L'Oise Agricole 21 avril 2016 à 08h00 | Par Mathilde Mary

Christiane Lambert, à la rencontre des agriculteurs de l’arrondissement de Compiègne

Le 7 avril, la Fdsea60 a organisé une soirée-débat avec Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, à Estrées-Saint-Denis, dans l’arrondissement de Compiègne. Sans tabous, tous les sujets de conjoncture et les interrogations sur les perspectives ont été abordés.

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- © Mathilde Mary

Cette soirée-débat a été organisée en premier lieu à l’initiative du Syndicat agricole cantonal de Lassigny. L’objectif était d’avoir un éclairage et un débat franc avec la première vice-présidente de la FNSEA sur les sujets de préoccupations des agriculteurs confrontés, dans toutes les productions, à des difficultés conjoncturelles. En cette période de crise, cette soirée-débat visait aussi, disons-le comme tel, à redonner un peu d’enthousiasme aux agriculteurs.

Cette soirée a été introduite par Guillaume Chartier, président de la FDSEA de l’Oise. Il a rappelé à ce titre à Christiane Lambert le contexte agricole local et départemental. Il a également rappelé que les difficultés, tous les agriculteurs en rencontrent : la crise a commencé par les filières élevage, qui continuent de s’y enfoncer, et les filières végétales. «Nous vivons une crise économique, mais aussi une crise morale, a insisté Guillaume Chartier, les agriculteurs se posent la question du soutien de la Nation à notre métier. L’agriculture va t-elle connaître ce que d’autres secteurs industriels ont connu pendant les années 80 ?»

«Il faut tenir»

La dérégulation des marchés agricoles inquiète les agriculteurs. La mondialisation des échanges entraîne une variabilité des prix au gré des évènements, politique ou climatique, mondiaux. Pour des structures agricoles comme nous les connaissons dans l’Oise, la variabilité des prix peut être difficile à vivre et impossible à prévoir. Pourtant, il semble que ces évènements que l’on voit apparaître deviennent la règle. Les difficultés entraînées par les chutes de prix passagères, de plus ou moins long terme, sont d’ordre financier, mais pas seulement, elles sont également morales, comme l’a souligné la vice-présidente de la FNSEA, elle a ajouté «les années difficiles, il faut tenir». Les politiques de gestion des risque deviennent ainsi un outil majeur des politiques agricoles, ce qui constitue un changement important par rapport aux politiques, connues jusqu’à il y a peu, de gestion des marchés.

Olivier Delignières a évoqué les solutions du Farm bill américain qui fait le choix de mesures protectionnistes assurantielles. «Pourquoi l’Europe ne met-elle pas en place elle aussi une ambitieuse politique agricole de gestion des risques?»

Christiane Lambert a quant à elle évoqué l’idée de clauses filets, pour ne pas descendre en-dessous des coûts de production. Cette piste est d’ailleurs défendue par la Fnsea dans le cadre du projet de loi Sapin 2 (du ministre de l’Économie, Michel Sapin).

Quant à la gestion des risques, Christiane Lambert a rappelé le travail mené par la Fnsea pour améliorer la DPA ou encore mettre en œuvre l’assurance socle et la financer, en France, par une partie d’aides de la Pac.

Accord libre échange

Le projet d’accord de libre-échange transatlantique entre l’Europe et les États-Unis (Tafta/TTIP) a suscité plusieurs questions. Il inquiète fortement en effet les éleveurs, pointant par exemple les risques d’importations massives de viandes produits aux États-Unis selon des modalités parfaitement anti-concurrentielles par rapport aux conditions d’élevage en France.

L’objectif de ce traité est clair sur ses bases : il s’agit de libérer certaines contraintes au commerce entre les deux zones économiques signataires en réduisant les droits de douanes et en harmonisant certaines réglementations entre l’Union européenne et les États-Unis.

Le projet inquiète puisque les modèles agricoles ne sont pas les même, à presque tous les niveaux : les coûts de production, la notion de bien-être animal ou encore les signes de qualité.

Les négociations sur le projet de traité ne sont pas encore achevées, loin s’en faut, mais la viande y est déjà identifiée comme un sujet particulièrement sensible.

Sur cette question, Christiane Lambert a évoqué les intérêts divergents qui existent selon les pays européens et a insisté sur le fait que l’agriculture ne doit pas être une variable d’ajustement pour le commerce entre l’Union européenne et les États-Unis.

Rappelons également que, s’agissant d’un accord international, il devra, pour entrer en vigueur, si toutefois la négociation aboutit à un texte présentable, faire l’objet d’une ratification, en Europe, par chaque État membre et aux États Unis par le Congrès, aujourd’hui hostile à l’administration américaine.

Un projet loin encore d’être abouti mais pour autant, que le syndicalisme agricole en France n’entend pas négliger car il touche bien à des enjeux stratégiques majeurs.

De nombreuses questions ont été abordées au cours de cette soirée. Les échanges ont été directs et francs. Christiane Lambert, de l’avis de tous les participants, a su non seulement rappeler le travail mené par le syndicalisme agricole, mais également faire comprendre à chacun que les responsables nationaux restent des paysans ancrés et accrochés aux réalités du terrain.

Elle a su également, grâce à son dynamisme, redonner une note d’optimisme à chacun, une note de confiance en faisant preuve de transparence syndicale et de discours de vérité.

Face aux difficultés partagées, l’intérêt de cette réunion a été d’échanger, de construire dans le collectif, autant de valeurs portées pour un syndicalisme de solutions.

 

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