L'Oise Agricole 22 septembre 2014 à 08h00 | Par Oise Agricole

"Bras-de-fer avec la filière en perspective"

Interview de Pierre Vaugarny, secrétaire général de la Fédération Nationale Bovine

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Pierre Vaugarny
Pierre Vaugarny - © Réussir-Agri 72

La situation économique des producteurs de viande bovine s’est encore dégradée et atteint une cote d’alerte maximale. A l’issue de la récente réunion avec l’aval de la filière, Pierre Vaugarny tire le bilan des discussions et trace les priorités d’action de la FNB.

 

Quelle est la situation des producteurs de viande bovine aujourd’hui ?

Pierre Vaugarny - Catastrophique. De partout nous remonte le constat de trésoreries à sec et de perspectives de revenus 2014 au plus bas. Rien d’étonnant : les cours se sont fortement dégradés alors que les coûts de production ne baissent pas. Et la nouvelle PAC en 2015 marquera un recul des soutiens pour bon nombre d’exploitations.

Fait nouveau, les importations sont en nette hausse depuis mai avec des chiffres qui nous interpellent (+40 % d’Allemagne, + 50 % d’Irlande, +30 % d’Italie, …). Nous sommes particulièrement inquiets. Et, «cerise sur le gâteau», les pouvoirs publics osent empiler de nouvelles contraintes réglementaires, et donc de nouvelles charges, avec notamment les zones «Nitrates».

Quel bilan retirez-vous de la réunion du 10 septembre avec l’aval de la filière ?

P.V. - La filière ne mesure toujours pas la gravité de la situation des producteurs. Elle continue de penser « gestion à la petite semaine ». GMS comme abatteurs sont à ranger « dans le même sac ».

Nous nous sommes heurtés à une pleine entente entre les grands groupes d’abattage et les enseignes de la distribution. Tous ont jugé «impossible» une hausse du prix-producteur ! De même, accord total entre eux pour trouver tous les freins possibles à la mise en avant des viandes françaises. En mars dernier tout le monde a participé «en chœur» au lancement de «Viandes de France». Six mois après, les distributeurs ne sont toujours pas en mesure d’apposer les étiquettes, c’est plus qu’étrange !

Point positif cependant, sous l’impulsion de la FNB, trois chantiers de fond pour l’avenir du secteur ont été ouverts : plan d’amélioration du « process » de travail des viandes afin d’assurer un meilleur niveau qualitatif général (maturation ,..), réorganisation de la segmentation pour mieux valoriser nos produits, groupe de réflexion sur les effets et dérives des promotions. Un calendrier de travail «serré» est fixé à l’interprofession pour des dispositions opérationnelles au 1er janvier.

 

Comment réagit la FNB ? Quelles sont les lignes d’action que vous allez porter ?

P.V. -Nous sommes plus déterminés que jamais, même si nous regrettons évidement que «les grands» de la filière aient laissé passer une occasion historique de jouer collectif. Ils se contentent d’avoir tiré à eux la marge (les 300 euros par animal perdus par les éleveurs ne se sont pas volatilisés !…).

Si les GMS n’ont pas naturellement le réflexe du patriotisme économique, et bien nous allons les aider plus activement à l’acquérir. Nous ferons la chasse aux enseignes qui n’affichent pas le logo «Viandes de France». Nous voulons voir 100% de viandes françaises en magasins. Et nous saisirons les pouvoirs publics de toutes les dérives d’étiquetage. Pas question de laisser l’impunité en GMS alors que les éleveurs subissent en continu la pression des contrôleurs.

J’ajoute que nous avons désormais aussi dans notre «ligne de mire» les abatteurs, qui ont délibérément joué la carte de la distribution contre les producteurs. Nous allons également agir en restauration collective, à commencer par les cantines… Les élus des collectivités sont les premiers importateurs de viande bovine ! Nous leur avons écrit. Sans réponse de leur part, nous organiserons bientôt la transparence par nous-même.

 

Où en sommes-nous par rapport à l’objectif d’exportation qui figure dans la «feuille de route» FNB ?

P.V. -Dans le contexte, c’est une des toutes premières priorités de la FNB et nous y travaillons activement. Nous sommes amers de constater que pour l’aval, le marché européen et mondial est vu «à sens unique», uniquement pour importer, au risque de casser la production et tous les emplois induits. Nous attendons un investissement plus fort des pouvoirs publics sur l’export, car c’est avant tout de leur action que dépend l’ouverture des marchés. La demande sera nécessairement en croissance sur un ensemble de pays (Turquie, pourtour méditerranéen, Asie, …). Il faut saisir toutes les opportunités selon la demande des pays clients, bovins maigres et finis, viandes. Nous avons bon espoir d’une amélioration de nos flux d’exportation.

 

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