriculteurs ont laissé la main sur la distribution de leur production, se privant d’une valeur ajoutée non négligeable et du lien avec un consommateur qui méconnaît de plus en plus leurs pratiques.

Aujourd’hui, la question de l’implication des producteurs dans les circuits courts et de proximité se pose d’autant plus en une période de crise agricole qui met en évidence la difficulté des agriculteurs à vendre à prix juste. Surtout qu’une demande sociale existe en faveur des produits locaux qui sont une garantie de traçabilité, mais aussi de qualité, car la production française est l’une des plus sûres au monde.

Il faut néanmoins repenser l’offre agricole «de la fourchette à fourche», et non l’inverse, estime Jean-Marie Gabillaud, vice-président de Coop de France, ajoutant qu’il est pour cela nécessaire de travailler autour «d’un projet porteur de dynamique collective».

Utiliser les outils existants

Cependant, «du fait des contraintes logistiques, il y a peu de valeur ajoutée pour le producteur à faire du circuit court», indique Jean- Baptiste Traversac, chercheur à l’Inra. La vente directe nécessite en effet un effort de transport, de présentation et de présence. Le transport sur le dernier kilomètre reste le plus compliqué.

«Le métier d’agriculteur est déjà multiple, et il faudrait être commercial», déplore Christophe Lenaerts, trésorier de JA. Les différentes compétences «existent à travers les coopératives, mais on ne sait pas les mettre en synergie», témoigne ainsi Dominique Olivier, directeur de la coopérative Les fermes de Figeac. L’expérience réussie des magasins Les Halles de l’Aveyron lui a appris que «la distribution, c’est un vrai métier».

Un travail est donc à mener pour fédérer les énergies. C’est d’ailleurs ce que fait JA avec le projet Agridistrib, qui étudie la possibilité de mettre en place un circuit de distribution fédérateur géré par les opérateurs du monde agricole. Le constat est le même en ce qui concerne la restauration collective.

Pour François Beaupère, membre du conseil d’administration de l’APCA, «sur les volumes les plus importants comme les lycées, les hôpitaux, il faut mettre en place des réassurances pour les restaurateurs. Les outils coopératifs comme privés seront capables de les apporter». «Ce qu’il faut, c’est s’assurer collectivement que chacun gagne sa vie», explique eric Lepêcheur, président de Restau’Co et directeur de la restauration de l’université d’Orsay. S’il achète régulièrement des produits locaux, le volume ne suffit pas à assurer les 3.000 repas par jour nécessaire au site d’Orsay.

En revanche, «on cherche à développer les contrats tripartites producteurs-distributeurs-restaurateurs », qui permettent de continuer à travailler avec les grossistes, tout en valorisant les produits locaux.

Un projet politique

Les agriculteurs attendent également un soutien politique, notamment pour la restauration collective où le code des marchés publics interdit de donner une préférence au local dans les appels d’offre. La proposition de loi de Brigitte Alain en faveur de l’ancrage territorial de l’alimentation va dans le bon sens, selon eux, mais l’instauration de seuils les laisse sceptiques.

Christophe Lenaerts attend de son côté «que les politiques passent à l’acte : on parle de nos enfants, de nos malades, de nos personnes âgées». «Il faut que nos organisations agricoles rappellent à nos maires, à nos conseillers généraux, que quand on perd un peu d’argent sur un repas, on investit sur notre territoire», souligne Jean- Marie Gabillaud.

Agnès Le Brun, vice-présidente de l’Association des maires de France (AMF) et maire de Morlaix, est du même avis. Pour elle, l’approvisionnement local est «un choix politique», mais «compliqué pour les plus petites des collectivités», qui ont besoin d’être accompagnées. Elle compte proposer «une charte d’engagement des collectivités pour l’agriculture et pour la qualité des produits» au prochain congrès de l’AMF.

Un long travail reste à faire pour que les agriculteurs reprennent la main sur la distribution. «Le renouvellement des générations ne sera possible que si on s’accapare de nouveau la valeur ajoutée des exploitations», rappelle Thomas Diemer, président de JA. En attendant, JA continue son travail d’analyse et de réflexion pour trouver de nouvelles perspectives.

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