L'Oise Agricole 30 novembre 2016 à 08h00 | Par L'Oise Agricole

Ce que demandent les agriculteurs

Retrouver la compétitivité perdue. C’est ainsi qu’on pourrait résumer les principales demandes adressées par le syndicalisme agricole majoritaire à l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle française.

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- © DR reussir

Après l’élaboration d’un document général du Caf (Conseil de l’agriculture française), la FNSEA a prévu d’adresser un questionnaire aux candidats au lendemain de la primaire de la droite. Les Jeunes Agriculteurs, l’Assemblée des chambres d’agriculture (APCA), les syndicats minoritaires et organisations spécialisées vont aussi exprimer ce que devrait être selon eux la politique agricole pour le prochain quinquennat.


Comment remédier à une agriculture d’aujourd’hui en pleine crise? En lui redonnant une compétitivité perdue, explique en substance Xavier Beulin, le président de la FNSEA. Voilà ce dont, selon lui, ont besoin les agriculteurs pour se sortir de problèmes de revenus graves et d’un mal-être profond. Il faut tirer les enseignements du vote des Américains pour Donald Trump. «Il faut écouter les gens, dit-il. Ceux qui sont en charge du pays s’estiment comme des sachants et n’écoutent pas.»


Jérémy Decerle, à la tête des Jeunes Agriculteurs, réclame, lui, un cap pour les agriculteurs. «Si on ne donne pas un cap, une cohérence, les gens se tournent vers le vote extrême», explique-t-il.


Pour les agriculteurs professionnels que représentent la FNSEA et les JA, le prochain Président de la République doit assurer le retour à la compétitivité du monde agricole. La FNSEA adressera aux candidats à l’élection présidentielle de 2017 un document simple,13 mesures pour l’avenir, 200 jours pour réussir. Ces 13 mesures visent principalement à redonner du tonus économique aux exploitations agricoles. Puis Xavier Beulin lui-même devrait publier un livre sur la question agricole. Il y reviendra sur l’Europe et le besoin de politiques davantage intégrées (fiscales, sociales), sur la diversité des modèles agricoles, sur ce que doit être une agriculture professionnelle et compétitive.


C’est bien dans ce sens que vont les treize mesures sur lesquelles les candidats à la présidentielle vont être appelés à se prononcer. La moitié d’entre elles sont consacrées à l’allégement des charges des exploitations et la réduction des distorsions de concurrence entre agriculteurs européens.
Le credo de la FNSEA est en fait de remettre au premier plan la vocation économique de l’exploitation agricole, plutôt que la mission écologique, souvent privilégiée, aux yeux de la FNSEA, par Stéphane Le Foll.

Pas de charges nouvelles
Xavier Beulin a aussi le sentiment que, face à la crise actuelle, «le Premier ministre nous a entendus, mais l’administration torpille le dispositif» mis en place le 4 octobre pour venir en aide aux agriculteurs. «Aucun dossier n’est encore traité», dit-on à la FNSEA, évoquant le plan de refinancement des exploitants. Autre critique, les aides Pac non encore intégralement payées en 2016. «Nous n’avons aucun grief vis-à-vis de l’administration départementale» insiste Xavier Beulin qui n’en dit pas autant de l’administration nationale et de l’Agence de service et de paiement (ASP). Avec les autres membres du Caf (JA, APCA, CNMCCA), la FNSEA a envoyé un courrier le 7 novembre à Manuel Valls, rappelant les délais qu’il avait annoncés pour la mise en place des prêts et des garanties.

Le Caf s’étonne aussi que «le ministre de l’Agriculture ait annoncé vouloir augmenter de 2 points les cotisations de retraite complémentaire obligatoire». Ce qui conduirait à un prélèvement supplémentaire de 200 millions d’euros sur les agriculteurs alors que «le Président de la République s’était engagé à ce que ce financement fasse l’objet d’une solidarité nationale et non d’une solidarité professionnelle intergénération.»

350 euros par mois
De fait, de telles critiques sont cohérentes avec la position générale du syndicalisme vis-à-vis de l’État. La priorité se porte sur l’allégement des charges et les critiques sur toute mesure susceptible de les alourdir. Le syndicalisme majoritaire a tempéré ses demandes sur les prix eux-mêmes, voire sur de la régulation. Ses dirigeants savent que ce type de demande est d’un autre temps.

Ce qui n’empêche pas de réclamer des dispositifs efficaces face à une situation plus grave que jamais: selon la MSA, un tiers des agriculteurs auraient un revenu inférieur à 350 euros par mois. Et 60% pourraient bientôt passer au-dessous de ce seuil. L’agriculture est devenue un parent pauvre des filières alimentaires : sur 100 € de valeur alimentaire payée au détail, seuls 7,5 € reviennent en moyenne à l’agriculteur. Une des treize mesures de la FNSEA porte sur les relations fournisseurs-distributeurs. Le futur Président de la République est attendu sur un ensemble de mesures donnant plus de poids aux producteurs dans le droit de la concurrence et à travers une LME (loi de modernisation de l’économie) rénovée.


Les agriculteurs demandent en fait au prochain Président de la République d’enclencher une politique permettant de redonner aux agriculteurs de la puissance économique, pour redresser celle qui est bien affaiblie aujourd’hui.

Les treize mesures proposées par la FNSEA


Ces treize mesures devraient être appliquées dans les 200 jours de la nouvelle présidence «pour réussir» :

  1. Un projet agricole européen repensé, avec une Pac forte, un budget préservé, une agriculture mieux défendue vis-à-vis de l’extérieur et la fin des distorsions de concurrence
  2. Un plan national d’investissements agricoles permettant 6 milliards d’investissements sur le quinquennat pour améliorer la performance économique, sociale et environnementale des exploitations
  3. Une politique de l’eau passant par le déploiement de l’irrigation et de la capacité de stockage de l’eau
  4. Mise en place d’une TVA sociale permettant de supprimer totalement les cotisations famille et maladie des agriculteurs
  5. Augmentation du taux du crédit impôt compétitivité emploi (CICE) pour lutter contre les distorsions de concurrence au sein de l’Union européenne
  6. Cessation des sur-transpositions de directives européennes et révision des obligations qui pèsent déjà de ce fait sur les agriculteurs
  7. Refondation du cadre réglementaire des relations commerciales entre fournisseurs et distributeurs pour une juste répartition de la valeur ajoutée
  8. Introduction d’un principe d’innovation dans la charte de l’environnement. Permettant notamment à une écologie pragmatique de passer d’une obligation de moyen à une obligation de résultat
  9. Construction d’un statut de l’agriculteur, «personne physique, indépendante, autonome et responsable de l’exploitation»
  10. Calcul de la retraite de l’agriculteur sur les 25 meilleures années et non plus sur toute la carrière
  11. Création d’une réserve de précaution dans les exploitations sous la forme d’un outil fiscal moderne avec un impôt axé sur le lissage de trois années de résultat, permettant de faire face à la forte variabilité des résultats agricoles
  12. Mise en place du très haut débit internet sur l’ensemble du territoire
  13. Déclassement du loup dans la convention de Berne pour pouvoir lutter contre la multiplication des attaques de troupeaux.

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