L'Oise Agricole 14 décembre 2017 à 08h00 | Par Dorian Alinaghi, Dominique Lapeyre-Cavé

Agora et Umo font leur assemblée générale

C’est au tour de la coopérative agricole Agora d’entrer en scène avec son assemblée générale à la maladrerie Saint-Lazare à Beauvais. L’assemblée générale de l’Union des maires de l’Oise, le 9 décembre à Clermont, a révélé le malaise des édiles de l’Oise, coincés entre de la baisse des dotations de l’État et la montée en puissance des communautés de communes, se sentent délaissés des politiques publiques alors qu’ils sont les premiers maillons de la démocratie locale.

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Thierry Dupont, président d’Agora.
Thierry Dupont, président d’Agora. - © Dorian Alinaghi

Cette assemblée, organisée le 12 décembre, permet de statuer sur les comptes clôturés au 30 juin dernier, à savoir avec les résultats de la récolte 2016. «Après une année 2016 des plus difficiles, l’année en cours s’achève sous le signe d’un timide retour à la normale. Notre coopérative, par une gestion rigoureuse, a réussi à maintenir son engagement avec un résultat positif de 700.000 euros, malgré une baisse de près de 40 % de la collecte.

Le rôle de la coopérative est de préserver les intérêts de l’ensemble de ses adhérents. Dans cette période compliquée pour notre agriculture, avec des marchés déprimés, un contexte sociétal, environnemental, économique plutôt hostile pour notre métier. Agora se doit d’être attentive. Agora doit continuer à anticiper, à être positive et dynamique» affirme Thierry Dupont, président d’Agora

Rapport d’activité

«Rendez-vous en terre inconnue», voici comment Agora a qualifié la récolte 2016. Pour un producteur, c’est un rendement entre 43 quintaux pour le Noyonnais et 60 quintaux pour les meilleurs. Il y a donc une moyenne «inconnue» de - 37 % par rapport à la moyenne quinquennale. Un rendement faible et une qualité «inconnue» puisque le PS moyen d’Agora est de 70,36 (et le minimum pour un blé fourragé est de 72). Quant à l’orge, elle est inférieure à 58 %. Dans la région, aucun hectare de céréales n’a été rentable, quelle que soit l’exploitation. Pour Agora, c’est donc une année «inconnue» avec une collecte en baisse de 34 % avec 629.000 tonnes et, prévoyant pour 2017, 890.000 tonnes.

La récolte 2016 est une année blanche, une période que l’on veut oublier, mais qui restera dans les mémoires. Les blés ont été très impactés avec une collecte de 410.00 tonnes avec un PS très faible. Concernant l’orge, la récolte est de 80.000 tonnes. Pour le maïs, même résultat, mais avec un rendement de 42.000 tonnes, et enfin pour le colza, la collecte est de 74.000 tonnes.

Mais Agora a des fonds propres et grâce à cette année 2017 qui s’annonce correcte, a réussi à faire face à cette tempête. La stratégie mise en place est de soutenir la trésorerie des agriculteurs avec un fond de financement, puis alimenter les agriculteurs à travers les ristournes, mais aussi approvisionner et redistribuer pour mieux gérer Agora, ou encore ne pas augmenter les marges pour couvrir le manque des valeurs absolues au niveau des marges brutes des produits du sol.

Rétrospective et prospective 2017

La récolte 2017 est globalement dans la moyenne quinquennale avec des PS satisfaisants et des protéines «merveilleuses». Cependant, la grosse problématique du marché est la concurrence étrangère, notamment de deux pays, l’Argentine et la Russie. Aujourd’hui, cette dernière est le premier exportateur de blé dans le monde. De ce fait, les producteurs de l’Oise ont un concurrent de taille.

Mais l’agriculture sera sûrement différente dans un futur proche avec la recherche agronomique, l’agriculture de précision, offrant la possibilité de respecter l’environnement et l’humain, avec notamment l’exemple des produits phytosanitaires. Pour cela, Agora se tourne vers le futur avec plus d’expertise.

La structure Easi’nov, commune aux coopératives Agora, Valfrance et Cerena, a été créée en janvier 2017 afin de développer le conseil et les services auprès des adhérents, dans une volonté commune d’innovation et de performance organisée en plusieurs pôles.

Le premier concerne l’agronomie, celui-ci grâce à un service technique des pratiques et des outils innovants, permet de valoriser au mieux les résultats et de les mutualiser pour acquérir des références et valider ou non des nouveaux modèles de production.

