L'Oise Agricole 28 juillet 2016 à 08h00 | Par Bernard Leduc

Blé: hélas, pas mieux!

L’agriculture dépend des conditions météorologiques. Mais cette année, elle le paie très cher ! La moisson est loin d’être terminée dans notre région, mais après les mauvais ou très mauvais rendements enregistrés en orges d’hiver et en pois, les premiers résultats en blé sont aussi très décevants. Cette moisson 2016 reste quand même encore inconnue, mais les inquiétudes sont grandes au regard des résultats obtenus jusqu’à présent dans notre région et dans les régions voisines.

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- © Bernard Leduc

2016 sera une année catastrophique en grandes cultures, comme en élevage bovin, en production laitière en particulier. Pour tous les céréaliers de notre région, cette moisson est la pire qu’ils auront connue, peut-être depuis 40 ans : 1976, cette fameuse année de la sécheresse…

Cette année, les conditions sont très différentes, puisque les très faibles rendements enregistrés en céréales à paille, toutes espèces confondues semble-t-il, sont dues à la pluviométrie véritablement exceptionnelle, associée à de très faibles rayonnements entre le 28 mai et le 4 juin. Et les jours de pluie ont été anormalement nombreux pendant le mois de juin. Mais il reste bien sûr de nombreuses incertitudes sur cette moisson, puisque la récolte n’est pas terminée dans l’Oise pour le colza ou pour les pois, elle n’a fait que commencer pour le blé et restent les céréales de printemps.

Nous avons déjà rapporté dans nos colonnes, depuis l’édition de L’Oise Agricole du 15 juillet, les très mauvais rendements enregistrés dans les premiers chantiers de récolte, en orges d’hiver et surtout en pois. Seul le colza s’en sort moins mal, avec un rendement souvent compris entre 30 et 35 q, donc lui aussi en retrait. Mais ce n’est pas la catastrophe comme dans les pois, qui n’affichent que 15 à 20 q/ha, rarement plus, et de bien plus mauvais résultats sont observés dans les pois d’hiver.

En céréales, le rendement moyen ne sera souvent pour les producteurs que de la moitié, voire à peine, par rapport à celui des années passées.

En escourgeon, la moyenne départementale devrait approcher les 60 q/ha ; et dans les premiers blés récoltés, c’est parfois pire pour cette culture qui représente la plus grande sole du département : souvent 50 à 60 q/ha, parfois moins (de moins de 30 à 70 q/ha). Des céréaliers du Valois enregistrent sur leurs premiers chantiers de moisson une moyenne de 45 q en blé ; d’autres, en vVallée de l’Oise par exemple ou dans le Clermontois, observent jusqu’à présent des rendements de 30q, dans des exploitations qui ont atteint les 110 q/ha en blé l’an dernier.

L’effet variétés semble important dans des résultats qui sont très hétérogènes, ils semblent nettement moins bons dans la partie Est du département. Mais la moisson ne fait que commencer pour le blé, elle n’a pas débuté dans les secteurs les plus tardifs comme le Nord-Ouest, et elle est loin d’être terminée dans les secteurs Sud du département ; on espère quand même de moins mauvais résultats au final. Mais la collecte globale sera en net retrait, probablement de l’ordre de 30 %.

 

Problèmes de qualité

C’est donc une année catastrophique pour les céréaliers qui subissent en plus de très mauvais rendements, de gros problèmes de qualité, et pour ajouter aux difficultés, des prix qui restent très bas, même si on enregistre ces derniers jours un mouvement haussier sur les marchés. Hélas, le compte n’y sera pas, loin de là : ce sera une année déficitaire pour tous. Et pour l’instant, aucune production n’a permis de compenser les pertes enregistrées sur les autres, y compris en élevage, en cultures fourragères et légumières.

Restent les cultures de printemps. Mais les maïs ont pris du retard et sont très hétérogènes ; pour les betteraves, les conditions météo de l’été peuvent faire la différence, mais on s’attend quand même à une récolte inférieure à la moyenne des dernières années. Les pommes de terre ont subi de très fortes attaques de mildiou, quand les pluies empêchaient les traitements. Quant au lin textile, il est la seule culture à s’en être bien tiré jusqu’à présent puisque la production de paille est importante ; les arrachages se terminent et il faudrait maintenant de bonnes conditions de rouissage pour rattraper une qualité amoindrie par la verse subie dans de nombreuses parcelles.

En orges d’hiver, seule céréale pour laquelle la récolte est terminée dans le département, les PS ont été faibles, souvent proches de 55 kg/hl. Les problèmes de qualité concernent les orges brassicoles, dont environ 30 à 40 % seront déclassées à cause d’un trop faible calibrage et d’un taux de protéines trop élevé. «Il y a du boulot pour améliorer le calibrage des orges d’hiver», dit Hugues Desmet, responsable de la collecte chez Valfrance. Comme les autres coopératives, celle-ci doit réaliser un gros travail d’allotement pour approvisionner l’industrie brassicole. Ses orges d’hiver ont un calibrage qui n’est que de 60 %. «Le taux de protéines s’est amélioré au fil de la collecte pour atteindre quasiment les normes avec une moyenne de 11,6 %, poursuit Hugues Desmet. Mais il reste à corriger les excès : cela va de 9 à 13 %.»

Le blé a un taux élevé de protéines (parfois au-delà de 14), mais c’est la faiblesse du poids spécifique qui est marquante, entre 55 et 70 généralement. Ce PS est davantage dégradé pour certaines variétés, Terroir en particulier. Et pour le colza, ajoutons la faiblesse de sa teneur en huile.

Du jamais-vu ! Dame Nature s’est montrée extrêmement sévère pour les agriculteurs, qui n’ont pourtant généralement pas fait d’impasses dans la conduite des cultures, en tentant de maîtriser la forte pression des maladies, septoriose en particulier. L’investissement et le travail des agriculteurs ne seront pas récompensés. Et les nouveaux systèmes assurantiels, même s’ils limitent la casse, vont montrer cette année leurs limites.

Cette situation est très pénalisante, tant pour les agriculteurs que pour leurs coopératives, qui vont peiner à trier les lots pour valoriser au mieux une production très insuffisante et pour honorer leurs contrats, auprès de la malterie en orge, mais aussi en blé pour la meunerie.

Mais, sur un marché désormais mondialisé, le malheur des uns fait le bonheur des autres, et ce sont actuellement les pays du pourtour de la mer Noire, qui ont cette année une excellente récolte, qui sont de nouveau revenus aux ventes.

Il faudra pourtant passer le cap, ce qui demandera une mobilisation de tous, de l’ensemble des agriculteurs et de leurs organisations professionnelles, et il est inconcevable qu’il ne puisse y avoir cette année, et très rapidement, une expression de la solidarité publique par des aides exceptionnelles à l’agriculture, de la part des collectivités territoriales, de l’Etat français et de l’Europe. «France, n’abandonne pas tes paysans !»

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