L'Oise Agricole 12 janvier 2017 à 08h00 | Par Bernard Leduc

Betteraves: un rendement moyen de 82 t/ha

La réunion annuelle du comité technique ITB Oise-Val-d’Oise a eu lieu le 5 janvier dernier à Estrées-Saint-Denis.

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- © Bernard Leduc

Alors de la campagne betteravière n’était pas encore terminée dans les usines, dont celle toute proche de Chevrières, les planteurs étaient nombreux à participer à cette réunion. De multilessujets ont été abordés lors de cette réunion, avec les interventions des spécialistes de l’Institut technique de la betterave: le choix des variétés, la conduite de la culture, le parasitisme, les maladies du feuillage, le désherbage, les problèmes de tassement du sol…

Le tout sur fond de fin des quotas, dont le premier effet sera une augmentation des surfaces de quelque 20%, qui va obliger les usines, comme les planteurs, à s’adapter à une durée de campagne plus longue.

Cette réunion a été l’occasion pour Philippe Delefosse de faire le bilan de la culture en 2016, qui se solde par un rendement moyen estimé à 85 t pour la France betteravière, et seulement 82 pour la zone ITB Oise-Val-d’Oise. Une petite déception donc, certes beaucoup moins marquée que pour les céréales, puisque ce rendement reste cette année encore en-dessous de la moyenne quinquennale pour le département et de la moyenne nationale.

Cela est dû à une conjonction de phénomènes, dont la météo : après un hiver marqué par deux périodes de gel pas très intense (jusque -8°C) à la mi-janvier et en fin février, il y a eu restructuration du sol. Les premiers semis ont été faits au 14 mars, à la suite d’un mois de février plutôt sec, 90% des betteraves étaient semées au 25 mars, avant de fortes pluies qui ont permis une bonne germination. Les premières levées ont été observées les premiers jours d’avril, mais de fortes précipitations ont été enregistrées au cours de ce mois, avec localement de la grêle et des orages qui ont nécessité des resemis.

La pluviométrie de cette année a été marquée par deux phases, avec un premier semestre globalement excédentaire (surtout en mai et ses 170 mm), avec plus de 500 mm, à comparer à la moyenne qui est de 326 mm à la station de Beauvais, et le second trimestre qui, lui, a été déficitaire. Côté températures, la moyenne a été inférieure à la normale jusqu’en mai et supérieure jusqu’en novembre. Le développement de la culture a été freiné par un manque d’ensoleillement de mars à juin (-148 h), la couverture du sol n’était observée qu’à partir du 6 juin et il a fallu attendre jusqu’en juillet dans de nombreuses parcelles.

Les premiers arrachages ont été effectués le 20 septembre, avec des rendements parfois inférieurs à 60 t à 16. La progression du rendement a été inférieure à la moyenne et la remontée de la richesse en sucre n’est intervenue qu’en octobre, avec des températures nocturnes faibles. Et si les derniers arrachages ont été faits dans des parcelles parfois à plus de 100 t, le rendement final ne sera que de 82 t à 16 en moyenne chez les planteurs de l’Oise et du Val-d’Oise, mais avec de grandes disparités.

Quelques points marquants

Philippe Delefosse a relevé quelques problèmes d’acidification en parcelles suite à une pluviométrie excessive, amplifiés par une carence en bore, qui se traduit par des nécroses foliaires et des pourritures sèches. Puis il a cité l’aphanomyces, un parasite observé l’an dernier dans l’Oise sur 30% des surfaces betteravières, responsable de nécroses sur racines dans les zones asphyxiées, mais sans traitement possible. Le rhizoctone brun a connu lui aussi un fort développement dès fin juin, mais cette maladie cryptogamique peut être combattue, soit par traitement (avec deux produits fongicides possibles, Priori Xtra ou Amistar Xtra à 1 litre), soit par l’emploi de variétés doubles, voire triples tolérantes, soit par l’allongement de la rotation, ou encore l’utilisation en interculture de la moutarde brune.

D’autres parasites ont été présents, surtout les limaces noires et les limaces grises, mais aussi les tipules (contre lesquels il n’existe plus de produit autorisé), les pégomyies, les nématodes et les teignes. Quand le traitement est possible, l’ITB signale en temps utile, dans le bulletin de santé du végétal, les seuils de risques. Par contre, blaniules et taupins n’ont pas été observés en 2016.

Par ailleurs, des dégâts restent régulièrement provoqués dans les parcelles de betteraves par les lièvres et les lapins.

Cette campagne a aussi été marquée par une forte pression des maladies du feuillage, avec la rouille dès le T1, la cercorsporiose et la ramulariose.

Quant à la gestion des adventices, si les parcelles sont très majoritairement propres, il a été noté une augmentation des infestations de chardons et une forte présence d’ombellifères (éthuses, ammi-majus et carottes sauvages en particulier) et de chénopodes et, dans une moindre mesure, de matricaires et de graminées. Les conditions météo de l’année n’ont pas été favorables au binage. Les ingénieurs de l’ITB ont rappelé la nécessité d’optimiser le désherbage par l’agronomie, le travail du sol, la gestion de la rotation, et la protection phytosanitaire de la culture doit être adaptée à chaque adventice et à l’historique de chaque parcelle, sans réduction de doses.

Avec l’extension de la sole betteravière, c’est l’agronomie qui sera au cœur des débats.

Le choix des variétés

Le directeur général de l’ITB, Vincent Laudinat, exprimait sa conviction d’un formidable avenir de cette culture en Europe, grâce à son potentiel et sa robustesse, malgré la sensibilité de la betterave au stress hydrique. L’essentiel des gains de productivité a été apporté par la recherche génétique et les obtenteurs proposent régulièrement de nouvelles variétés tolérantes à certaines maladies (avec désormais une triple tolérance) et adaptées aux besoins spécifiques en fonction du calendrier des mises à disposition de silos. Car il va falloir gérer des périodes plus longues.

Il faut donc d’abord choisir de préférence parmi les variétés les plus performantes du regroupement pluriannuel (2-3 ans). Outre la productivité, un critère important de choix est la gestion du risque lié au paratisme et aux maladies, en particulier les nématodes.

Il était rappelé que tout commence à l’implantation, si possible avec des semis précoces dans de bonnes conditions de sol (le 15 mars reste l’objectif, les montées à graines étant davantage à craindre avec des semis trop précoces) : éviter tout obstacle à l’enracinement. Il faut rechercher une bonne levée (l’activation apporte un gain de 2 jours de levée, qui correspond à un gain potentiel de rendement de 3 %) et une couverture rapide du sol.

Ce qui dépend de la météo ! L’azote est à la fois un accélérateur de développement foliaire et un régulateur de l’équilibre feuilles/racines ; mais un excès diminue la richesse en sucre : azofert permet de calculer la bonne dose.

La gestion de cette culture est à raisonner poste par poste, mais aussi globalement et dans le cadre de l’assolement de l’exploitation ou de la rotation des cultures.

Un autre point était soulevé sur la qualité de la récolte : un scalpage tout juste suffisant, l’absence de blessures. En cherchant à éviter des arrachages en conditions trop humides afin de limiter la tare terre et le tassement excessif du sol avec des machines de plus en plus lourdes.

Et si une période de gel est annoncée, autant attendre : la betterave se conserve mieux en terre. Il y aura davantage d’arrachages tardifs, à prévoir en parcelles saines et pas trop argileuses.

B.L.

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