Le deuxième est l’agriculture de précision et d’innovation, ayant pour objectif d’identifier des solutions créatrices de valeur pour les adhérents comme les stations météos connectées, l’offre d’agriculture de précision avec Be Api-12 ou bien l’arrivée en 2018 des pièges connectés et du module PreciZion (un outil d’échanges de données entre les consoles matériels et l’outil de traçabilité).

Le troisième concerne l’économie ; ce pôle propose d’étudier les intérêts économiques avec une prise en compte globale technico-économiqe du fonctionnement de l’exploitation.

Et le dernier s’applique à l’environnement et la réglementation afin d’accompagner les adhérents dans leur réponse aux enjeux règlementaires et environnementaux. Il y aura également une distribution différente avec l’E-business.

De plus, dans le cadre de Sicapa, les neufs partenaires d’Agora travaillent sur un outil industriel permettant d’ouvrir un portail internet pour l’ensemble des produits phytosanitaires.

On trouve aussi l’Agora des collèges. Plus précisément, cette opération lancée en novembre dernier a pour but d’organiser des rencontres avec des enseignants, agriculteurs et collaborateurs d’Agora afin d’échanger sur l’agriculture.

À ce jour, 26 agriculteurs et 26 collaborateurs d’Agora vont accompagner plus de 560 élèves de 4e et 5e de l’Oise et du Val-d’Oise pour briser les idées reçues et mettre en lumière le métier d’agriculteur.

Alain Vasselle, président de l’UMO, et Xavier Bertrand, président de Région, qui est venu remercier les maires de l’Oise pour le soutien face à l’État concernant le dossier du canal Saine Nord Europe. Ses inquiétudes demeurent.
Alain Vasselle, président de l’UMO, et Xavier Bertrand, président de Région, qui est venu remercier les maires de l’Oise pour le soutien face à l’État concernant le dossier du canal Saine Nord Europe. Ses inquiétudes demeurent. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Pour preuve, le choix du thème choisi pour cette assemblée, «le futur de la commune dans sa structure juridique, ses relations financières, des compétences et sa position induite vis-à-vis des différents acteurs institutionnels». Mais l’assemblée, après le mot du président, Alain Vasselle, maire d’Ourcel-Maison, a traditionnellement commencé par le rapport d’activités et le rapport financier.

L’Union des maires de l’Oise regroupe 677 adhérents sur les 687 communes que compte l’Oise et 17 EPCI (établissement public de coopération intercommunale) sur les 21 existants.

Les adhérents font appel à l’UMO pour des conseils juridiques, assistent à des réunions sur des thèmes ciblés, peuvent venir se former. Ainsi, en 2016, 19 sessions de formation ont accueilli 224 stagiaires, chiffres relativement en baisse par rapport à l’année précédente. Une lettre d’information papier et une newsletter sont régulièrement adressées à l’ensemble des adhérents.

Une évolution des statuts de l’association a été proposée, qui tend vers une simplification et une meilleure efficience du fonctionnement et le rapport a fait état d’une baisse des charges, notamment grâce à la dématérialisation, et fait apparaître un excédent de 115.000 €. 2017 sera l’année pour stabiliser le modèle économique de l’association et le montant des cotisations 2018 est reconduit à l’identique.

Après ces points attendus de l’assemblée générale, place a été laissée à trois tables rondes sur l’avenir des communes. La première interrogeait la structure juridique de la commune et elle rassemblait M. Barthélémy, maire de Longueil-Sainte-Marie, M. Ollivier, maire de Clermont, et Me Goutal, avocat.

La question de départ était la suivante : à part l’urbanisme, l’eau et l’assainissement et quelques autres prérogatives, que reste-t-il aux maires ? Ces derniers ont le sentiment qu’ils se font dépouiller de leurs compétences depuis des années. Pourtant, comme l’a rappelé Me Goutal, l’existence de la commune est garantie par la constitution et force est de constater que personne ne semble remettre en cause son existence, même si la réforme constitutionnelle prévue en 2018 risque d’apporter quelques changements.

Il y a eu un mouvement vers la fusion des communes. Ainsi, en France, 1.700 communes se sont regroupées en 500, sans doute pour de choisir comme partenaires et ne pas subir la coopération forcée qu’imposent les nouvelles communautés de communes. Et c’est d’ailleurs l’augmentation du niveau d’exigences techniques requis pour traiter les sujets qui mettent sur le devant de la scène ces nouveaux EPCI car les communes n’ont bien évidemment pas toujours le personnel apte à les traiter. Le transfert des compétences vers les «com com» correspond à une prise de distance qui va de pair avec l’exigence de transparence de la part des administrés. La technicité augmente et la commune se trouve dépassée, les maires ont le blues.

