L'Oise Agricole 30 mai 2017 à 14h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Bâti rural, un enjeu bien au-delà de la préservation

Ce n’est plus seulement une affaire de passionnés réunis confidentiellement au sein d’associations départementales, mais bel et bien un enjeu sociétal.

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Un magnifique prieuré restauré dans les règles de l’art. (© Dominique Lapeyre-Cavé)

 

À l’occasion de l’assemblée générale de Maisons paysannes de France qui avait lieu à Beauvais et de l’exposition qui se tient à l’hôtel du département, Gilles Alglave, président de Maisons paysannes de l’Oise, nous livre sa vision sur la restauration du bâti ancien, mais aussi et surtout du monde rural. Rencontre.

Ancien professeur, il a le sens de la pédagogie et la passion anime ses propos. Amoureux des vieilles pierres et de la campagne, Gilles Alglave y voit surtout un milieu bourré de potentialités économiques, environnementales et humaines. «La campagne, c’est tendance. Loin d’être la négation du monde urbain, la campagne est au contraire un lieu où il fait bon vivre», plaide-t-il. Pour preuve, le flux migratoire positif des villes vers les campagnes. Le monde rural n’est pas en perte de vitesse. Grâce au télé-travail et au développement des communications, il est aussi un lieu où il fait bon travailler.

«Avec d’autres associations comme Vieilles maisons françaises ou Patrimoine et environnement, nous essayons d’être visibles aux yeux des politiques afin que le monde rural soit traité à égalité avec les villes. Le mot ruralité est gommé des textes de loi, nous sommes noyés dans des entités de plus en plus vastes et c’est le début de la perte de repères des habitants» explique Gilles Alglave.

Et le bâti dans tout cela ? C’est parce qu’un territoire se reconnaît au travers des constructions traditionnelles qu’il enfante qu’il a une identité, et ses habitants aussi. Torchis et argile dans le Pays de Bray, pierres blanches dans le Vexin ou le Valois, briques et silex sur le plateau picard.

La préservation de ce patrimoine doit permettre l’installation et la confortation d’artisans capables de gérer de tels chantiers. Car ils sont de plus en plus rares ceux qui savent travailler le bois, l’enduit en terre, le torchis. «Savez-vous que depuis 2006, existe un bac professionnel restauration en bâti ancien et que seuls 25 établissements le proposent, aucun dans l’Oise ?» L’éducation et l’orientation des élèves sont bien des points sur lesquels Maisons paysannes de l’Oise (MPO) et de France insistent. Sans formation de jeunes vers la restauration de bâti ancien, pas de maintien du patrimoine, pas de familles qui s’installent, pas d’économie locale maintenue. Et des savoir-faire qui se perdent, malgré les stages que propose MPO pour sensibiliser aux techniques anciennes.

Contemporain et matériaux traditionnels

Au-delà de la restauration, Gilles Alglave promeut l’utilisation des matériaux traditionnels dans la construction de maisons contemporaines. «Aujourd’hui, les maisons en béton et parpaings sont étanches, elles ne respirent pas, elles ont besoin d’une VMC pour cela. Autrefois, avec le bois et la terre, matériaux locaux, les maisons respiraient. Il faut que la construction contemporaine se réapproprie ces matériaux naturels et abondants.» Des essais sont en cours, notamment grâce aux fils de Gilles Alglave qui, après une première vie professionnelle, ont repris la manufacture de poterie de Saint-Samson-la-Poterie. Ils ont développé un bloc de terre comprimé en argile pour monter des murs. Construire des maisons d’aujourd’hui avec des techniques et des matériaux traditionnels ancrés dans le territoire, voilà l’ambition. Avec des emplois non délocalisables, une logique vertueuse. Vivre au pays, travailler au pays, construire au pays.

Des ponts sont bâtis ponctuellement avec la Fédération française du bâtiment et la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment). Ces dernières commencent à s’intéresser à ces matériaux traditionnels mais pas suffisamment pour les inclure dans les cursus de formation. Il y a là une vraie synergie à mettre en place, que Gilles Alglave appelle de ses vœux.

«Maisons paysannes de l’Oise, ce n’est pas un club de propriétaires chanceux qui cultivent l’entre-soi. Nous cherchons au contraire à montrer qu’au travers la préservation et la restauration du patrimoine, nous touchons d’autres enjeux. Nous œuvrons pour la transmission des techniques, leur développement pour des constructions nouvelles, pour le développement économique et l’animation du monde rural.» Pour preuve, le prieuré du XVe siècle, classé monument historique, qu’habite Gilles Alglave est ouvert au public en été et il accueille régulièrement des manifestations culturelles. La terre dans les murs, c’est aussi du lien entre les hommes.

- © Dominique Lapeyre-cAve

Informations Pratiques

Maisons paysannes de l’Oise organise des stages de découverte ou des stages d’initiation aux techniques traditionnelles pour ses adhérents ou pour le grand public.

Au programme :

- réalisation d’une dalle de béton de chanvre le 27 mai à Puiseux-en-Bray de 9 h à 18 h

- joints briques à Gournay-en-Bray le 24 juin de 9 h à 18 h

- technique d’isolation en laine de chanvre et rampants le 14 octobre à Puiseux-en-Bray de 9 h à 18 h

- traitement des remontées capillaires en soubassement (enduit chaux) le 30 septembre à Puiseux-en-Bray de 9 h à 18 h.

Par ailleurs, MPO participe à de nombreuses animations en milieu rural : Fête des roses de Gerberoy le 4 juin, festival Walc en Picardie Verte le dernier week-end de juin sur le thème musique, nature et patrimoine : ouverture à la visite d’un chantier de restauration labellisé par la Fondation du Patrimoine d’un corps de ferme en briques à Morvillers, suivi d’un concert en soirée et, les 16 et 17 septembre, lors des journées européennes du patrimoine, accueil du public au siège de Beauvais et à Saint-Arnoult (prieuré du XVe).

- © D.A.

L’association Maisons Paysannes de France a fêté en 2015 ses 50 ans. À cette occasion, un concours photo national a été organisé afin de permettre à tous les citoyens français de se mobiliser afin de présenter leur vision du patrimoine, révélant ainsi toute la variété du bâti rural et de ses paysages. D’où le titre de l’exposition, Bâti rural et paysages en France !

Plus de 4.500 photos ont été reçues ainsi que 350 dessins d’enfants qui devaient s’exprimer sur la maison de leurs rêves. À l’issue du concours, 72 photos ont été sélectionnées pour faire partie de l’exposition qui a d’abord été présentée au Sénat en octobre 2015 avant de devenir itinérante.

En plus des photos du concours, l’exposition présente également une série de clichés des Maisons paysannes de l’Oise. Ce sont plus de 80 clichés qui seront ainsi exposés !

Jusqu’au 2 juin 2017 à Beauvais, dans le hall de l’hôtel du département, 1 rue Cambry.

De 10 h à 18 h. Entrée libre. Renseignements au 03 44 06 67 99. L’exposition se poursuivra en septembre dans l’Aisne.

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