L'Oise Agricole 10 décembre 2015 à 08h00 | Par MD et MB

Arrêtons les normes, faisons confiance

La Cop 21 est l’occasion de rappeler les enjeux du secteur agricole et alimentaire. Interview de Xavier Beulin sur la Cop 21 et le changement climatique.

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Xavier Beulin, président de la FNSEA
Xavier Beulin, président de la FNSEA - © La Marne agricole

Comment se présente selon vous cette Cop 21 ? Êtes-vous optimiste quant à sa réussite ?

Optimiste, je ne sais pas. Il y a un engagement de la part des chefs d’Etat d’aller vers une recherche de solutions. Le problème est de savoir comment ils seront relayés par les négociateurs. Savoir si les accords seront contraignants ou pas notamment.

Pour la partie agricole et alimentaire, la nécessité sera de trouver un équilibre entre la prise en compte d’une démarche vertueuse de réduction des gaz à effet de serre (GES) et de la nécessité pour les pays du Sud de pouvoir continuer de se développer.

Deux réflexions sont à mener conjointement. La première concerne la réponse à un enjeu énorme, soit celui des besoins alimentaires pour nourrir neuf milliards d’individus qu’il faudra assurer, en s’appuyant sur un saut technologique en lien avec les connaissances, la recherche et les innovations. La deuxième est de rappeler que l’agriculture est à la fois co-responsable des émissions de GES et une des premières victimes. L’impact des sécheresses et des inondations sur les marchés agricoles est réel surtout depuis le début des années 2000.

Que pensez-vous à ce titre de l’initiative 4 pour 1.000 du ministre de l’Agriculture ?

On prend acte de cette initiative, mais il faut qu’elle se traduise de manière très concrète. On ne veut pas que ce soit uniquement un slogan et une opération de communication du ministre. Cela doit se traduire par une adaptation des pratiques agricoles pour capter le carbone, ce qui passe par la forêt, les prairies, le non labour ou les couvertures des sols pour émettre moins de gaz à effet de serre.

Dans un même temps, l’objectif reste de moins émettre en bénéficiant des nouvelles technologies et de leurs avancées dans le pilotage des cultures, la conduite des troupeaux et le nécessaire accès à l’eau.

Comment arrivera-t-on, selon vous, à mobiliser les agriculteurs ?

En agriculture, les démarches sont pour la plupart menées de façon collective. La FNSEA est un relais pour diffuser cette prise de conscience sur ces problématiques et les solutions. C’est notre rôle en tant que syndicat à travers, par exemple, l’animation de notre réseau, où la FNSEA pilote ces réflexions. Nous avons mis en place une série de vidéos dans l’idée de valoriser les agriculteurs et leurs actions contribuant à réduire l’empreinte environnementale.

Le normatif, ils en ont par-dessus la tête. Le travail d’observation a toujours fait partie du métier d’agriculteur. Des combinaisons de cultures, inimaginables à une époque, sont appliquées aujourd’hui. Par exemple, l’association pois protéagineux/colza/blé avec deux têtes de rotation et une graminée, le pois libérant de l’azote pour le colza, puis pour le blé. Ou encore la combinaison colza/plante compagne gélifère. Celles-ci gèlent et libèrent de l’azote.

Il existe aujourd’hui des solutions qui passent par la propre expérience des agriculteurs. Nous bénéficions aussi en France d’une structuration très bien maillée de l’amont agricole, de la recherche jusqu’à l’exploitation, grâce au réseau des instituts techniques, des coopératives, des Chambres d’agriculture qui sont l’interface avec les agriculteurs. On amènera de vraies solutions que dans un schéma de filières et de territoires. L’évènement Open Agrifood, qui a associé l’ensemble des maillons a pu le démontrer. L’agriculture française se doit d’être consolidée dans sa grande diversité.

Le plan Ecophyto est-il aussi une réponse à ces enjeux ?

On est dans un pays qui ne voit des réponses que par la voie administrative et coercitive. Nous devons changer de paradigme. Cessons d’être dans le normatif et le réglementaire. Aujourd’hui, les objectifs doivent être partagés. Est-ce qu’il ne serait pas préférable de faire confiance aux agriculteurs avant d’en appeler à l’Etat. Ils n’en peuvent plus des normes, et encore des normes.

Que pensez-vous des initiatives Beef carbon ou Dairy carbon ?

Ce sont des projets pertinents qui vont dans le bon sens. Sur ces sujets, les interprofessions se prennent en charge sur la réduction des gaz à effet de serre, l’amélioration de l’alimentation des animaux et de la valorisation des effluents. Tout cela est très positif. L’ensemble repose sur un pacte de confiance. Concernant le réchauffement climatique, les enjeux impliquent des stratégies planétaires, c’est l’objet de cette Cop 21. Mais, pour leur mise en oeuvre, cela passera à l’échelon individuel, des agriculteurs et des entreprises. Il y a beaucoup d’initiatives intéressantes. L’économie du partage est l’avenir.

La question du financement se pose également. Quel est-il aujourd’hui ?

Dans le secteur de l’élevage, les bâtiments ont vingt-cinq ans de moyenne d’âge. Il y a un gros besoin de réinvestir pour favoriser les bâtiments basse énergie, voire à énergie positive. Il y a une révolution à faire pour mettre les moyens d’y accéder. Je répète ce que j’ai dit, le 3 septembre, en plus du renouvellement des financements classiques, il faudrait réinjecter trois milliards d’euros en plus sur les trois prochaines années. Ce financement n’est pas uniquement demandé à l’Etat, mais il doit provenir d’une optimisation des ressources à l’échelle européenne via la nouvelle Pac, de la BPI en France et des Conseils régionaux.

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