L'Oise Agricole 04 août 2016 à 08h00 | Par Matias Desvernois

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles

Si les récentes annonces ministérielles ont reçu un écho positif au sein du monde agricole, d’autres mesures, tant sur le plan conjoncturel que structurel, sont toujours attendues par ce dernier.

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«On va frôler les 5 milliards d’euros de besoin», déclare le président de la FNSEA, Xavier Beulin.
«On va frôler les 5 milliards d’euros de besoin», déclare le président de la FNSEA, Xavier Beulin. - © Vincent Motin

A l’occasion d’une visite chez un agriculteur touché par les inondations dans l’Essonne le mardi 2 août, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, est monté au créneau pour faire part des besoins urgents auxquels fait face une grande majorité de producteurs répartis sur l’ensemble du territoire national.

Année blanche, indemnisation, cours d’eau, dossier Pac, accompagnement psychologique, mais aussi préretraite et reconversion, aucun volet n’a été épargné par le représentant agricole. Parmi les revendications fortes des agriculteurs figure celle relative aux cours d’eau. Ces derniers accusent une trop lourde réglementation environnementale qui les empêche de pouvoir nettoyer les fossés et autres voies d’écoulement, accentuant, de fait, les phénomènes d’inondation.

Dans de nombreux départements (entre douze et quinze), les problématiques de classification des cours d’eau se doivent d’être réglées localement, explique Xavier Beulin. Ce dernier insiste pour que la notion de territorialité soit «rétablie », en redonnant du pouvoir aux préfets de région.

Concernant les zones d’expansion des crues, près de 80 % du chantier a été accompli, indique le représentant de la FNSEA, «le reste correspond aux conditions d’indemnisation ». En acceptant de recevoir l’excès d’eau, les producteurs exigent en contrepartie une indemnisation systématique pour service rendu à la collectivité. «Des discussions sont en cours avec les assureurs», poursuit-il.

Année blanche demandée

Sur le volet économique, Xavier Beulin a tenu à remercier tous les préfets qui ont classé leur commune «cas de force majeure», permettant aux exploitants des zones concernées de bénéficier d’une automatisation de leur dossier Pac. «Cela va nous aider fortement», souligne Xavier Beulin.

Par ailleurs, un fonds de garantie de réassurance des banques doit-être, selon lui, mis en place. Sur ce point, des échanges constructifs seraient en cours. «On va frôler les 5 milliards d’euros de besoin», estime-t-il. Aussi, la FNSEA formule la demande d’une année blanche complète. «Ce que l’on veut, c’est passer en direct entre l’agriculteur et la banque, et bénéficier de conditions bancaires favorables sur les taux, la durée, l’allègement des dettes …»

Ne pas négliger le caractère humain

Le président de la FNSEA, qui a longuement insisté sur le volet social, souhaite qu’un accompagnement psychologique soit mis en place pour les agriculteurs, mais aussi pour leurs collaborateurs. Selon lui, «le pire, c’est le silence».

Des dispositifs de préretraites et/ou des formules de reconversion doivent, à ce titre, être proposés. «On me tombe toujours dessus quand j’aborde ces sujets, mais il faut parler de ces choses-là ! Il en va de la dignité, de la responsabilité et de la solidarité», a-t-il insisté.

Relatif au volet européen, Xavier Beulin ne demande qu’une chose, «que l’Europe nous fiche la paix ! […] et qu’elle prenne en compte la situation». Ce dernier considère les nombreux contrôles diligentés par Bruxelles comme une véritable «pétaudière administrative sans nom». D’après lui, le devenir de l’Europe se pose. «On a besoin de relancer une Europe dans laquelle on a envie de construire. Aujourd’hui c’est quoi son objectif ? Les gens ne le savent pas», commente-t-il.

Autre point relevé, et pas des moindres, les versements Pac 2015. Près d’1,1 milliard d’euros continuent à faire défaut dans la comptabilité des producteurs.

Appel à la solidarité de la filière

Dans son discours, Xavier Beulin a lancé un appel à la solidarité de toute la filière. «J’en appelle à la grande distribution. Car, oui, c’est aussi à elle d’accompagner ses fournisseurs. Il faut qu’elle fasse un effort dans ce domaine», expliquet- il.

Les partenaires agrochimistes (Bayer, Syngenta, BASF) ont aussi été contactés par le représentant agricole, afin de soutenir les acteurs de la production. Xavier Beulin dit vouloir changer le paradigme français, qui se baserait sur la consommation pour relancer la croissance. «Il faut le rééquilibrer, en soutenant les outils de production, l’investissement. C’est cela qu’il nous faut absolument promouvoir !», lâche-t-il, en conclusion.

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