L'Oise Agricole 30 novembre 2017 à 09h00 | Par Agra

Brexit : les conséquences sur le secteur agricole

La sortie du Royaume-Uni de l’UE en 2019 aura des conséquences sur le budget de la Pac, mais surtout sur les échanges agro-alimentaires.

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Le 12 novembre, Michel Barnier, négociateur de l’Union européenne pour le Brexit (ici en 2014 lorsqu’il était commissaire en charge du marché intérieur) accordait un entretien dans lequel il disait que sur le Brexit, «on se prépare à une absence d’accord».
Le 12 novembre, Michel Barnier, négociateur de l’Union européenne pour le Brexit (ici en 2014 lorsqu’il était commissaire en charge du marché intérieur) accordait un entretien dans lequel il disait que sur le Brexit, «on se prépare à une absence d’accord». - © eu/shimera/e. ansotte

La sortie du Royaume-Uni ne sera pas anodine pour le secteur agro-alimentaire européen et la Pac. Telle est la conclusion des trois études commandées par la commission de l’Agriculture du Parlement européen. Les trois études portaient sur les aspects budgétaires, commerciaux et institutionnels.Si les conséquences budgétaires du Brexit sur la Pac sont encore incertaines compte tenu des nombreux scénarios envisageables, pour les échanges commerciaux, la perte est assurée.

L’étude menée par le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), basé à Paris, estime que les 47 milliards d’euros d’exportations agro-alimentaires des Vingt-sept vers le Royaume-Uni seront sévèrement affectés par la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Les barrières non tarifaires (étiquetage...) sont déjà aujourd’hui estimées à 18 % du prix des produits échangés.

Elles pourraient bondir à 45 % en 2030. Et à cela s’ajouteraient environ 18 % de droits de douane si aucun accord de libre-échange n’est trouvé. Une situation qui pourrait conduire à une chute de 62 % des échanges agro-alimentaires entre les deux partenaires.

Les perdants

Mais cette baisse serait différente selon les produits. Certains, notamment la viande rouge, le sucre et les produits laitiers, devraient reculer de 90 %, estime le CEPII. Et, selon les États membres aussi, les conséquences seront variables. Les principaux exportateurs de produits agricoles et agro-alimentaires vers le Royaume-Uni sont l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie. Mais deux pays risquent de subir les impacts les plus négatifs : l’Irlande, avec une chute de 71 % de ses exportations, et les Pays-Bas (- 66 %). Pour la France (- 51 %) ou l’Espagne (- 51 %), les conséquences semblent moins importantes. En termes de valeur ajoutée, c’est l’Irlande loin devant qui va connaître l’impact le plus négatif (- 16,3 %) devant le Benelux (environ - 2 %).

Mais le Brexit implique aussi une plus grande marge de manœuvre pour les produits de l’Union européenne sur leur marché intérieur et vers les pays tiers du fait d’un gain de compétitivité. Insuffisant néanmoins pour compenser les pertes de valeur ajoutée, à l’exception de quelques secteurs, qui pourraient y gagner : la viande bovine française et le blé espagnol. Enfin, l’étude estime qu’aucune augmentation des prix à la consommation n’est à prévoir dans l’Union européenne sauf, une fois encore, en Irlande où ils pourraient augmenter de 5,4 %.

Quels outils pour faire face au Brexit ?

Enfin, un dernier travail, mené par Alan Matthews du Trinity College de Dublin, portant sur les relations interinstitutionnelles, souligne que même si le Royaume-Uni et l’Union européenne devaient conclure un accord sur les conditions de retrait et sur la nature de leurs relations futures d’ici le 29 mars 2019, les opérateurs économiques se trouveront face à un manque de préparation des administrations douanières et des autres autorités compétentes des deux côtés pour gérer les contrôles aux frontières.

Il faudra donc prévoir, surtout dans le scénario d’un «hard Brexit», des outils spécifiques pour les agriculteurs afin de les aider à faire face au choc : aide à l’ajustement, recours accru aux instruments financiers, poli-tique de promotion renforcée et meilleur accès

Bruxelles met la pression sur Londres

Bruxelles met la pression sur le Royaume-Uni pour qu’il clarifie rapidement sa position sur les questions les plus sensibles soulevées par son retrait de l’Union européenne, notamment la facture de sortie. Lors de la 6e session de pourparlers sur le Brexit, en novembre dernier, le négociateur en chef de l’Union, Michel Barnier, a clairement indiqué que, sauf si Londres soumet de nouvelles propositions sur ces sujets clefs d’ici décembre, les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-sept, qui débattront du dossier lors du sommet européen des 14 et 15 décembre, ne seront pas en mesure de décider avant mars 2018 de passer à la seconde phase des discussions, celle sur les futures relations entre les deux parties.

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