D’autant plus que les nouvelles communautés de communes recouvrent maintenant des territoires immenses, d’où une perte de proximité avec les habitants. La com com est le nouveau «machin» des administrés et ce phénomène est de nature à consoler les maires qui retrouvent alors leur rôle d’intermédiaire entre les administrés et la com com. En cela, la commune redevient le lieu de la démocratie participative et de l’expression des habitants et de leurs besoins.

L’argent qui fâche

M. Pinsson, maire de Villers-sous-Saint-Leu, et M. Douet, maire de Montagny-Sainte-Félicité, avaient la difficile tâche d’animer la seconde table ronde sur les relations financières. L’administration y était représentée par Dominique Lépidi, tout nouveau secrétaire général de la préfecture, Mme Coulongeat, directrice de la direction des finances publiques, et Mme Mahé Lorent, directrice de la Caisse des dépôts et consignations des Hauts-de-France. Les maires ont d’abord rappelé que les élus sont des passionnés qui cherchent toujours les moyens de satisfaire les besoins de leur population.

Aujourd’hui, la baisse drastique des dotations de l’Etat et les nouveaux regroupements de communes imposés par l’administration ne laissent aucune marge de manœuvre aux maires qui se sentent abandonnés. Les nouveaux EPCI ne génèrent en fait aucune économie mais, au contraire, se dotent de nouvelles compétences, sans moyen financier en face.

Mme Coulongeat a fait valoir que des économies sont toujours réalisables et que le comptable public peut aider les communes à faire des prospectives et que des outils d’analyses des dépenses et d’amélioration de la qualité de gestion interne existent. Des mutualisations peuvent aussi s’opérer entre collectivités, notamment pour des achats groupés et les moyens de paiement peuvent être optimisés.

De son côté, Mme Mahé Lorent a rappelé que la CDC est un établissement financier qui accompagne les politiques publiques. Elle a une offre de financement dont les taux ne sont pas toujours concurrentiels mais dont la durée, 20 à 40 ans, voire même 60 ans pour des projets structurants, peut intéresser les maires.

Enfin, M. Lépidi a rappelé la teneur du discours du Président Macron lors du congrès des maires de France : refonte de la fiscalité, évolution des dotations qui devraient se stabiliser tout comme les dépenses des collectivités. Les dotations à l’investissement et à la politique de la ville devraient augmenter, dans une logique d’accompagnement des collectivités qui se traduira par une contractualisation État-collectivités.

Quelles compétences communales ?

C’était le thème de la troisième table ronde avec M. Vasselle, maire d’Ourcel-Maison, M. Boucher, maire de Monchy-Saint-Éloi, et M. Dumontier, directeur des Éditions du secteur public. Il a été rappelé que les maires s’épuisent vite et peinent à trouver leur place entre les communautés de communes, le Département, la Région. Ils n’ont aucune lisibilité sur le devenir de leurs compétences car le cadre de la coopération n’est plus choisi, mais imposé.

Les maires se voient pourtant comme des pacificateurs de terrain : ils consacrent 80 % de leur temps et de leurs moyens à faire de la médiation et 20 % à mener des projets. C’est la commune l’échelon le plus démocratique, mais les quelques élus communaux qui siègent dans les nouvelles communautés de communes (parfois 80 personnes autour de la table) ont du mal à faire le lien entre cet échelon et les habitants.

Ils constatent avec regret que c’est la technocratie des communautés de communes qui prend le pas, après celle de l’État, du Département et de la Région. Comment retrouver de la proximité dans cette organisation ? Sans doute les maires devront-ils modifier les habitudes de travail et créer des liens de travail entre élus municipaux, élus à la com com et habitants pour rendre compte des actions menées. Reconnu dans sa commune, le maire veut l’être par les autres acteurs institutionnels. Car lui seul touche du doigt la richesse des territoires et connaît sa population.

Quelques chiffres chez Agora

2.492 adhérents

48.680 tonnes capacités de stockage d’engrais solides

7.531 tonnes de capacité de stockage de solution azotée

731.390 tonnes capacités de stockage céréales

1 station de semence

188 millions d’euros de chiffre d’affaires

2,3 millions d’euros résultats d’exploitation

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